Des tensions existent au sein de la Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi, notamment entre la directrice générale et le président du conseil d’administration.

Onde de choc à la Régie intermunicipale

Plainte de harcèlement psychologique, embauche d’un proche du président, négociations rompues avec Matrec, modèle d’affaires menacé... La Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi traverse des moments difficiles.

Les pertes de revenus qu’encaissera la RIGMRBM dès 2019 en raison de la valorisation des matières organiques des municipalités de Brome-Missisquoi remettent en question la survie à long terme de l’organisme paramunicipal. La Régie cherche en vain à pallier cette perte de tonnage destiné à l’enfouissement en dénichant des déchets ailleurs (voir encadré : Chercher du tonnage). Cette situation suscite de grandes tensions au sein de l’organisation.

Le mauvais climat de travail a amené la directrice générale de la RIGMRBM, Carol Lebel, à porter plainte pour harcèlement psychologique contre les membres du conseil d’administration, selon des sources à la Régie. Elle vise directement le président de l’organisme et maire de Bedford, Yves Lévesque. Il lui aurait fait de vifs reproches sur son travail lors d’une rencontre préparatoire en mai dernier du comité exécutif, rencontre à laquelle prenait part également le maire de Cowansville, Arthur Fauteux, celui de Farnham, Josef Hüsler­, ainsi que le maire et un conseiller de Dunham, Pierre Janecek­ et Kevin Mitchell.

Carol Lebel est en arrêt de maladie depuis.

Le conseil d’administration, où siègent des représentants des villes de Bedford, Cowansville, Dunham et Farnham, toutes propriétaires de la Régie, souhaite mettre un terme au lien d’emploi avec Mme Lebel. Mardi après-midi, les administrateurs ont adopté une résolution pour mandater leur procureur afin de lancer des discussions pour négocier son départ de la Régie.

Les relations sont tendues entre Mme Lebel et M. Lévesque depuis l’arrivée de celui-ci au poste de président à l’automne 2016. Leurs façons de travailler étaient très différentes, racontent deux administrateurs à qui nous avons parlé. La directrice générale aurait demandé un avis juridique sur un possible contrat de gestion avec Matrec pour gérer le site d’enfouissement du chemin Saint-Joseph. Le président se serait offensé de cette initiative, lui qui menait des discussions avec l’entreprise dans un tel dessein.

M. Lévesque traîne ses réflexes d’homme d’affaires, note Pierre Janecek. Il ne passe pas inaperçu, fait remarquer le maire de Dunham. « Entre gérer un Rona et une organisation municipale, il y a une grande différence », a-t-il dit en entrevue à La Voix de l’Est.

S’il vante les talents de négociateur et de gestionnaire de M. Lévesque, M. Janecek déplore que les initiatives du président se déroulent parfois à l’insu du conseil d’administration. « Il négocie des ententes avec des municipalités et ensuite informe le conseil. Des fois, il nous met devant le fait accompli. On ne peut pas fonctionner­ comme ça », a-t-il indiqué.

Pas d’appel de candidatures

Par ailleurs, l’embauche de Réjean Houle à l’automne 2016 comme contrôleur financier à la Régie a également suscité des commentaires de la part de certains administrateurs. L’homme est l’ancien partenaire d’affaires de M. Lévesque alors qu’il était propriétaire­ du magasin­ Rona à Bedford.

Aucun appel de candidatures n’a été publié pour pourvoir ce poste, confirment trois membres du conseil d’administration. « Il a les compétences et il travaille bien. Mais on aurait dû procéder par appel d’offres. C’est ce qu’on ferait dans nos municipalités », a dit l’un d’eux.

M. Houle travaille de deux à trois jours par semaine. Son salaire horaire est de 45 $ l’heure.

Jointe mardi, Mme Lebel n’a pas voulu commenter sa situation.

M. Lévesque ne nous a pas rappelé­ mardi.

Chercher du tonnage

La compagnie Matrec ne gérera pas le site de la RIGMRBM. Les discussions entamées l’automne dernier ont échoué.

La direction de la Régie cherchait à convaincre l’entreprise de s’occuper du site. Elle souhaitait par le fait même stabiliser ses revenus liés à l’enfouissement en incitant Matrec à y envoyer ses camions. La compagnie aurait ainsi pu prolonger la durée de vie de son site d’enfouissement de Sainte-Cécile-de-Milton et cela aurait permis à la RIGMRBM de compenser les pertes de revenus qu’elle subira lorsque les matières organiques ne pourront plus être enfouies.

Or, les lois en vigueur ne permettent pas un tel partenariat entre une entité publique et une compagnie privée. « Nos avocats ont regardé ça, et […] on ne peut pas confier ça (la gestion) à Matrec », explique Pierre Janecek, administrateur de la Régie et maire de Dunham.

La Régie enfouit en moyenne entre 55 000 et 59 000 tonnes de déchets par année. Un décret gouvernemental lui permet d’en traiter 75 000 tonnes. Elle offrait à Matrec de combler cette différence.

Selon les estimations de la Régie, elle perdra 10 000 tonnes de matières lorsque sa plate-forme de compostage sera en activité. Ces matières organiques proviennent des citoyens des 21 municipalités de la MRC Brome-Missisquoi.

En 2015, la Régie facturait 55,75 $ la tonne de déchets qu’elle enfouissait. En retirant 10 000 tonnes, ses revenus seront amputés de 557 500 $.

Les coûts fixes de la Régie exigent qu’elle enterre un minimum de 40 000 tonnes par année. D’où sa quête de déchets à enfouir pour éviter qu’elle ne se retrouve plus tard dans le rouge. Michel Laliberté