Le Venezuela est dans un marasme économique, coincé entre hyperinflation (10 000 000 % en 2019 selon le FMI) et pénuries.

Washington s’attaque au pétrole pour fragiliser Maduro

WASHINGTON — Les États-Unis ont encore fait monter la pression sur le régime de Nicolas Maduro en annonçant lundi des sanctions contre la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne et en appelant l’armée à accepter le transfert pacifique du pouvoir à l’opposant Juan Guaido.

Le pape François a lui dit redouter un «bain de sang» dans ce pays où les manifestations d’opposants se sont soldées, selon plusieurs ONG, par au moins 35 décès.

Cinq jours après avoir reconnu le chef du Parlement comme président par intérim de ce pays d’Amérique du Sud, désormais plongé dans une grave crise faisant redouter une spirale de violence, la Maison-Blanche s’est attaquée à la compagnie pétrolière PDVSA, accusée d’être «un véhicule de corruption».

Selon le Trésor américain, ces sanctions qui interdisent à PDVSA de faire du commerce avec des entités américaines et gèlent ses avoirs à l’étranger ont pour objectif d’empêcher «le détournement de davantage de ressources» par Nicolas Maduro.

Les raffineries de Citgo, filiale de PDVSA aux États-Unis, pourront continuer à fonctionner, les transactions financières passant par un compte bloqué, a précisé le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin.

Parallèlement, Juan Guaido a annoncé qu’il prenait le contrôle des actifs du Venezuela à l’étranger, pour éviter que Nicolas Maduro, au pouvoir depuis 2013, ne les dilapide au cas où il quitterait la présidence.

«5000 soldats en Colombie»? 

De son côté, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, a exhorté l’armée vénézuélienne et les forces de sécurité à accepter la transition «pacifique, démocratique et constitutionnelle» du pouvoir.

Interrogé sur une possible intervention militaire américaine, il a réaffirmé, comme l’avait fait Donald Trump, que «toutes les options» étaient sur la table.

L’examen de photos de ce point de presse a suscité la perplexité. En haut du bloc-notes jaune que M. Bolton tenait à la main, on pouvait lire cette ligne manuscrite : «5000 soldats en Colombie».

Sollicité par l’AFP sur la signification de cette inscription, un responsable américain a simplement indiqué ne pas disposer d’informations accréditant ce chiffre.

Réunion à Ottawa

Le Canada accueillera lundi prochain à Ottawa une réunion d’urgence du Groupe de Lima, qu’il forme avec une dizaine de pays d’Amérique latine. «Il y a de lourds défis en matière de sécurité, d’aide humanitaire et d’immigration», a souligné sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Parallèlement, les ministres des Affaires étrangères de l’UE se pencheront sur cette crise lors d’une réunion informelle jeudi et vendredi à Bucarest.

Le Venezuela, pays pétrolier ruiné après avoir été le plus riche d’Amérique latine, est au centre de l’échiquier diplomatique international : du côté de M. Guaido se rangent notamment les États-Unis, une grande partie de l’Europe et de l’Amérique latine, tandis que M. Maduro est soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie ou encore Cuba.

Le conseiller de la Maison-Blanche John Bolton a une nouvelle fois appelé lundi «tous les pays responsables» à reconnaître immédiatement M. Guaido comme président par intérim.

Dans cet équilibre de forces, Juan Guaido a fait un pas de plus lundi en annonçant prendre le contrôle des actifs du Venezuela à l’étranger. «Nous commençons la prise de contrôle progressive et ordonnée des actifs de notre République à l’étranger, pour empêcher qu’au moment de sa sortie (...) l’usurpateur et sa bande cherchent à “gratter les fonds de tiroir”», a-t-il affirmé.

L’opposant appelle à défiler à nouveau mercredi, «pour exiger des forces armées qu’elles se mettent du côté du peuple», puis samedi, «pour accompagner le soutien de l’Union européenne et l’ultimatum».

Six pays européens (Espagne, France, Allemagne, Royaume-Uni, Portugal, Pays-Bas) ont donné à Nicolas Maduro jusqu’à dimanche pour convoquer des élections, faute de quoi ils reconnaîtront Juan Guaido comme président.

Maduro inflexible 

Jusqu’à présent, Nicolas Maduro se montre inflexible et rejette l’ultimatum des Européens.

Les racines de la crise remontent à fin 2015, quand l’opposition avait remporté les élections législatives, gagnant la majorité au Parlement.

Très vite, M. Maduro avait répliqué avec une Assemblée constituante, uniquement composée de ses partisans, qui a confisqué la plupart des prérogatives des députés.

Découragée, l’opposition a boycotté l’élection présidentielle de mai 2018 et considère le second mandat remporté par M. Maduro comme frauduleux.

C’est donc en vertu d’un article de la Constitution sur ce qu’il estime une vacance du pouvoir que M. Guaido s’est autoproclamé président par intérim.

Son objectif? Organiser des élections et sortir le pays de son marasme économique, entre hyperinflation (10 000 000 % en 2019 selon le FMI) et pénuries, avec un bolivar qui a encore une fois été dévalué lundi par les autorités, cette fois de 35 %.

Pour y parvenir, Juan Guaido cherche à fissurer la loyauté de l’armée, essentielle au maintien au pouvoir de Nicolas Maduro depuis 2013. Il offre donc l’amnistie aux fonctionnaires et militaires acceptant de le soutenir.

Comme l’a souligné la Maison-Blanche, des dissensions commencent à apparaître au sein de l’armée. Attaché militaire du Venezuela à Washington, le colonel José Luis Silva a fait défection samedi.

Cette crise risque d’affecter «l’équilibre du marché» pétrolier, a averti le ministre saoudien de l’Énergie Khaled al-Falih, car le pays dispose des plus grandes réserves de brut au monde, même si sa production a chuté.