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On enregistre ces derniers mois un nombre record de signalements en Estrie.
On enregistre ces derniers mois un nombre record de signalements en Estrie.

Nombre record de signalements à la DPJ de l’Estrie

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
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À situation exceptionnelle, des statistiques exceptionnelles? Depuis décembre 2020, les signalements d’enfants en situation de vulnérabilité dans leur famille augmentent en Estrie. Pire, on enregistre ces derniers mois un nombre record de signalements, avec 239 par semaine.

C’est plus du double des signalements enregistrés il y a un an (102 signalements début avril 2020), cette hausse coïncidant avec l’entrée de l’Estrie en zone rouge le 12 novembre dernier. Deux ans après le décès de la fillette à Granby, ce constat n’est guère rassurant.

En entrevue avec La Voix de l’Est, la directrice de la protection de la jeunesse de l’Estrie, Johanne Fleurant, reconnaît qu’elle en a plein les bras. «En cinq ans, les signalements ont augmenté de plus de 50% par année.»

Cela représente 7800 signalements en Estrie pour l’année 2020-21. «On a beaucoup de travail à faire», reconnaît-elle.

Au total, Radio-Canada rapportait que 118 000 signalements avaient été faits l’an dernier à l’échelle du Québec.

La pandémie fait mal

La hausse des signalements depuis décembre 2020, si elle a débuté avec le passage en zone rouge de la région sociosanitaire de l’Estrie — revenue en zone orange depuis le 8 mars, rappelons-le —, ne serait pas unique à l’Estrie.


« L’ensemble des acteurs du milieu de l’enfance doit se mobiliser. »
Johanne Fleurant, directrice de la protection de la jeunesse de l’Estrie

«La hausse actuelle est aussi liée à la pandémie, selon Mme Fleurant, entrée en poste le 29 septembre 2019. Cela va moins bien au niveau de la société en général. Ce que nous vivons en Estrie, cela se vit pour l’ensemble du Québec.»

La conjoncture entraîne le nombre de signalements le plus élevé des cinq dernières années, selon l’analyse statistique effectuée par Jean-Pierre Hotte, consultant en gestion stratégique et clinique pour la protection de l’enfance qui s’est joint l’équipe il y a deux mois.

Johanne Fleurant, directrice de la Direction de la protection de la jeunesse de l’Estrie.

Mobilisation de tous les partenaires

La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) n’y arrivera pas seule, elle qui joue en quelque sorte le rôle des soins intensifs des services de protection de l’enfance.

Là comme ailleurs, mieux vaut prévenir que guérir. Tous les acteurs du milieu de l’enfance ont été interpellés en juin dernier afin de renforcer les liens existant entre eux et afin de les mobiliser à la protection accrue des enfants.

Des ateliers avec 300 partenaires ont ainsi permis de guider la conception du Plan d’action pour les jeunes et leur famille, tel qu’indiqué dans un document interne du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, qui devrait être rendu public prochainement, et intitulé Deux ans de mobilisation pour la jeunesse.

«La vulnérabilité [des enfants] est présente en Estrie, dit Mme Fleurant. L’ensemble des acteurs du milieu de l’enfance doit se mobiliser. Notre plan d’action est ambitieux.»

Celui-ci indique le cap à suivre pour les cinq prochaines années.

Le rapport de la Direction de santé publique de l’Estrie, intitulé «Voir grand pour nos tout-petits», a déjà souligné que les petits Estriens étaient plus nombreux qu’ailleurs au Québec à vivre en situation de vulnérabilité.

Points positifs

La situation de la DPJ s’est cependant améliorée à plusieurs niveaux, assure sa directrice.

Désormais, lorsqu’un signalement est fait, le dossier commence à être traité dans la journée. Cette première étape du traitement détermine sur le signalement mérite ou non d’être retenu.

L’ajout de personnel, il y a un an, a ainsi permis d’améliorer cette première étape du traitement du signalement, réduisant même à 0 la liste d’attente à cette étape.

Un blitz intensif des équipes de la DPJ a ensuite permis de réduire la liste d’attente de l’étape suivante, celle de l’évaluation/orientation. «Notre équipe a évalué, en 2020-2021, 600 dossiers de plus que l’année précédente, souligne Mme Fleurant. Chaque signalement représente l’équivalent de 30 heures d’évaluation. Il y a vraiment beaucoup de travail qui a été fait.»

Mme Fleurant reconnaît que les attentes de la direction envers l’équipe d’intervention n’étaient pas suffisamment claires. Les intervenants savent désormais que «la DPJ s’attend à ce que les enfants que l’on suit soient vus dans leur milieu de vie, et seuls, minimalement une fois par mois», précise leur directrice.

Du côté des renforts, le nombre de conseillers cliniques qui soutiennent les intervenants «a plus que doublé» depuis l’arrivée en poste de Mme Fleurant, ces derniers étant aujourd’hui «plus d’une vingtaine».

Des embauches massives sont en cours, nous indique-t-on également.

Malgré tous ces renforts, et même si «on n’est plus à la même place qu’il y a deux ans [lors du décès de la fillette] avec les décisions prises ces derniers mois, la hausse des signalements demeure très préoccupante».

La directrice de la protection de la jeunesse appelle à la mobilisation de tous les intervenants du milieu de l’enfance (milieux communautaire, scolaire, policier, municipal, etc.) : «Si on veut éviter que les situations [se détériorent et] se rendent à la DPJ, beaucoup de monde doit se mobiliser différemment autour des familles.»