Chaque litre d’essence consommé produit environ 2,3 kg de dioxyde de carbone, selon Ressources naturelles Canada. C’est le principal gaz à effet de serre responsable des changements climatiques.

Moteur au ralenti: les règlements peu appliqués

Les gens qui laissent le moteur de leur véhicule marcher au ralenti et qui contribuent aux gaz à effet de serre ne risquent pas d’être sanctionnés pour leur geste. Bien que les Villes de Granby, Cowansville et Bromont disposent de règlements exigeant d’éteindre son moteur dans de telles occasions, rarement ceux-ci sont appliqués par les policiers, qui privilégient la sensibilisation.

De 2007 à 2017, les policiers de Granby ont remis 27 constats d’infraction pour ce délit, trois durant ces trois dernières années, alors que leurs collègues de Bromont en ont signifié seulement quatre, selon des données obtenues via la Loi d’accès à l’information (voir tableau : Nombre d’infractions). À Cowansville, les policiers de la Sûreté du Québec n’ont jamais complété un constat d’infraction en lien avec le règlement municipal sur les moteurs qui tournent au ralenti.

La combustion de carburant produit du dioxyde de carbone (CO2), le principal gaz à effet de serre (GES) responsable des changements climatiques, estime le ministère des Ressources naturelles du Canada. L’organisme calcule que chaque litre d’essence consommé produit environ 2,3 kg de CO2. Ainsi, en évitant de faire marcher au ralenti leur moteur pendant seulement trois minutes par jour, les Canadiens pourraient réduire leurs émissions de CO2 de 1,4 million de tonnes annuellement. Ils économiseraient du coup 630 millions de litres de carburant. C’est l’équivalent de retirer 320 000 voitures de la route pendant un an, conclut le ministère.

Les moteurs qui marchent au ralenti ont une consommation de 1,8 litre d’essence à l’heure, selon les données du ministère de l’Environnement du Québec. En tournant au ralenti dix minutes chaque jour, ces véhicules gaspilleront en une année près de 100 litres d’essence, fait remarquer le ministère.

Les automobilistes doivent changer leurs habitudes, insiste Martin Lavoie, un biologiste qui s’intéresse aux GES liés au pétrole. « Les règlements des municipalités exigent que les gens ferment leur moteur qui marche au ralenti après trois minutes. C’est déjà très permissif. Trop en fait. On pourrait facilement réduire nos émissions polluantes. Mais on vit dans un pays nordique. L’hiver, même au bout de trois minutes, la voiture n’est pas encore assez chaude à l’intérieur à notre goût. Alors on laisse le moteur tourner encore plus longtemps », déplore-t-il.

Les municipalités doivent continuer de sensibiliser les automobilistes aux effets nocifs de laisser le moteur de leur véhicule tourner au ralenti, croit M. Lavoie. Les policiers doivent également sévir en appliquant les règlements, dit-il.

Le règlement sur les moteurs qui tournent au ralenti est connu des policiers granbyens, assure Caroline Garant, porte-parole de la sûreté municipale de Granby. Ils l’appliquent de manière discrétionnaire, explique-t-elle, la plupart du temps au terme d’une plainte. « Les gens font maintenant plus attention à ça. On a fait beaucoup de sensibilisation, il y a quelques années », a-t-elle dit. Ces campagnes pourraient avoir eu l’impact escompté, selon la policière. Les effets de la prévention sont cependant difficiles à mesurer, reconnaît-elle.

Le peu de contraventions données par les policiers de Granby pourrait s’expliquer par la meilleure conduite des automobilistes à Granby, suggère la mairesse suppléante Julie Bourdon. Elle cite les campagnes de sensibilisation effectuées depuis dix ans.

La Ville de Granby a mené deux campagnes de sensibilisation en 2012-2013 et 2013-2014. Durant celles-ci, 4000 billets de courtoisie ont été remis aux policiers aux automobilistes pour les sensibiliser aux effets nocifs des moteurs qui marchent au ralenti. Le bulletin Granby vous informe a traité de cet enjeu et les panneaux électroniques disposés aux entrées de la Ville en font également mention.

« Ce n’est pas parfait, mais je pense que les gens sont plus sensibilisés aujourd’hui », a dit Mme Bourdon.

Les policiers de Bromont agissent également à la suite de plaintes, a confirmé le directeur de la sûreté municipale, Jean Bourgeois. Les quatre contraventions signifiées en 11 ans l’ont été l’hiver.

La mairesse de Cowansville Sylvie Beauregard ne s’explique pas que la Sûreté du Québec n’ait donné aucun constat d’infraction en 11 ans sur le territoire de sa ville. « Peut-être n’en font-ils pas une priorité. Je n’en ai aucune idée », a-t-elle commenté vendredi.

« C’est à nous de voir à ce qu’ils mettent plus de mordant », a-t-elle dit en allusion à la réglementation de la municipalité.

La Sûreté du Québec n’était pas en mesure vendredi d’expliquer le bilan de ses agents.

MONTRER L'EXEMPLE

Les véhicules municipaux consomment beaucoup de carburant. Des directives verbales sont régulièrement données à Granby et Bromont pour inciter leurs employés à couper le contact lorsque les véhicules sont immobilisés longtemps ou ne sont pas utilisés.

Le MTQ est allé un pas plus loin en équipant tous ses camions six et dix roues de coupe-moteur.

Sur sa flotte de 155 véhicules, la direction de l’Estrie du MTQ compte 33 camions munis d’un coupe-moteur. Aussi, 59 de ses camionnettes et fourgonnettes équipées de flèches lumineuses pour alerter les automobilistes de travaux en cours ont des dispositifs permettant de limiter leur consommation d’essence, indique Dominique Gosselin, porte-parole du ministère.

Plusieurs des 213 véhicules de la Ville de Granby devraient d’ici quelques années être munis de coupe-moteur, dit François Méthot--Borduas, directeur des travaux publics. Des tests sont en cours depuis novembre dernier sur une camionnette Ford F-250. « On doit analyser le dispositif et déterminer quels véhicules peuvent en être équipés et quelle économie de carburant est possible », a-t-il expliqué.

Dans son plan vert 2015-2018, le conseil municipal a prévu dépenser 10 000 $ par année pendant quatre ans pour doter ses véhicules de tels dispositifs. M. Méthot--Borduas, qui est entré en poste en février 2017, n’a pu dire pourquoi ce programme affiche un tel retard.

Le budget annuel d’essence pour l’ensemble des véhicules de la Ville est de 370 000 $.

Les autopatrouilles ne peuvent être munies de coupe-moteur, soutient Jean Bourgeois, directeur de la sûreté municipale de Bromont. Les équipements de signalisation et de communication à leur bord exigent beaucoup d’électricité. Le moteur du véhicule doit donc demeurer en marche pour l’alimenter, dit-il.

Les policiers de Bromont, ainsi que leurs collègues des autres départements de la municipalité appelés à conduire des véhicules municipaux, ont toutefois suivi des cours d’écoconduite. Le but est que leurs habitudes de conduite permettent des économies de carburant, a dit M. Bourgeois. Michel Laliberté