L’urgence de l’hôpital de Granby a légèrement amélioré sa note globale au palmarès comparativement à l’an passé, récoltant un C plutôt qu’un C -. La durée moyenne de séjour y est toutefois parmi les plus élevées dans sa catégorie, s’élevant à 19 h 18.

Palmarès des urgences: Granby s’améliore, BMP recule

En 2014, l’hôpital de Granby était en tête du Palmarès des urgences de La Presse dans sa catégorie, avec une cote de B+. La durée moyenne de séjour était alors de 14 h 36. Cette statistique a toutefois chuté, atteignant 21 h 42 deux ans plus tard. L’établissement redresse progressivement la barre depuis. De son côté, l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP) peine à gravir les échelons pour ne plus figurer en queue de peloton dans son groupe.

En entrevue à La Voix de l’Est en 2016 à propos de la descente du centre hospitalier de Granby (CHG) au palmarès, le Dr Michel Camirand, directeur adjoint des services professionnels au CIUSSS de l’Estrie, évoquait la nécessité de « donner un coup de barre ». Selon lui, l’électrochoc a porté ses fruits. « On a un des meilleurs étés depuis 2015 [à l’urgence du CHG]. On sent qu’il y a une fluidité des soins. Il y a des mécanismes mis en place qui semblent fonctionner, a-t-il fait valoir. D’après moi, cette amélioration n’est pas un feu de paille. »

En fait, le palmarès prend en compte six critères. Le premier est la durée moyenne du séjour à l’urgence. À ce chapitre, le CHG a un des pires bilans des 16 établissements de son groupe (plus de 10 000 patients sur civières annuellement), affichant 19 h 18. La cible maximale fixée par Québec est de 12 h. Le taux de séjours de 48 heures figure également parmi les balises. Le CHG avait réussi le tour de force de réduire cet indice à 0,4 % en 2014. Il s’élève à 5,5 % en 2017-2018, en baisse de 3 % comparativement à l’an dernier. La moyenne des hôpitaux dans le même créneau est de 4,3 %. Le pourcentage de personnes âgées de 75 ans et plus est aussi pris en considération. Au cours de la plus récente période, les personnes dans cette catégorie ont représenté 32,3 % de la clientèle, en hausse d’un peu moins de 2 %. L’urgence du CHG a accueilli 26 419 patients ambulatoires — ceux dont l’état de santé ne nécessite pas d’être alités —, tandis que 11 715 usagers ont requis une civière.

Lourdeur et complexité
Selon le Dr Camirand, le « vieillissement rapide » de la population dans le réseau local de services (RLS) de la Haute-Yamaska est principalement en cause dans la cote globale de l’hôpital de Granby, qui est passée de C- à C. Or, il fait remarquer que les indicateurs du classement ne reflètent pas tous les enjeux. En ce sens, il affirme que la « lourdeur » et la « complexité » des cas traités à l’urgence du CHG se sont particulièrement accrues au cours des cinq dernières années. Ce qui explique en partie la durée des séjours.

Parmi les solutions pour améliorer le bilan à l’urgence de Granby, le représentant du CIUSSS note la révision de l’attribution des congés. À cela s’ajoute la bonification des services offerts aux personnes âgées, entre autres le soutien à domicile et l’accroissement du nombre de places en CHSLD. L’évaluation constante des méthodes de travail entre les différents effectifs médicaux est aussi préconisée.

Effet domino
En ce qui concerne l’hôpital BMP, pratiquement tous les indicateurs sont en hausse. La durée moyenne du séjour est de 18 h 12, alors qu’elle était de 16 h 54 en 2016-2017. Les gens qui passent plus de deux jours à l’urgence représentent 7,9 % des cas, en croissance de 1,3 %. Les patients de 75 ans et plus sont de l’ordre de 31,5 %, alors que les hospitalisations atteignent 32,6 %. Les patients ambulatoires (21 160) sont en légère hausse, tandis que ceux sur civières (8159) sont demeurés quasi inchangés.

Selon le Dr Camirand, tant la situation à l’hôpital BMP que la « recette » pour redresser la barre sont similaires à ce que l’on constate à Granby. « La Pommeraie est l’une des régions où la population est la plus vieille en Estrie. L’indice de défavorisation est aussi assez élevé. Ces deux éléments expliquent en partie l’augmentation du temps de séjour à l’urgence », a-t-il indiqué.

De plus, a souligné le Dr Camirand, les 16 civières disponibles à BMP ne laissent pas de « marge de manœuvre ». « Le moindre écart crée un déséquilibre à l’urgence. » D’ailleurs, les débordements récurrents au cours des derniers mois à l’urgence du CHG ont fait en sorte que plusieurs ambulances ont été détournées vers l’hôpital de Cowansville.

Le CIUSSS doit faire son mea culpa
À ce chapitre, le Dr Camirand concède que le CIUSSS doit faire son mea culpa. « Il faut le dire honnêtement. On a appris de ces détournements d’ambulances. On a essayé de gérer au niveau du CIUSSS la situation catastrophique occasionnelle que vivait l’urgence de Granby. On se rend compte qu’il y a des effets collatéraux. [...] On ne doit plus aller dans les zones qui pourraient fragiliser davantage un ou l’autre des établissements. »