«On banalise une dépendance»

Tout comme le député caquiste François Bonnardel, les maires de Granby et de Cowansville sont catégoriques : le gouvernement fédéral commet une grave erreur en légalisant la marijuana à compter de juillet 2018.
Ayant lui-même lutté contre des problèmes de consommation de drogue et d'alcool, Pascal Bonin reconnaît être piqué au vif par l'initiative d'Ottawa. 
« On a de la misère à investir dans les centres de désintoxication. Et au lieu de leur donner plus d'argent, on banalise une dépendance. Pour moi, c'est un non-sens. C'est complètement ridicule », affirme le premier magistrat de Granby. 
« Une dépendance, ce n'est pas récréatif. Ça fait en sorte que toute ta vie tourne autour de ça », ajoute-t-il.
Bien que le projet de loi déposé par les libéraux prévoie un âge de minimal de 18 ans pour la consommation de la marijuana, le maire Bonin craint de graves conséquences chez les adolescents. 
« Croyez-vous vraiment que les jeunes de 15-16 ne se tiennent pas avec ceux de 18 ans ? Penser qu'ils n'auront pas accès à du pot, c'est se mettre la tête dans le sable (...) On va se retrouver avec une jeunesse qui foire sur le divan... »
« Désolé de ne pas jouer au politicien cool, mais ce n'est pas le genre de message que je veux envoyer à nos jeunes. »
Le député de Granby, François Bonnardel, abonde dans le même sens. « Je pense que le gouvernement Trudeau a sous-estimé les conséquences de cette décision-là. (...) Il faut aller voir dans les écoles pour comprendre ce qui se passe. (La drogue), c'est un véritable fléau », affirme le caquiste. 
Pour sa part, le maire de Cowansville, Arthur Fauteux, souligne que plusieurs études tendent à démontrer les impacts négatifs de la consommation de drogue sur le cerveau, principalement chez les jeunes. 
« Moi, j'ai travaillé dans le milieu correctionnel. Il y a 40 ans, la schizophrénie, on ne voyait pas ça avant 38 ou 40 ans. Et maintenant, on a ça dès 12 ou 13 ans », regrette M. Fauteux. 
Pascal Bonin entrevoit également des risques pour l'ensemble de la population. Il émet notamment certains doutes quant à l'efficacité des techniques visant à détecter la conduite automobile sous l'effet de la drogue. 
« Je sais que la sécurité est un enjeu très important pour les citoyens de Granby. Et je pense qu'on a pris les moyens pour rendre la ville très sécuritaire. Et là, on se retrouve avec ce problème-là... »
« Comme de la mauvaise herbe »
François Bonnardel rejette pour sa part l'argument selon lequel la légalisation portera un dur coup au crime organisé en éradiquant la vente sur le marché noir. « Ça va continuer à pousser. C'est comme de la mauvaise herbe », prévoit le leader parlementaire de la CAQ.
« Je pense que le crime organisé est plus loin que ça en matière de drogues, ajoute Arthur Fauteux. Et celui qui n'est pas dans le crime a une opportunité qu'il n'avait pas avant. Tu peux en cultiver et ne pas en consommer. Et dans ce temps-là qu'est-ce que tu fais avec ? Tu la vends. »
Par ailleurs, M. Fauteux dit comprendre les préoccupations de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec. Puisque les Canadiens pourront faire pousser jusqu'à quatre plants dans leur résidence, on craint notamment les dommages matériels aux logements que pourrait occasionner la production. « Quand t'es locataire, t'es locataire. T'es pas chez vous », souligne-t-il.
Selon le maire de Cowansville, les risques de la légalisation de la marijuana dépassent amplement les bienfaits potentiels. « Qu'est-ce qui pressait finalement ? La seule chose qui avait du sens, c'était (la consommation) pour des fins médicales. Et ça, c'était réglé... »