Malgré son handicap visuel, rien ne peut freiner Pierre Champagne qui vient d’être nommé Grand Chevalier des Chevaliers de Colomb du conseil 9842 de Sainte-Trinité-de-Granby.

Non-voyant et vedette de publicité

Si Pierre Champagne a perdu la vue il y a 12 ans, pas question pour lui de se laisser abattre par son handicap visuel. Au contraire. Sa détermination et sa volonté à toute épreuve lui permettent de réaliser des expériences hors du commun. Il est justement ces jours-ci la vedette d’une nouvelle publicité des restaurants St-Hubert ! Et ce n’est pas son seul fait d’armes. Il vient d’être nommé Grand Chevalier des Chevaliers de Colomb, ce qui pourrait bien être une première au sein de l’organisation.

« Ça fait partie intégrante de ma vie. Je ne vois pas ça comme étant un obstacle. Paradoxalement, je dis que quand j’ai perdu la vue, ça m’a ouvert les yeux ! », raconte le sympathique Granbyen qui est devenu non-voyant à l’âge de 44 ans.

Privé de sa vision en raison de la rétinite pigmentaire, le père de famille a refusé de se laisser abattre par la maladie. « Quand j’étais voyant, je ne voyais pas de non-voyants, je n’en croisais pas dans la rue à Granby. Et je n’en connaissais pas vraiment qui avaient l’air actifs. Quand j’ai perdu la vue, comme tout le monde, on a une idée préconçue que lorsqu’on ne voit pas, on est quasiment limité à rester chez nous », raconte-t-il.

Sa rencontre avec un Montréalais non-voyant âgé de 93 ans qui travaillait dans son atelier d’ébénisterie aménagé dans la résidence où il vivait seul l’a inspiré. « Ça a été un peu comme un mentor. Je me disais si ce monsieur-là était capable de faire tout ça, pourquoi moi je ne serais pas capable ! »

Et croyez-le, il en accomplit des choses. Coordonnateur à L’O.E.I.L., un organisme de défense des droits des personnes vivant avec une déficience visuelle en Haute-Yamaska, il a tout mis en branle pour préserver son autonomie.

« J’ai fait ce qu’il fallait pour avoir une bonne mobilité, pour aller chercher un chien-guide, apprendre le braille, apprendre à fonctionner différemment avec les médiums informatiques, dit celui qu’on peut apercevoir fréquemment marcher d’un bon pas dans les rues de Granby. Quand j’ai été confronté à perdre la vue, j’ai dû faire de la réadaptation pour être capable d’avoir le plus d’autonomie possible. Il faut mettre beaucoup d’efforts. »

Vedette au petit écran
Tous ces efforts et sa persévérance le récompensent plutôt bien jusqu’à maintenant. Depuis quelques jours, on peut voir le Granbyen en vedette dans une publicité humoristique des restaurants St-Hubert diffusée pour mousser leur produit saisonnier : le homard des Îles de la Madeleine.

Le Granbyen Pierre Champagne est en vedette dans une publicité des restaurants St-Hubert qui est diffusée depuis quelques jours.

Pierre Champagne joue le rôle d’un père non-voyant attablé avec son fils. Il invite fiston à regarder ailleurs pendant qu’il lui « vole » sa guédille en pensant qu’il n’y verra que du feu. Ce qui n’est pas du tout le cas ! « On a été très chanceux, parce que Pierre était vraiment bon comédien. C’est un chic type », décrit Annik Labrose, vice-présidente marketing pour le groupe St-Hubert.

Des comédiens et des personnes non-voyantes ont auditionné pour le rôle du père. Au terme de deux auditions, le choix de la chaîne de restaurants s’est arrêté sur le Granbyen. Après une séance d’essayage, Pierre Champagne s’est glissé dans la peau d’un comédien pendant les quelques heures qu’a duré le tournage de la publicité dans un restaurant de Sainte-Thérèse-de-Blainville. « Il y a beaucoup de détails qu’on ne peut pas s’imaginer, dit-il. Ce qui m’a impressionné, c’est la minutie. »

Les restaurants St-Hubert sont sensibilisés à la réalité des non-voyants.

Non seulement des menus en braille sont mis à la disposition de leur clientèle, mais ils engagent des employés avec une déficience visuelle à leur centre d’appels où les logiciels et équipements ont été adaptés à leur condition, explique Mme Labrose.

« Le fait de prendre une personne non-voyante, je trouvais ça bien, dit le quinquagénaire. J’agis comme débroussailleur pour l’inclusion sociale, les personnes handicapées, donc ça rentrait dans mes cordes. En plus, c’est un volet humoristique et, de nature, j’ai l’air calme, mais j’aime ça faire des niaiseries ! Le réalisateur a dit : je pense qu’on le ressent, c’est pour ça qu’on t’a choisi. »

Grand Chevalier
Les exploits du Granbyen ne s’arrêtent pas là. Membre du conseil 9842 Sainte-Trinité-de-Granby des Chevaliers de Colomb depuis une dizaine d’années, il vient d’être nommé Grand Chevalier par ses pairs, ce qui pourrait bien être une première au sein de l’organisation. « C’est une belle expérience, une belle reconnaissance », estime le principal intéressé.

Son mandat sera notamment de représenter le conseil à différentes occasions et de présider les réunions. Est-ce qu’il s’agit d’un défi supplémentaire d’accomplir ces tâches lorsqu’on est non-voyant ? « Dans n’importe quelle tâche que je fais, le fait d’être non-voyant, c’est un méchant défi supplémentaire », fait-il savoir.

« Ce sont de belles expériences, renchérit-il. J’espère que ça démontre à des gens qui vivent avec un handicap visuel qui sont à la maison et qui se disent qu’on ne peut rien faire parce qu’on ne voit pas, qu’ils vont peut-être réaliser que ce n’est pas vrai. Que si on veut mettre l’effort, on peut réussir. Des fois, les limites, c’est nous-mêmes qui nous les mettons. »