Le directeur du centre L’Envolée, Nicolas Bédard, avait interpellé le député de Shefford, Pierre Breton, pour dénouer l’impasse.

Ottawa paiera la facture des thérapies suivies par des Autochtones

Après plus d’un an de tergiversations, la question du paiement des thérapies de longue durée suivies par des Autochtones dans des centres hors réserve semble finalement réglée. Ottawa s’engage à prendre en charge la facture dans le cadre d’un programme dont les modalités restent à définir.

Rappelons que l’an dernier, plusieurs centres de traitement des dépendances avaient cessé d’accueillir la clientèle autochtone judiciarisée parce que Québec comptait cesser de défrayer les frais de thérapie sous prétexte que les membres des Premières Nations étaient sous la responsabilité de Santé Canada. En revanche, cette dernière ne finançait que les cures de désintoxication de six semaines réalisées dans les centres situés dans les réserves autochtones, qui peuvent refuser certaines personnes lorsque leur dépendance est à ce point forte qu’il leur faudrait des soins sur une plus longue période.

En raison de ce flou juridictionnel, certains Autochtones risquaient de demeurer incarcérés plutôt que d’être en cure. C’est pourquoi Nicolas Bédard, directeur du centre L’Envolée de Shefford et président de l’Association québécoise des organismes en dépendances, avait tiré la sonnette d’alarme.

Quelques semaines plus tard, les deux paliers de gouvernement avaient convenu de s’asseoir au sein d’un comité. En mars 2017, il avait été annoncé que le ministère québécois du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) assumerait les frais temporairement, le temps qu’une entente soit conclue avec Santé Canada.

Prise en charge
Un accord a fini par se dessiner il y a quelques semaines. « Services aux Autochtones Canada (SAC) a entériné le 14 mai 2018 la décision de couvrir les coûts des traitements des dépendances en centres privés lorsque ceux-ci sont ordonnés par les tribunaux pour les membres des Premières Nations vivant dans les réserves et bénéficiant du programme fédéral d’aide au revenu », a fait savoir par courriel la porte-parole Edith Pedneault.

« Pour des raisons administratives, ce n’était pas possible de prendre ces gens-là en charge immédiatement », rappelle le député de Shefford, Pierre Breton. Celui-ci a été interpellé par M. Bédard afin de dénouer l’impasse. L’élu assure que les deux paliers de gouvernement travaillent de concert pour trouver une solution rapidement. « Notre volonté est de continuer d’assurer ce service-là », souligne-t-il.

M. Bédard est pour sa part satisfait qu’une annonce ait enfin été faite, et ce, sans qu’il n’y ait de rupture de service pour cette clientèle vulnérable. « Le grand pas est fait. C’est une excellente nouvelle pour nous, car un programme de cette sorte va faire en sorte qu’on pourra aider davantage d’Autochtones », clame-t-il.

L’Envolée est le seul centre de traitement des dépendances qui accueille une clientèle judiciarisée anglophone.

Modalités à déterminer
Il n’a toutefois pas été possible de savoir si la contribution financière d’Ottawa serait rétroactive à compter du 14 mai. Impossible de connaître par ailleurs la durée prévue de la période de transition nécessaire à la mise en place du nouveau programme d’aide financière, dont les modalités restent à être déterminées. Des rencontres entre les différents partenaires — des représentants des gouvernements fédéral et provincial, de même que des instances représentant les Autochtones — devraient avoir lieu ce mois-ci pour établir un échéancier et déterminer quel montant par jour sera versé à chaque pensionnaire.

« Ce qui reste à établir, c’est le combien et le comment », note M. Bédard, qui sera des discussions.

À L’Envolée, il en coûte environ 89 $ par jour pour accueillir et soigner un pensionnaire autochtone. Ce montant inclut les frais d’hébergement, le transport et l’accès aux soins.

Le MTESS continuera toutefois d’assumer les frais de séjour durant la période de transition, qui sont les mêmes que la clientèle soit autochtone ou non, précise Antoine Lavoie, coordonnateur aux relations publiques du ministère.

« Depuis mars 2017, au moins une dizaine de personnes autochtones vivant sur une réserve et tenues de loger dans un centre de désintoxication à la suite d’une ordonnance de cour ont bénéficié de cette prestation », a pour sa part précisé M. Lavoie.

En raison de sa plus grande taille, le centre est prêt à se contenter de 75 $ dans le cadre du programme, une somme moindre que ce qui est octroyé aux centres de traitement exclusifs aux Autochtones, mais qui représente déjà plus que l’enveloppe de 52 $ par jour versée par Québec et qui diminue à 40 $ après les deux premiers mois de traitement, indique M. Bédard.

Advenant un montant inférieur à la somme demandée, la maison de thérapie pourrait être contrainte, elle aussi, de refuser les pensionnaires autochtones, alors qu’elle est le seul centre de traitement des dépendances qui accueille une clientèle judiciarisée anglophone. « C’est sûr que si le per diem est en deçà de 75 $, on va arrêter le programme destiné à la clientèle autochtone, fait savoir le directeur. [Le manque de financement] pourrait même compromettre le volet anglophone de notre programme, parce que pour le maintenir, on doit offrir en double plusieurs services, locaux et ressources humaines. »

L’Envolée héberge et traite actuellement six hommes membres des Premières Nations.