Littéralement débordée par les commandes qui affluent à son magasin de mode pour enfants Tirigolo, la designer Sophie Patenaude travaille sans relâche.
Littéralement débordée par les commandes qui affluent à son magasin de mode pour enfants Tirigolo, la designer Sophie Patenaude travaille sans relâche.

On s’arrache les vêtements et les chapeaux de chez Tirigolo

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Littéralement débordée par les commandes qui affluent à son magasin de mode pour enfants Tirigolo, la designer Sophie Patenaude travaille sans relâche. «Honnêtement, je ne m’attendais pas en ce moment à recevoir cette vague d’amour de la part des Québécois», confie-t-elle.

Le magasin qui a depuis 15 ans pignon sur rue sur la Principale, à Granby, est l’objet de convoitises répétées. En cette période difficile pour de nombreux commerces, ses vêtements et ses chapeaux pour les 0-6 ans trouvent preneurs aux quatre coins du Québec.

La designer de mode et propriétaire achemine ses commandes un peu partout au Canada, de Granby à Kuujjuaq, et du Manitoba à la Nouvelle-Écosse en passant par Sault-Sainte-Marie (Ontario), aux confins des Grands Lacs nord-américains.

«On est complètement pris de cours, on ne sait plus où donner de la tête», reconnaît Mme Patenaude, alors que ses produits se retrouvent dans une trentaine de points de vente et de boutiques d’un océan à l’autre.


« Ça m’émeut ce que je vis présentement. Je suis reconnaissante envers tous ces gens qui nous encouragent, nous les petits commerces locaux. »
Sophie Patenaude, designer de mode et propriétaire de Tirigolo

Le nombre de commandes est tel qu’elle a dû fermer les lundis pour avoir le temps de mettre à jour son inventaire. «Ça se peut comme pas», s’étonne-t-elle.

L’achat local, ça fonctionne

Peu après la fermeture des magasins à la mi-mars, l’entrepreneure a adapté son offre à la situation exceptionnelle. «Lorsque j’ai annoncé que j’offrais la livraison gratuite à Granby à partir de 30$ d’achats [pendant les premières semaines], pouf, ça a explosé. Mon père et mon conjoint sont même venus m’aider un moment, toute seule je n’y arrivais plus.»

Déjà pourvue d’un site web transactionnel depuis sept ans, et membre de la plateforme internet Etsy regroupant des artisans internationaux, elle s’est dernièrement inscrite sur la plateforme du Panier bleu, vouée à dynamiser le commerce local au Québec. «Sans site web transactionnel, je n’aurais pas survécu», assure-t-elle.

Les faits lui donnent raison. «Je n’ai jamais fait autant de ventes en ligne qu’aujourd’hui», analyse Sophie Patenaude, qui a travaillé fort depuis deux ans pour rendre disponible l’intégralité de son inventaire sur son site.

Le magasin Tirigolo qui a depuis 15 ans pignon sur rue sur la Principale, à Granby, est l’objet de convoitises répétées. En cette période difficile pour de nombreux commerces, ses vêtements et ses chapeaux pour les 0-6 ans trouvent preneurs aux quatre coins du Québec.

Chez Etsy, ses résultats du mois d’avril 2020 sont supérieurs de 400% au même mois de l’année précédente. «On voit l’engouement des gens.»

Dans son magasin et sur le Web, la Granbyenne propose les chapeaux (surtout) et les vêtements qu’elle conçoit et produit elle-même sous l’étiquette Tirigolo, mais aussi de nombreux autres produits pour enfants qu’elle distribue, tous (ou presque) faits au Québec.

«Les gens magasinent davantage à partir de leur salon», constate-t-elle, même si les grands-parents — depuis qu’ils sont déconfinés (un nouveau mot à la mode) — affluent chez elle pour faire un cadeau à leurs petits-enfants.

«Ça m’émeut ce que je vis présentement, dit-elle. Je suis reconnaissante envers tous ces gens qui nous encouragent, nous les petits commerces locaux. Des fois, je me pince et je me dis “Pourquoi moi” ? alors que des grosses bannières comme Simons ont de la difficulté. Je trouve ça tellement triste.»

Bien derrière sa machine à coudre

Devant tant de succès, serait-elle tentée d’essaimer des Tirigolo ailleurs dans la Province? «J’ai déjà eu des propositions pour ouvrir des magasins à Sherbrooke ou à Montréal, mais je ne veux pas grossir, insiste-t-elle. Je suis bien derrière ma machine à coudre.»

Sophie Patenaude ne compte d’ailleurs sur l’aide d’aucun représentant. Ce sont les boutiques qui viennent à elle, et non l’inverse.

Cette façon prudente d’entreprendre lui a bien servi jusqu’ici. Pouvant compter actuellement sur l’aide de deux employés et d’une couturière externe, la designer craint d’ailleurs de rappeler tout son monde — elles étaient six avant la crise — alors que la période actuelle est encore incertaine.

Et pourtant, elle aura besoin d’aide, car cette frénésie des chapeaux, des pyjamas pour bébés et autres a un impact sur sa santé. «Depuis la pandémie, je travaille sans cesse et je suis hyper fatiguée, dit-elle simplement. C’est enivrant, mais à un moment donné, il va falloir que je prenne des vacances; c’est intense.»