Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
La fillette de 12 ans avait été séquestrée dans cette maison de Sutton, en 2018.
La fillette de 12 ans avait été séquestrée dans cette maison de Sutton, en 2018.

«Nous avons votre fille. Ouvrez le coffre-fort»

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Article réservé aux abonnés
La journée commence de façon tout à fait normale pour une mère de famille de Sutton, le 19 septembre 2018. Ses deux enfants partent pour l’école et elle se rend à son travail dans une banque de Lac-Brome, en Montérégie.

Mais peu après son arrivée, à 9h, son téléphone sonne. Au bout du fil, une voix masculine. «Nous avons votre fille. Elle va bien. Vous n’avez pas beaucoup de temps. Ouvrez le coffre-fort.»

«J’étais un peu sous le choc, a déclaré la femme devant le tribunal, lundi. J’ai dit: quoi? Il a répété. J’ai dit que je voulais lui parler. Une voix de jeune fille m’a dit: salut maman, ces hommes sont gentils... Je me suis retournée et je me suis effondrée.»

L'ex-conseillère financière — que nous ne pouvons nommer en vertu d’une ordonnance de non-publication — a témoigné au premier jour du procès de Jean-Pierre Bellemare, au palais de justice de Granby.

L’homme de 54 ans de Mansonville, en Estrie, est accusé d’avoir, avec un complice, enlevé et séquestré une fillette de 12 ans pour ensuite exiger une rançon. La jeune fille avait toutefois réussi à se défaire de ses liens et à s’enfuir. Elle a été retrouvée sauve trois heures après le crime.

L’accusé, Jean-Pierre Bellemare.

Agrippée et cagoulée

Ce matin-là, des inconnus l’avaient agrippée, cagoulée puis poussée à l’intérieur d’une fourgonnette alors qu’elle marchait jusqu’à l’arrêt d’autobus, a décrit Me Émilie Baril-Côté, de la poursuite, lors de son exposé d’ouverture. 

On lui avait appliqué du ruban adhésif robuste sur la bouche et forcée à enregistrer un message pour sa mère. Jean-Pierre Bellemare a été arrêté à la frontière américaine le lendemain alors qu’il transportait «des items particuliers» dans sa voiture. 

La mère de famille ne connaissait ni l’accusé ni son complice Jean-Guy Vallières, a-t-elle indiqué dans la langue de Shakespeare. La voix au téléphone était en anglais «mais ce n’était pas un anglophone». La connexion était mauvaise. 

Ses collègues de travail ont appelé l’école pour vérifier que sa fille n’y était effectivement pas, puis les autorités. La femme a reçu un autre appel intimidant par la suite, mais cette fois-ci le son était si mauvais qu’elle n’a rien compris. 

Finalement, à 11h30, un policier l’informe que sa fille a été retrouvée, toujours à Sutton. Elle et son mari n’ont toutefois pu la serrer dans leurs bras qu’en soirée. 

Me Laurence Béanger mène la poursuite dans ce procès.

«Ils voulaient l’interviewer et ne voulaient pas que ses émotions l’influencent en nous voyant», a-t-elle dit en répondant aux questions de l’avocate principale de la Couronne, Me Laurence Bélanger.

Terrifiée et en pleurs

À leur arrivée au poste de police de Dunham, à 22h30, la fillette était terrifiée et pleurait. Des marques étaient visibles sur son front, ses bras et son ventre, mais elle n’avait pas d’autres blessures.

M. Bellemare, qui se défend seul du box des détenus, a ensuite contre-interrogé le témoin par le biais d’une avocate désignée. Ses questions étaient souvent décousues ou exposaient des faits déjà établis. Il lui a notamment demandé si elle avait réellement eu peur pour sa fille ou si elle avait «joué la comédie». La mère a répondu que sa peur avait été très réelle. 

Présidé par le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure, ce procès devant jury se poursuit mardi. Six semaines ont été réservées pour cette cause.