Protestant contre le projet de loi no 40 modifiant l’organisation et la gouvernance scolaires, une cinquantaine d’enseignantes et d’enseignants ont occupé mardi matin le bureau de circonscription du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à Chambly.
Protestant contre le projet de loi no 40 modifiant l’organisation et la gouvernance scolaires, une cinquantaine d’enseignantes et d’enseignants ont occupé mardi matin le bureau de circonscription du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à Chambly.

Occupation du bureau du ministre Roberge: les profs déterminés à se faire respecter

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
Protestant contre le projet de loi no 40 modifiant l’organisation et la gouvernance scolaires, une cinquantaine d’enseignantes et d’enseignants ont occupé mardi matin le bureau de circonscription du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, à Chambly. Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-Yamaska (SEHY), était notamment sur place.

Cette action surprise s’est déroulée alors que l’étude détaillée de ce projet de loi se poursuivait à Québec, en commission parlementaire à l’Assemblée nationale.

Selon Mme Veilleux, l’occupation qui a duré un peu plus d’une heure s’est faite dans le calme, de façon pacifique. Deux autres membres du SEHY étaient également présents, soit Martin et Luc Laboissonnière.

«Il est important d’être visibles, encore et toujours, car quand le ministre de l’Éducation et le premier ministre limitent le projet de loi 40 à l’abolition des commissions scolaires (CS), c’est faux. Ce projet de loi va beaucoup plus loin», insiste Mme Veilleux.

Avec 312 articles, ce projet de loi 40 n’en comporterait qu’une vingtaine en lien avec l’abolition des CS, avait prévenu Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), en entrevue avec La Voix de l’Est en décembre dernier. «C’est un projet de loi mastodonte et dysfonctionnel», image-t-il.

«Le projet de loi 40 empire les conditions de travail des profs ainsi que les conditions d’apprentissage des élèves, souligne M. Mallette. Ce projet de loi diminue l’autonomie des professeurs, remet en question leur approche pédagogique, ne permet pas aux professeurs de se perfectionner adéquatement, accentue la ghettoïsation des milieux et centralise davantage les pouvoirs à Québec.»

Du côté du ministère de l’Éducation, on «déplore cette action inutile de la Fédération autonome de l’enseignement […] La FAE n’a pas besoin de mener de telles actions pour parler au ministre, qui leur est toujours accessible. Le ministre Roberge s’est d’ailleurs entretenu avec le président de la FAE pas plus tard qu’hier», a répondu par courriel l’attaché de presse du ministre, Francis Bouchard.

Ce dernier ajoute que le projet de loi 40 ne mènera pas à une dégradation des conditions de travail des enseignants, tel que le prétend la FAE.

«Au contraire, il représente une avancée importante pour la profession enseignante, notamment en reconnaissant dans la loi l’expertise des enseignants et en leur donnant davantage d’autonomie, ainsi qu’en empêchant que des notes soient modifiées unilatéralement, sans qu’ils soient consultés, ce qui se faisait par le passé», indique-t-il.

Sophie Veilleux, présidente du Syndicat des enseignants de la Haute-Yamaska

L’exemple de la formation continue

Lors d’une rencontre entre des syndicats d’enseignants et le ministre Roberge, le 17 décembre, il a notamment été question de l’introduction dans la loi de la formation continue obligatoire des professeurs.

«Les profs se forment déjà, mais l’offre de perfectionnement est trop pauvre et les conditions ne sont pas réunies pour offrir des formations de qualité», explique M, Mallette, évoquant notamment le manque de financement et la piètre qualité des formations proposées.

Selon lui, l’aspect de la formation continue obligatoire est plutôt l’occasion de confier plus de pouvoir «aux individus qui obéissent sans rouspéter, ceux que j’appelle les ronds de cuir, les “pédagocrates” du Ministère et des commissions scolaires et qui disent aux professeurs quoi faire et comment le faire».

Ce n’est pas comme ça qu’on reconnaît l’expertise des professeurs, selon lui.

10 000 enseignants mécontents

Depuis l’automne dernier, les enseignants ont été plus de 10 000 à faire parvenir une lettre au ministre de l’Éducation, lui demandant de retirer ce projet de loi qui ne reconnaît pas et ne protège pas leur expertise, selon la FAE. Pourtant, Jean-François Roberge prétend que les profs lui indiquent «de ne pas lâcher», indique la FAE par voie de communiqué.

Les 10 000 lettres ont été déposées officiellement par les partis d’opposition mardi matin, à l’Assemblée nationale, dans le cadre de la commission de la culture et de l’éducation.

Il n’est pas question de retirer le projet de loi, rétorque le ministre. «Si nous sommes ouverts à bonifier le projet de loi, il n’est pas question de retirer le projet de loi. Le Québec mérite une gouvernance scolaire moderne, moins bureaucratique et centrée sur les besoins des élèves», a-t-il répondu par courriel via son attaché de presse.

«Le ministre réagit, donc notre action n’est pas inutile», avance M. Mallette, en entrevue téléphonique avec La Voix de l’Est, mardi, ajoutant du même souffle que «les profs sont déterminés à se faire respecter».

Mme Veilleux indique quant à elle que les syndicats d’enseignants «représentent les gens les plus touchés par ce projet de loi». Selon elle, ce n’est pas de simples amendements qui vont permettre d’arriver à quelque chose d’acceptable. «Cela va bien au-delà de quelques points seulement qui seraient litigieux», dit-elle à l’autre bout du fil.

Quand le ministre dit qu’il parle au nom des enseignants — lui-même un ancien prof —, «il faut que les gens comprennent que c’est faux et qu’il les manipule», dit-elle.

UNE COMMANDE DU PREMIER MINISTRE

Le vrai objectif du projet de loi 40 est qu’il répond à une commande du premier ministre François Legault à son ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, selon Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« François Legault attend son trophée, il veut la peau des élus scolaires », dit M. Mallette, en entrevue avec La Voix de l’Est.

Selon celui qui est le porte-voix de 45 000 enseignants au Québec, ce projet de loi n’accorde aucune importance à la réussite des élèves, particulièrement les plus vulnérables, et ne reconnaît pas du tout l’expertise des professeurs. « En quoi la fin des élus scolaires vient-elle répondre à ces deux enjeux ? », dit-il.

M. Mallette croit plutôt qu’il n’y a aucune urgence à réformer la loi sur l’instruction publique : « Pourquoi ne prend-on pas plutôt le temps de réfléchir collectivement à l’avenir de l’école ? »

L’abolition des élus scolaires n’est pas une solution, selon le président de la FAE. « Ce n’est pas vrai que l’argent va ensuite aller aux services pour les élèves. »

Il croit plutôt que l’argent va être transféré aux futurs centres de services scolaires en frais d’administration. « Le gouvernement est incapable de démontrer qu’il y aura une heure de plus de services aux élèves, particulièrement les plus vulnérables », insiste-t-il.