Renaissance lac Brome proposait de faire de l’écrevisse à taches rouges un délice culinaire.

Non à la pêche commerciale

Renaissance lac Brome met son projet de bisques d’écrevisses à taches rouges sur la glace. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) refuse de lui délivrer un permis de pêche commerciale pour contrôler cette espèce exotique envahissante.

Le MFFP craint qu’une commercialisation des écrevisses à taches rouges soit insuffisante pour réduire ou éliminer leur présence dans le cours d’eau et qu’elle favorise plutôt leur prolifération ailleurs dans le bassin versant de la rivière Yamaska. Des analyses plus poussées sont nécessaires pour mieux documenter le problème afin d’y faire face, croit le Ministère.

Renaissance lac Brome proposait de contrôler l’espèce envahissante, qui mesure 67 centimètres, en la pêchant afin de la commercialiser. L’organisation environnementale devait organiser une dégustation de bisques d’écrevisses en collaboration avec le chef Arnaud Rohr du restaurant La Pérouse pour démontrer la faisabilité d’une telle stratégie de contrôle de l’espèce. Des pêches commerciales autorisées permettraient d’atteindre cet objectif, calculait la direction de RLB.

Cette proposition n’a pas séduit le MFFP. « Cette demande de pêche commerciale visant une espèce d’écrevisse envahissante en eau intérieure n’est pas commune et soulève plusieurs questions », indique Diane Lamarche, conseillère en communication au Ministère dans un échange de courriels avec La Voix de l’Est. La présence de l’écrevisse à taches rouges dans le lac Brome « est effectivement préoccupante », écrit-elle, mentionnant toutefois « que les options de contrôle ou de lutte doivent être étudiées plus en profondeur ».

La pêche commerciale, selon le MFFP « n’est probablement pas la solution à privilégier » puisqu’il « y a un fort risque que l’effort de pêche proposé ne soit pas suffisant pour contribuer à contrôler la population des écrevisses à taches rouges dans le lac Brome et éventuellement prévenir l’envahissement du bassin versant de la Yamaska », écrit Mme Lamarche. « Ces efforts insuffisants risquent même d’empirer la situation », ajoute-t-elle. Surtout, enchaîne-t-elle, que le manque de données sur « la dynamique des populations d’écrevisses au lac Brome et dans la rivière Yamaska » a pour effet de rendre « difficile l’estimation des impacts positifs ou négatifs de ce projet. »

La commercialisation de l’espèce pourrait de plus susciter « l’émergence d’un engouement pour l’élevage et l’importation illégale » d’écrevisses, selon Mme Lamarche. « Cela peut se traduire par des transports d’écrevisses exotiques vivantes et des élevages en aquarium et en étangs privés. Ces événements pourraient être de nouvelles causes d’introduction de cette espèce dans de nouveaux sites. »

Finalement, note Mme Lamarche, les restaurateurs de la région pourraient avoir des attentes d’approvisionnement, « ce qui peut aller à l’encontre de l’objectif visé, soit d’éradiquer ou encore de diminuer de façon significative l’abondance de cette espèce envahissante. »

D’autres connaissances
Le MFFP demande à RLB d’en apprendre plus sur l’écrevisse à taches rouges. L’organisme poussera davantage ses connaissances sur cette espèce et sur sa prolifération dans le lac, ses ruisseaux tributaires et dans la rivière Yamaska jusqu’aux limites de la Ville de Bromont.

Depuis dimanche, à l’aide d’une cinquantaine de cages spécialement conçues pour de petits crustacés, des bénévoles capturent des écrevisses à plusieurs endroits dans le plan d’eau, dans les ruisseaux Quilliams et Coldbrook et dans la rivière Yamaska où se jettent les eaux du lac Brome, a expliqué Hélène Drouin, présidente de RLB.

Durant trois semaines, les spécimens capturés seront mis dans des contenants spéciaux, congelés et envoyés aux laboratoires du MFFP pour différentes analyses dont des tests d’ADN.

« LE MINISTÈRE VA DEVOIR S'IMPLIQUER »

Le refus du MFFP d’octroyer un permis de pêche commerciale a déçu les dirigeants de Renaissance lac Brome. L’organisme, qui a découvert le problème d’envahissement du lac par les écrevisses à taches rouges, croyait avoir trouvé une solution innovatrice pour combattre cette espèce envahissante.

« C’est certain qu’on est déçu. C’était un bon projet qui s’attaquait directement au problème. Mais le Ministère voulait un projet scientifique », indique Hélène Drouin, présidente de RLB. « Si on veut que notre projet aille de l’avant, on va y aller dans les balises qu’ils nous donnent. On va recueillir des données. C’est la seule façon d’avancer. »

Le refus du MFFP est coûteux pour RLB. L’organisation perd en effet des subventions pour réaliser son projet, dont une subvention de 5313 $ du Pacte Brome-Missisquoi. Une entente avec la Caisse Desjardins de Brome-Missisquoi tombe également à l’eau.

Les conséquences financières ne s’arrêtent pas là pour RLB. Le travail de collecte de données et de manipulation des échantillons lui coûtera de 6000 $ à 7000 $, a dit Mme Drouin en réponse à une question.

Mme Drouin espère que le MFFP, outre l’analyse des échantillons et la fourniture de contenants, fera aussi sa part financièrement. « Le Ministère va devoir s’impliquer. Je pense a un projet plus élaboré, avec des étudiants à la maîtrise qui pourront faire un portrait plus global. »

L’acquisition d’autres connaissances scientifiques par le Ministère doit mener à des actions sur le terrain, soutient Mme Drouin. « Ils savent qu’ils doivent intervenir, mais je ne crois pas qu’ils savent comment. Il faut s’appuyer sur des preuves scientifiques. Tranquillement, on va voir avec le Ministère comment les contrôler. »