La création d’une unité toute féminine pourrait être perçue comme un reflet de l’évolution des normes sociales au Moyen-Orient. Il s’agit aussi d’une réponse à une menace très réelle en Jordanie : un afflux d’extrémistes de Syrie et d’autres pays voisins où le groupe armé État islamique et d’autres groupes de combattants ont été actifs.

Un peloton jordanien féminin formé par le Canada prêt à être déployé

OTTAWA — Tandis que des milliers de soldats d’une vingtaine de pays lancent comme chaque année un exercice militaire en Jordanie, les formateurs canadiens espèrent que le peloton jordanien exclusivement féminin avec lequel ils travaillent depuis près d’un an est prêt à être déployé.

L’adjudant-maître Lisa Kachanoski a déclaré que les femmes militaires du peloton ont travaillé «très, très fort et sont vraiment enthousiastes de montrer à tout le monde ce qu’elles ont appris».

L’exercice Eager Lion a lieu chaque année depuis 2010. Cette année, 8000 militaires de 29 pays y participent.

La création de l’unité toute féminine pourrait être perçue comme un reflet de l’évolution des normes sociales au Moyen-Orient. Il s’agit aussi d’une réponse à une menace très réelle en Jordanie : un afflux d’extrémistes de Syrie et d’autres pays voisins où Daech (le groupe armé État islamique) et d’autres groupes de combattants ont été actifs.

Le Canada aide les Jordaniens à renforcer la sécurité de leurs frontières depuis plusieurs années pour empêcher les extrémistes de se glisser dans le pays sans se faire détecter ou en se faisant passer pour des réfugiés.

Bien que la plupart de ces extrémistes sont probablement des hommes, il y a également des femmes dans leurs rangs, ce qui peut constituer un défi pour les forces de sécurité jordaniennes dominées par les hommes.

«Rechercher les femmes, séparer les femmes, contrôler physiquement les femmes est une chose bien plus compliquée dans une société plus traditionnelle», a expliqué le colonel Paul Lockhart, qui aide à superviser les efforts de formation menés par le Canada au Moyen-Orient.

«C’est même un problème chez nous au Canada, n’est-ce pas? Mais c’est encore plus vrai ici parce que les normes culturelles sont différentes.»

L’unité entièrement féminine fait partie de la force de réaction rapide de l’armée jordanienne, qui a pour mission de réagir aux situations d’urgence à l’intérieur du pays.

«Elles sont fières de leur pays»

«Ils ont un tel afflux de réfugiés et d’extrémistes [Daech] qu’ils doivent pouvoir fouiller les femmes et les enfants», a souligné Mme Kachanoski, parlant de la participation des femmes militaires aux points de contrôle.

«Culturellement, c’est inapproprié [et] c’est aussi dans leur religion que les hommes ne soient pas autorisés à toucher les femmes. Amener un peloton féminin à le faire leur donne la possibilité de contrôler tous les réfugiés qui arrivent, et pas seulement 50 % d’entre eux», a-t-elle fait valoir.

En ce qui concerne les femmes qui se sont portées volontaires pour l’unité, Mme Kachanoski a indiqué qu’elles étaient de diverses générations et d’une grande diversité quant à l’expérience militaire.

«Surtout, elles sont fières de leur pays et veulent servir dans les forces armées, car il s’agit pour elles d’un honneur de servir leur pays», a-t-elle déclaré. «Certaines recherchent les bénéfices et l’argent — pas seulement pour elles, mais cela profite également à leur famille.»

Maintenant, après des mois d’entraînement, tout le monde est attentif à ce qu’elles démontreront durant l’exercice Eager Lion, qui se déroulera jusqu’au 11 septembre.

«Pourraient-elles être employées [sur le terrain]? Oui, croit M. Lockhart. Les Jordaniens ont-ils décidé qu’elles étaient aptes à servir? C’est à eux de prendre cette décision et je pense que ce qui ressortira d’Eager Lion contribuera à cette réflexion.»