Des promoteurs immobiliers proposent de construire 70 unités de logement sur l’immense terrain boisé à l’est (du côté droit sur la photo) de la rue Larivée dans le village de Sutton.

Nouveau projet immobilier à Sutton: quelques citoyens devront trancher

La Ville de Sutton fonde beaucoup d’espoir sur un projet immobilier dans son village pour attirer de jeunes familles. Elle devra toutefois convaincre une dizaine de propriétaires des rues avoisinantes d’assumer une partie de la facture pour prolonger le réseau d’égout afin de desservir le futur quartier.

Le projet du Vieux verger propose de construire 70 unités d’habitation regroupant des mini-maisons, des maisons de ville, des unifamiliales, des duplex et des multilogements. Une coopérative comprenant une vingtaine d’unités est également dans les cartons, signale le maire de Sutton, Michel Lafrance.

« C’est le genre de projet qui permettrait à de jeunes familles de venir s’installer à des coûts abordables. C’est ce qu’on essaie de faire depuis des années, mais on n’a jamais réussi. »

La réalisation du projet va dépendre des citoyens qui habitent sur les rues Larivée, Cimetière et Seymour. Les maisons sur les deux premières rues sont présentement desservies par le réseau d’aqueduc de la municipalité. Celui-ci, construit dans les années 70, doit toutefois être modernisé.

Or, les autorités municipales aimeraient en profiter pour ajouter les égouts. Cela fait, elles pourraient prolonger les deux services vers l’immense terrain boisé où le projet du Vieux verger est prévu, juste à l’est des trois rues qui forment un U.

La modernisation du réseau d’aqueduc dans ce secteur serait aux frais de la Ville puisqu’il s’agit d’une infrastructure existante. Cependant, le prolongement du réseau d’égout devra être payé par les propriétaires sur les trois rues par l’entremise d’une taxe spéciale de secteur payable sur 20 ans. Les estimations initiales font état de travaux de l’ordre de 161 000 $.

Les promoteurs du Vieux verger devraient assumer environ 55 % de la facture, explique le directeur général de la Ville, Pierre Largy. Le restant serait facturé aux propriétaires du secteur.

L’approbation des résidants des trois rues concernées est vitale puisque la Ville compte emprunter pour prolonger le réseau d’égout dans le secteur. Un registre sera ouvert suivant l’adoption d’une résolution par le conseil sur un règlement d’emprunt. Les citoyens des trois rues pourront le signer pour demander la tenue d’un référendum sur l’emprunt.

Un appel d’offres sera lancé dans les prochaines semaines pour préparer les plans et devis des travaux de prolongement du réseau d’égout sur les trois rues, a indiqué M. Largy. Ils permettront de déterminer avec plus d’exactitude les coûts engendrés par ces travaux, a-t-il dit.

Les plans et devis serviront à préparer le règlement d’emprunt. Celui-ci devrait être adopté par le conseil cet automne. « Le conseil espère pouvoir tout régler avant les Fêtes », a dit M. Largy.

L’accueil de jeunes familles demeure un des grands objectifs du conseil, a répété le maire en entrevue mercredi. La pérennité et la vitalité de la municipalité en dépendent, soutient-il.

« On perd des élèves tous les ans à l’école. Ça ne peut pas continuer comme ça. On doit trouver des façons d’amener de jeunes familles chez nous et de les aider à se loger. Il faut penser à cet enjeu aujourd’hui et agir maintenant. »

Hausse des valeurs foncières

Bien que les propriétaires des rues Larivée, Cimetière et Seymour auraient à payer des taxes spéciales, le prolongement du réseau d’égout aurait pour effet d’augmenter la valeur de leur propriété, signale M. Largy. Certains propriétaires pourraient même subdiviser leur terrain pour créer d’autres lots et les vendre. « Ça ajouterait des terrains constructibles au village », dit-il.

La Ville aimerait par ailleurs que le futur quartier rejoigne celui du mont Louis, plus à l’est. Ce secteur est aussi uniquement desservi par le réseau d’aqueduc de la municipalité. L’ouverture d’une voie dans le nouveau quartier ajouterait une sortie à ce secteur, note M. Lafrance.

« Il y a une question de sécurité publique parce que pour le moment, il n’y a qu’une façon d’entrer dans ce secteur », a-t-il dit.

RÉTICENCE CITOYENNE DANS LE SECTEUR

Réal Nadeau n’est pas intéressé à ce que la Ville de Sutton prolonge son réseau d’égout dans son secteur. Lorsqu’il a acheté sa maison sur la rue Larivée en 2014, la propriétaire venait de dépenser plusieurs milliers de dollars pour changer la fosse septique. 

«Je n’ai pas de problème avec ma fosse ou mon champ (d’épuration). Je n’ai pas besoin de l’égout de la ville», soutient-il.

Le retraité estime que les coûts du prolongement du réseau d’égout devraient être payés entièrement par les promoteurs du projet immobilier projeté derrière chez lui. «Ce sont eux qui en ont besoin, eux qui vont faire des profits avec leur projet. C’est à eux de le payer», clame-t-il.

La taxe spéciale que lui imposerait la municipalité serait de
335 $ par année, pendant 20 ans, dit M. Nadeau. «Si ça passe, je vais vendre la maison et m’en aller.»

La circulation accrue qu’entraînerait l’ouverture d’une rue vers le nouveau quartier agace également M. Nadeau. «Ça va faire pas mal d’automobiles qui vont passer ici. C’est tranquille maintenant et c’est bien comme ça. Je me suis installé ici pour avoir la paix.»

On sent la même réticence chez la voisine de M. Nadeau. «La Ville n’a jamais vraiment souhaité passer les égouts ici. Soudainement, des promoteurs arrivent et on doit faire leur projet...», s’étonne la femme qui a demandé qu’on ne dévoile pas son nom.

Le terrain convoité abrite de nombreux animaux sauvages, signale la femme. «On voit des renards, des cerfs, des orignaux. Je pense qu’on devrait considérer plus l’environnement dans lequel on vit.»