Récemment, La Voix de l’Est rapportait la désacralisation prochaine de l’église de Lawrenceville, plutôt vouée à devenir un centre communautaire ou une salle de spectacle. Elle n’est pas la première: d’autres lieux de culte de la région ont eux aussi changé de vocation.

Nouvelles vocations pour nos églises: rassembler autrement

Récemment, La Voix de l’Est rapportait la désacralisation prochaine de l’église de Lawrenceville, plutôt vouée à devenir un centre communautaire ou une salle de spectacle. Elle n’est pas la première : d’autres lieux de culte de la région ont eux aussi changé de vocation. Leur point commun ? Même si elles n’ont plus d’usage religieux, ces églises continuent à servir la communauté

Les églises et leur parvis ont longtemps été le lieu de rassemblement par excellence des communautés. Élément architectural central et souvent distinctif d’une ville ou d’un village, ces lieux de culte évoluent au même rythme que les mœurs de ceux qui les ont autrefois fréquentés. Dans certains cas, cela implique un nouvel usage.

Bien qu’il ne s’agisse pas du seul facteur en cause, la diminution importante de la fréquentation des églises est un élément déterminant dans la désacralisation de celles-ci, explique Tania Martin, professeure titulaire à l’école d’architecture de l’Université Laval.

En ayant moins de revenus, les assemblées de fabrique n’ont plus les ressources financières nécessaires pour payer les onéreuses rénovations et réparations des églises. « Un lieu de culte, c’est comme une maison : si on n’a pas de fonds de prévoyance pour remplacer la toiture et l’entretenir, les coûts pour le rénover seront toujours plus élevés que si on s’en était occupé au fur et à mesure », illustre-t-elle.

Or, par définition, les églises ne doivent servir que de lieu de culte dans les pratiques catholiques et anglicanes, indique-t-on. Selon la loi qui les régit, les assemblées de fabrique sont exemptées de payer des taxes foncières municipales tant et aussi longtemps qu’il y a un culte dans l’église, explique Luc Noppen, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM. Si cette pratique cesse, elles n’ont pas d’autre choix que de vendre. 

Il est toutefois plutôt rare que des investisseurs privés achètent une église, soulève M. Noppen. « Il faudrait que l’église ait une valeur immobilière exceptionnelle pour qu’on l’utilise à des fins privées », note-t-il.

D’autant plus, ajoute le professeur, qu’il « ne revient pas au privé de valoriser un patrimoine aussi complexe. On ne veut pas y faire quelque chose d’indigne. Ici, au Québec, on a un respect pour le patrimoine qui est assez développé, c’est pourquoi on garde nos églises dans le giron communautaire ».

C’est pour cette raison que bon nombre d’églises sont achetées par des villes, des MRC ou des organismes à but non lucratif. « C’est une tendance lourde, qui prend de l’ampleur. Le patrimoine est une préoccupation collective et les municipalités en sont les mandataires », affirme le professeur.

Celui-ci évalue à environ 2700 le nombre d’églises au Québec. Du nombre, 300 auraient été démolies et 500 ont été converties à d’autres usages ; 160 d’entre elles appartiennent à des municipalités.

De son côté, le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ) a effectué un premier inventaire des lieux de culte sur le territoire québécois en 2003. Dans la région, 100 lieux de culte avaient été recensés dans la région, dont 52 dans la MRC Brome-Missisquoi. On en comptait 24 dans la MRC de La Haute-Yamaska, 15 dans la MRC de Rouville et 9 dans la MRC d’Acton, indique Isabelle Lortie, agente de recherche au CPRQ.

Du nombre, 15 lieux de culte ont été désacralisés [voir encadré].

Un phénomène qui s’accélère

La désacralisation des lieux de culte est loin de s’essouffler. Mme Lortie indique que chaque année depuis une décennie, environ 40 églises se retrouvent en « mutation », c’est-à-dire qu’elles sont fermées, vendues, transformées ou démolies, sans être nécessairement désacralisées.

« C’est un phénomène qui s’accélère, mais dont on parle moins qu’avant, reconnaît M. Noppen. Il y a dix ans, quand on fermait ou on démolissait une église, ça faisait les manchettes. Maintenant, on s’y est un peu habitués. »

Le phénomène n’est cependant pas unique au Québec, indique Mme Martin, mais surtout pas exclusif aux églises catholiques. « C’est un phénomène canadien, voire nord-américain. On désacralise des lieux de culte catholiques, mais des églises anglicanes et méthodiques changent aussi de vocation », explique-t-elle.

Ce n’est toutefois pas le cas des églises baptistes et de certains lieux de culte protestant, nuance la professeure, qui connaissent plutôt un essor.

L’importance de l’architecture d’un lieu de culte est davantage associée aux traditions chrétiennes, mais surtout au catholicisme, indique pour sa part M. Noppen. « La notion de patrimoine est née dans les églises de France, explique-t-il. Du côté des anglicans, par exemple, la mémoire des lieux est plus importante que la pierre. »

« Quand on regarde les nouvelles traditions évangéliques, qui croissent ici avec l’arrivée d’immigrants, on voit que leur foi est beaucoup plus vivante, mais que l’apparence du lieu de culte leur importe peu. Ils cherchent surtout un endroit pour se rassembler », poursuit-il.

Vocation communautaire

Si certaines églises rachetées par des villes conservent leur vocation religieuse, d’autres connaissent d’autres usages. 

La plupart du temps, l’aspect communautaire de l’église est maintenu, d’autant plus que le bâtiment est acheté et entretenu avec des fonds publics. « Historiquement, les églises sont des lieux de rassemblement, alors plusieurs projets de conversion souhaitent conserver cette vocation-là. L’important, c’est que l’église soit utilisée le plus possible, que son usage soit polyvalent et complémentaire avec celui des autres », explique Mme Martin.

Le succès d’une conversion d’église repose sur l’usage qu’on compte en faire. « Si on donnait toujours la même vocation à toutes les anciennes églises, elles se cannibaliseraient les unes les autres, estime également Luc Noppen. On doit identifier nos besoins et connaître les désirs de notre population. »

Outre leur origine religieuse, les églises appartiennent à notre patrimoine architectural collectif, affirme M. Noppen. « Quand on pense au cœur d’un village, il y a toujours une église, souligne-t-il. Si on la démolit, on défigure le visage urbain d’une communauté. »

DES EXEMPLES DE CONVERSIONS

Église universaliste de Waterloo : le cœur de la culture

Construite en 1870, l’église universaliste de Waterloo a été acquise en 1989 par la municipalité afin de la convertir en salle de spectacle. Depuis trente ans, la Maison de la culture de Waterloo, citée bâtiment patrimonial par le ministère de la Culture du Québec en 1988, est désormais le théâtre de prestations d’artistes établis et émergents des quatre coins du Québec. Cet ancien temple maçonnique compte désormais deux salles avec une capacité d’accueil de 280 et 68 personnes. t 

Église Notre-Dame: un lieu dédié au savoir

La désacralisation de l’église Notre-Dame et sa vocation future ont fait l’objet de nombreuses discussions au cours des dernières années. Dès 2005, la Ville de Granby a jonglé avec l’idée d’acquérir le lieu de culte construit entre 1898 et 1906, ce qu’elle a fini par faire en 2012 pour la somme symbolique de 1 $. Sous l’administration de l’ancien maire Richard Goulet, l’église, dont la dernière messe a été célébrée en juin 2013, devait initialement accueillir la bibliothèque Paul-O.-Trépanier, qui aurait alors été agrandie et jumelée avec celle du Cégep de Granby. La proposition n’a toutefois pas été mise en œuvre en raison de son coût, évalué à 12 millions de dollars, jugé trop élevé. L’arrivée de Pascal Bonin à la mairie en novembre 2013 a relancé le projet de conversion de l’église, cette fois en « quadrilatère du savoir », abritant à la fois un institut technologique chapeauté par le Cégep de Granby, pour y accueillir notamment la Technique en génie mécanique, et une salle multifonctionnelle. Les travaux, ayant débuté en février 2017 et ayant mené à des fouilles archéologiques sur le site, entraîneront à terme des coûts estimés à 13 millions de dollars, dont 9 millions sont assumés par la Ville et 4 millions par le Cégep. 

Église Saint-Benoit: Un nid pour le communautaire

La construction de l’église Saint-Benoit, à Granby, est somme toute assez récente. Construit entre juillet 1949 et juin 1950, le lieu de culte a accueilli des paroissiens pendant tout près de 60 ans. Sa dernière messe a été célébrée le 8 juin 2009, après quoi la Ville de Granby a acheté l’édifice, qui est devenu en 2013 le Centre communautaire Saint-Benoit. Depuis, celui-ci abrite tout près d’une vingtaine d’organismes communautaires de Granby, qui étaient auparavant installés au presbytère de l’église et au centre culturel France-Arbour. 

Centre culturel St-John: histoire et culture

L’église anglicane construite à la fin du 19e siècle au cœur du Vieux-Village est devenue un haut lieu de la culture à Bromont. Acquise par la Ville de Bromont et inauguré en 2008, le Centre culturel St-John accueille une grande diversité de spectacles, de conférences et d’événements publics. On retrouve également dans le bâtiment municipal les bureaux administratifs du Service des loisirs, de la culture et de la vie communautaire. 

Église de l’Assomption: des loisirs pour tous les goûts

Voilà quinze ans que l’église de l’Assomption-de-la-Bienheureuse--Vierge-Marie appartient à la Ville de Granby. Depuis sa désacralisation, l’endroit est devenu un centre récréatif et le nid du club de gymnastique les Hirondelles. L’Harmonie de Granby y a également logé.