Chantal Brassard (à gauche) est coordonatrice du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby.
Chantal Brassard (à gauche) est coordonatrice du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby.

Nouvelle vague de dénonciations: la demande explose au CALACS

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
Les réseaux sociaux sont le théâtre d’une déferlante vague de dénonciations de la part de victimes de violences à caractère sexuel, ce qui pourrait expliquer l’explosion de la demande au Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby, selon sa coordonnatrice, Chantal Brassard.

«Curieusement, on ne savait pas trop à quoi l’associer, mais depuis quelque temps, surtout lors de la dernière semaine, on a effectivement plus de demandes», confirme la coordonnatrice du CALACS, qui était moins sollicité qu’à l’habitude durant la pandémie en raison du confinement et de l’arrêt des classes.

La plupart des femmes et des filles qui contactent le CALACS ont été référées par une intervenante, avec qui elles ont déjà identifié les conséquences de l’agression sexuelle qu’elles ont vécues. Lors de la rencontre d’accueil, l’intervenante du CALACS prend le temps de déterminer avec la victime quel a été le déclencheur de leur processus de demande d’aide ainsi que les conséquences du traumatisme.

«On n’a pas de contrôle sur ce qui s’est passé ou sur le contexte de l’agression sexuelle, mais on a du pouvoir d’agir sur les conséquences», explique Chantal Brassard.

Faire tomber l’anonymat

Si plusieurs témoignages du mouvement #MeToo ne dévoilaient pas l’identité de l’auteur des actes reprochés, c’est tout le contraire qui se passe actuellement. Ce phénomène a pris de l’ampleur dans les dernières années, reconnaît Mme Brassard, qui l’explique par des motivations personnelles et collectives.

«Pour les victimes, il s’agit d’un premier geste posé pour dénoncer ou pour dévoiler une situation. C’est aussi pour libérer la parole à travers les réseaux sociaux. Ce qu’on veut, c’est briser le silence et, quelque part, donner un sens à ce qui a été vécu parce qu’on a intégré l’information et on a compris que ce n’était pas correct, que c’était une agression, une inconduite», explique Chantal Brassard.

En dénonçant un agresseur, cela permet de lui transférer la responsabilité de l’acte, et de réduire le stress causé par la situation, estime Mme Brassard. «C’est de dire : ce n’est plus moi qui va le porter, c’est la personne qui va être confrontée au geste qu’elle a fait subir», illustre la coordonnatrice du CALACS de Granby qui y voit aussi l’opportunité pour les victimes de réécrire leur histoire.

Du point de vue collectif, cela permet aux victimes de se dire qu’elles ne sont plus seules. «En dévoilant sur les réseaux sociaux, on vient s’inscrire dans une mobilisation collective», ajoute-t-elle.

Le poids du processus judiciaire

Seulement entre 5 et 10% des victimes d’agression sexuelle décident d’aller de l’avant avec une plainte formelle en raison de la lourdeur du processus judiciaire, souligne Chantal Brassard.

«S’engager dans un tel processus ce n’est pas facile pour les victimes, qui sont aux prises avec les conséquences de l’agression sexuelle et qui ne veulent pas vivre de revictimisation», ajoute-t-elle.

«Je pense qu’il faut continuer à dénoncer et qu’il ne faut pas minimiser les gestes qui sont déplacés, voir mêmes violents», a pour sa part déclaré la députée de Shefford et vice-présidente du comité permanent de la condition féminine, Andréanne Larouche, qui souhaite que les personnes qui se sont exprimées sur le web aillent chercher de l’aide auprès de ressources appropriées.

La chute

Certaines dénonciations concernent des tatoueurs, des photographes, des musiciens et des personnalités publiques. Des pages Instagram, telle victims_voices_montreal, regroupent les témoignages et publient une liste de personne dénoncée en invitant le public à se désabonner.

«La motivation derrière ce compte est très simple : finalement donner une voix et une plateforme safe aux individus qui ont déjà senti du danger, de la honte et de l’invalidation en lien avec leurs traumas infligés par d’autres», peut-on lire sur la page.

Mardi soir, l’auteure-compositrice-interprète Safia Nolin a rapporté une situation vécue avec Mariepier Morin, lors d’une soirée dans un bar de Montréal en mai 2018, durant laquelle elle l’aurait harcelé sexuellement et aurait tenu des propos racistes à son endroit ainsi qu’à celui de la tenancière du bar. Maripier Morin a depuis présenté ses excuses et a annoncé qu’elle prenait une pause de ses activités professionnelles.

L’auteur-compositeur-interprète Bernard Adamus, reconnu pour ses problèmes de consommation, est aussi visé par des accusations et a été lâche par sa maison de disque Grosse Boite/Dare to Care. Il a également présenté ses excuses sur son compte Instagram.

La suite

Il y a eu un avant et un après #MeToo, affirme Mme Brasard, qui croit que la même chose est à prévoir avec cette vague de dénonciations.

«On reconnait davantage que c’est grave des inconduites et du harcèlement sexuels et que cela entraîne des conséquences importantes», indique la coordonnatrice du CALACS, qui salue la réaction de certains bars qui ont dit vouloir à former leur personnel à reconnaître et à intervenir lorsque témoin de violences sexuelles.

S’il s’agit d’une belle victoire, la guerre n’est pas encore gagnée, dit-elle, rappelant l’importance de l’éducation et de la sensibilisation à la notion de consentement et au rôle des témoins.

Ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a aussi commenté la nouvelle vague de dénonciations d’agressions à caractère sexuel qui prend place sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

LA MINISTRE CHAREST RÉAGIT

Ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, a aussi commenté la nouvelle vague de dénonciations d’agressions à caractère sexuel qui prend place sur les réseaux sociaux depuis quelques jours.

«Je suis profondément touchée par la situation. Je crois sincèrement que personne ne devrait subir de tels gestes et qu’à force d’éducation et d’empathie envers les victimes, on peut enrayer ce fléau», déclare la députée de Brome-Missisquoi.

«Notre gouvernement fait de l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes une priorité, et cette égalité ne pourra être atteinte tant que les agressions sexuelles commises en toute impunité demeureront monnaie courante», ajoute-t-elle en rappelant que le gouvernement caquiste a aboli le délai de prescription pour les agressions à caractère sexuel de manière à ce que les victimes puissent obtenir justice, même plusieurs années après les faits.

«Je veux assurer les survivantes d’agression sexuelle de mon soutien et saluer leur courage. Je souhaite aussi leur rappeler que plusieurs ressources professionnelles existent pour recevoir leurs dénonciations et leur offrir un soutien et des services», conclut Isabelle Charest dans un message diffusé sur les médiaux sociaux.

Des ressources gratuites disponibles

Les Centres d’aide aux victimes d’actes criminels : https://cavac.qc.ca/

Les Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel : http://rqcalacs.qc.ca/

Clinique Juripop : https://juripop.org/

- Avec la collaboration de Stéphane Lévesque, Initiative de journalisme local (La Nouvelle union)