La Nuit des sans-abri permet de réunir des gens qui se croisent rarement dans la vie de tous les jours, observe Bertrand Derome.
La Nuit des sans-abri permet de réunir des gens qui se croisent rarement dans la vie de tous les jours, observe Bertrand Derome.

Nuit des sans-abri: amour et solidarité au menu

L’amour et la solidarité étaient au rendez-vous de la Nuit des sans-abri de Granby et de Waterloo vendredi soir. Les deux événements auront permis de déplacer plus de 400 personnes qui ressortiront de leur expérience plus sensibilisées, selon les organisateurs.

Alain Bernier, coordonnateur de l’événement à Granby, se réjouissait du succès de la soirée qu’il organisait pour la toute première fois.

«Nous manquons déjà de verres!», faisait-il remarquer à peine une heure trente après le commencement de l’événement

La Nuit des sans-abri qui se tenait simultanément dans 35 villes du Québec se veut avant tout une célébration de la solidarité.

Une rare occasion où les gens aux prises avec des problèmes divers se réunissent avec le reste de la société.

«Il y a vraiment une belle proximité avec les gens», soulignait Annick Lamy, travailleuse de proximité à Waterloo.

On pouvait ressentir une ambiance semblable à Granby où les gens de toutes classes se réchauffaient près des foyers extérieurs installés par les bénévoles.

Solidarité

Cette solidarité était parfois prévue et organisée avec notamment un peu de nourriture et des boissons chaudes pour les participants, mais souvent spontanée.

Plusieurs familles sont d’ailleurs arrivées au cours de la soirée à Granby avec des vêtements à donner.

«On n’avait rien de prévu pour recueillir les dons, mais disons que c’est un beau problème», explique une bénévole.

Un peu plus tard, c’était au tour des jeunes en réinsertion sociale de l’organisme Joins-toi d’arriver avec plusieurs plateaux de pâtisseries.

«Ce sont eux qui ont cuisiné tout au long de la semaine, c’est leur initiative, c’est une façon pour eux de faire quelque chose pour la communauté», explique l’intervenant Patrick Adam.

Les organisateurs de la Nuit des sans-abri de Waterloo avaient fait appel à la générosité des citoyens pour fournir des vêtements aux personnes défavorisées et la communauté a bien répondu. Les organisateurs ont recueilli des bottes, des manteaux ainsi que des bas chaud donnés par les cadets de l’armée.

«Les gens en situation d’itinérance ont besoin de bottes et de souliers toute l’année. Avec toutes les intempéries, leurs souliers ne durent pas plus qu’un mois», souligne Annick Lamy qui souligne que d’autres vêtements seront nécessaires.

Les vêtements recueillis à Waterloo devraient également être remis aux organismes qui en ont le plus besoin.

Sensibiliser

«Les gens qui ont des vrais problèmes d’itinérance ne sont pas là ce soir, mais ça reste un événement très pertinent», explique le conseiller Riel qui représentait la Ville de Granby et qui est chargé des dossiers d’itinérance et de pauvreté.

Si ce dernier reconnaît que la simple sensibilisation ne permet pas de sortir les gens de la rue, il estime que la mobilisation citoyenne peut encourager le conseil municipal à investir dans des programmes de lutte contre l’extrême pauvreté.

Plusieurs personnes interrogées par La Voix de l’Est reconnaissaient avoir déjà passé par l’itinérance à un moment de leur vie.

L’un des plus connus, le camelot du journal L’Itinéraire, Bertrand Derome, a passé la soirée à discuter avec des citoyens le reconnaissant pour ses nombreuses apparitions dans les médias.

«Ça me permet de sensibiliser les gens et de faire connaître les services qui existent. Moi, j’ai pas de problème à en discuter. Je pense que je peux inspirer de l’espoir à ceux qui essaient de s’en sortir et de toute façon, la communauté m’a tellement donné que je dois redonner à mon tour», a noté celui qui fêtait son anniversaire vendredi soir.

André (nom fictif) avoue pour sa part être passé par pas moins de sept thérapies pour retrouver un quotidien stable.

Une «vie normale»? Le quadragénaire rejette vivement le terme.

«Ça n’existe pas une vie normale. Il y a des gens qui ont un toit sur la tête, un bon salaire et une famille et qui sont vraiment en détresse. Nous vivons dans un monde de consommation à tout prix et ce n’est vraiment pas tout le monde qui est bien là-dedans. La normalité pour moi, c’est le bien-être et il y a plusieurs façons d’être bien», explique-t-il.

À Waterloo aussi, les participants ont pu vivre une soirée magique.

«Il y a une personne aux prises avec des problèmes d’itinérance qui a accepté de me livrer son témoignage qui a été lu dans la soirée. Finalement cet homme là a décidé d’être présent et tout le monde l’a félicité», témoigne la travailleuse sociale Annick Lamy.

Autre tradition qui s’installe dans la Nuit des sans-abri de Granby, la légendaire Confrérie de l’omelette était présente pour une troisième année consécutive au parc Miner pour servir un encas nourrissant aux participants.

Confrérie de l’omelette

Autre tradition qui s’installe dans la Nuit des sans-abri de Granby, la légendaire Confrérie de l’omelette était présente pour une troisième année consécutive au parc Miner pour servir un encas nourrissant aux participants.

«Ça s’inscrit dans la mission de la Confrérie. Les origines remontent à l’Aquitaine, en France. Les gens se réunissaient à Pâques pour cuire des oeufs pour les gens dans le besoin», expliquent les bénévoles du groupe.

Pour nourrir tous les participants, 560 oeufs ont été cuits dans une même omelette.

Les organisateurs des deux marches rappellent que la pauvreté existe tout au long de l’année et qu’il est crucial de soutenir les organismes qui sont au front pour la combattre tous les jours.