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Une employée du centre d’hébergement Horace-Boivin à Waterloo, qui était pendant deux semaines au CHSLD Villa-Bonheur - l’un des points chauds de la seconde vague - reviendra sur son lieu de travail habituel sans quarantaine. 
Une employée du centre d’hébergement Horace-Boivin à Waterloo, qui était pendant deux semaines au CHSLD Villa-Bonheur - l’un des points chauds de la seconde vague - reviendra sur son lieu de travail habituel sans quarantaine. 

«On joue avec la vie des gens»

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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Plusieurs membres du personnel du centre d’hébergement Horace-Boivin à Waterloo sont en colère contre leur employeur et s’inquiètent pour leur sécurité et celle des résidents. Jusqu’ici, l’établissement a été épargné par la COVID-19. Or, selon nos sources, la direction s’apprête à rapatrier ce week-end, sans quarantaine, une de leurs collègues envoyées au front depuis près de deux semaines au CHSLD Villa-Bonheur à Granby, aux prises avec une fulgurante éclosion ayant fait à ce jour 22 victimes.

«Ça n’a pas d’allure. On joue avec la vie des gens. Pourquoi mettre en danger toute l’équipe d’un CHSLD en ramenant une fille qui pourrait être contaminée? Vraiment, quel manque de jugement», déplore une préposée aux bénéficiaires, qui a demandé que l’on taise son identité par peur de représailles de l’employeur.

Une de ses collègues fulmine tout autant. «On a la chance de travailler dans un des seuls CHSLD en Haute-Yamaska qui n’a pas encore de cas de COVID. Vraiment, c’est du beau boulot la direction. On a vraiment besoin de ça juste avant Noël.»

Selon une autre source, l’angoisse est généralisée au sein de l’équipe du centre d’hébergement de Waterloo. «Je n’ai rien contre la fille que l’on veut ramener. Ce n’est pas de sa faute. On veut la forcer à revenir au travail sans quarantaine. Elle ne veut pas perdre son emploi. Mais nous, est-ce qu’on perdra notre santé si elle est infectée sans le savoir? Et les résidents dans tout ça. Tout le monde a peur de ce qui pourrait arriver», confie-t-elle, soulignant que près de 90 employés ont été infectés par la COVID jusqu’ici à Villa-Bonheur.

«Aberrant»

Outre le fait de rapatrier une personne potentiellement infectée dans un milieu de travail exempt de cas de COVID-19, nos trois sources se disent outrées que leur collègue entre «en surplus». «La fille devrait terminer à Villa-Bonheur jeudi. Elle aura une journée de congé vendredi et elle est à l’horaire le samedi. Mais l’équipe est déjà complète. Si au moins on manquait de monde pour faire le travail, c’est une chose, mais ce n’est pas le cas. C’est encore plus révoltant», clame une des préposées.

Le conseiller syndical à la SCFP, Éric Bergeron, qualifie la situation d’aberrante.

Le conseiller syndical à la SCFP, Éric Bergeron, qui représente des centaines de préposées en Estrie, n’en revient pas que la direction de l’établissement prenne une telle décision. «Ça n’a pas de sens, dit-il. C’est aberrant.»

La directrice du programme soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) au CIUSSS de l’Estrie, Sylvie Moreault, indique qu’un tel mouvement de personnel d’une «zone chaude», en éclosion, vers une «zone froide», où il n’y a pas de cas de COVID recensé, est «exceptionnel». «C’est une gestion de risque», fait-elle valoir.

La directrice SAPA au CIUSSS de l’Estrie, Sylvie Moreault.

Le ministère de la Santé n’a pas donné suite, jeudi, à notre demande d’information sur le sujet.

Précisions

Marie-France Thibeault, du département des communications au CIUSSS, a apporté quelques précisions. «Notre premier choix est toujours de favoriser qu’il n’y ait aucune mobilité de personnel entre les installations. La décision de mobiliser des ressources pour soutenir un autre milieu que celui dans lequel elles travaillent habituellement ne se produit que lors d’un bris de service et doit préalablement être autorisée par le président-directeur général de notre établissement.»

Dans ce cas précis, un «registre d’exceptions» doit être rempli. La démarche est assujettie à une série de mesures, a indiqué par courriel la porte-parole.

  • Diminuer au maximum les mouvements de personnel dans une même semaine, prévoir plusieurs quarts de travail consécutifs dans le nouveau milieu
  • Respecter le port des équipements de protection individuels strict en tout temps, ainsi que le respect de l’hygiène des mains
  • Aucun délai d’attente requis (quarantaine) avant le retour en zone froide
  • Douche et changement d’uniforme requis avant le retour en zone froide
  • Dépistage si présence de symptômes (aviser le gestionnaire).
  • Lors d’un retour d’une unité en éclosion : ajout du dépistage aux jours 0-5-14 lors du retour en zone froide.