Daniel Pelletier, président et chef de la direction d'Artopex

On s'arrache la main-d'oeuvre

Le plein emploi, dans la région comme ailleurs, ne fait pas que des heureux. La baisse du taux de chômage place plusieurs entreprises face à un important manque de main-d'oeuvre. Plusieurs acteurs du milieu se concerteront pour attirer des travailleurs de l'extérieur.
« Actuellement, il y a des milliers d'emplois disponibles dans nos entreprises, mais ils sont difficiles à combler. Les entreprises ne peuvent plus être aussi sélectives qu'avant avec les curriculum vitae qu'elles reçoivent », note Jean-François Couture, président de la Chambre de commerce Haute-Yamaska et région.
« On est dans une situation un peu particulière, due en partie au vieillissement de la population, où il y a davantage de gens qui partent à la retraite qu'il y en a de plus jeunes pour les remplacer », analyse Patrick St-Laurent, directeur général de Granby Industriel.
Selon Daniel Pelletier, président et chef de la direction d'Artopex, le début de la pénurie de travailleurs remonte à deux ou trois ans. « C'est quand même plutôt récent. Depuis que l'économie s'est améliorée, on remarque une plus grande difficulté à recruter », observe-t-il.
S'il s'accentue, le manque de personnel pourrait freiner la croissance des entreprises d'ici, prévient M. Couture. « On se retrouve avec des entreprises qui ont développé leur marché et reçu des commandes, mais qui manquent de main-d'oeuvre pour livrer, craint-il. Ces entreprises, qui ont le vent dans les voiles, pourraient perdre des contrats et des parts de marché. »
Chaise musicale
Ce faisant, le nombre d'emplois à pourvoir est plus grand que le nombre de candidats disponibles pour les occuper. Un jeu de chaise musicale peut s'opérer entre les entreprises, qui doivent rivaliser entre elles pour attirer et retenir les travailleurs. Cela ne permet toutefois pas de pourvoir les postes vacants.
« En situation de plein emploi, il reste peu de gens disponibles. Alors, certaines entreprises, comme moyen de combler leurs besoins, se cannibalisent entre elles. L'employé d'une compagnie A s'en va dans la compagnie B, qui va recruter quelqu'un de la compagnie C, illustre M. Couture. Actuellement, on se bat tous pour la même main-d'oeuvre locale. »
« Le marché du travail évolue beaucoup plus vite qu'avant. Les entreprises et les employés doivent s'adapter », croit M. St-Laurent.
« (Or,) l'entreprise doit demeurer compétitive, allègue le président de la CCHYR. C'est sûr qu'en offrant un salaire plus élevé, les chances d'attirer des travailleurs sont plus grandes, mais cela nuira-t-il à la compétitivité de l'entreprise ? »
Patrick St-Laurent, directeur général de Granby Industriel
Séduire les candidats
Daniel Pelletier croit que les conditions de travail ne sont pas les seuls éléments à considérer pour attirer des travailleurs. Un sentiment de fierté à l'égard de leur lieu de travail permet de retenir les employés actuels et d'attirer leurs futurs collègues. « Il faut travailler une image positive de l'entreprise et de ce qu'elle produit, allègue le dirigeant. Offrir un environnement de travail agréable, productif et au goût du jour. »
« Il faut aussi sensibiliser ceux qui peuvent poser des actions pour rendre Granby encore plus invitante », renchérit l'homme d'affaires.
En effet, comme le bassin de travailleurs de la région ne suffit plus aux besoins des entreprises d'ici, il faudra se tourner de plus en plus vers des candidats de l'extérieur, relève-t-on. « Granby est une région merveilleuse. Il faut miser sur ses atouts pour attirer des travailleurs », indique M. Couture.
Concertation
Pour venir en aide aux employeurs de la région, la concertation est incontournable, avancent d'une seule voix les deux organismes. 
En ce sens, un plan d'action englobant sept stratégies et 39 actions concrètes a été présenté par M. St-Laurent aux administrateurs de Granby industriel, mercredi matin. Ce plan fera appel à tous les acteurs du milieu - entreprises, organismes communautaires et d'emploi, centres de formation et appareil municipal - pour faire rayonner Granby et ses entreprises. 
Par exemple, une collaboration avec Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY) pourrait être mise à profit. « Les statistiques démontrent que d'ici 2021, un employé sur cinq au Québec sera un immigrant, explique M. St-Laurent. C'est un gros enjeu. »
Parmi les autres actions envisagées, notons une campagne publicitaire moussant Granby Profitez, mais aussi la participation à des salons de l'emploi en dehors de la région, notamment à Montréal et Longueuil, pour recruter des talents d'ailleurs. 
La CCHYR travaille elle aussi sur un plan d'action et organisera cet automne un dîner-conférence où toutes les instances concernées pourront se joindre à la conversation afin de dégager des initiatives communes. Les détails entourant cet événement seront dévoilés en même temps que la programmation de la chambre de commerce, le 11 octobre prochain.