Sofia Hidalgo, 15 ans, une élève de Glenmont, au Maryland, s’adresse à la foule lors d’une manifestation pro-contrôle des armes à feu tenue en face de la Maison-Blanche, mercredi.

Trump propose d'armer les profs

WASHINGTON — Des voix brisées, des larmes, de la colère aussi : face aux témoignages des rescapés de la fusillade de Floride, Donald Trump a promis mercredi des mesures «fortes», évoquant même la possibilité, extrêmement controversée, d’autoriser le port d’armes pour certains enseignants.

Une semaine après le carnage perpétré dans une école secondaire de Parkland, où 17 personnes ont perdu la vie, le président américain s’est posé en homme à l’écoute de toutes les suggestions. Mais celui qui a promis aux membres de la National Rifle Association (NRA), puissant lobby des armes, qu’ils avaient «un vrai ami à la Maison-Blanche» joue une partition délicate.

Tour à tour, des étudiants de différentes écoles frappées par des fusillades, ou les parents de victimes, assis en cercle autour de lui dans un vaste salon de la Maison-Blanche, ont raconté leur détresse. Mais aussi avancé des propositions. La plus controversée d’entre toutes? Armer une partie du corps enseignant.

Les professeurs concernés porteraient leur arme de façon dissimulée et suivraient une formation spéciale préalable, a précisé le président, sans annoncer de décision tranchée, mais indiquant que cette piste méritait véritablement d’être étudiée.

«Évidemment, cela s’appliquerait uniquement aux enseignants sachant manier une arme», a-t-il concédé, en suggérant d’armer 20 % des effectifs des équipes pédagogiques.

«Beaucoup de gens ne vont pas aimer», a-t-il reconnu, après avoir organisé un rapide vote à main levée. Environ une moitié des personnes présentes étaient pour, l’autre contre.

«Maniaques» et «lâches»

Le locataire de la Maison-Blanche a critiqué le concept d’écoles sanctuaires où aucune arme n’est tolérée, en estimant que de tels sites jouaient un rôle d’aimant pour les «maniaques», qu’il a assimilés à des «lâches» qui privilégieraient les cibles où ils risquent de ne pas se faire tirer dessus en réponse.

M. Trump a par ailleurs promis de prendre des mesures «fortes» sur les vérifications des antécédents judiciaires et psychiatriques des acheteurs d’armes,

Le locataire de la Maison-Blanche a aussi promis la «fermeté» sur l’âge légal pour acheter une arme à feu, après que de nombreuses personnes ont relevé que Nikolas Cruz, le tueur de Floride, avait pu acquérir à 19 ans un fusil semi-automatique, alors qu’il faut avoir au moins 21 ans pour acheter de l’alcool ou des cigarettes.

Le témoignage d’Andrew Pollack, dont la fille de 18 ans, Meadow, a été tuée à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas il y a une semaine, a plongé la salle dans un silence total.

«Je ne reverrai jamais ma magnifique fille», a-t-il lancé, les mâchoires serrées de douleur. «Elle n’est pas là. Elle n’est pas là. Elle est à North Lauderdale, au cimetière King David, c’est là qu’aujourd’hui je vais pour voir mon enfant».

«Combien d’écoles, combien d’enfants doivent-ils tomber sous les balles?» a-t-il ajouté. «Je suis très en colère».

Quelques heures plus tôt, beaucoup plus sud, des jeunes de Parkland avaient investi mercredi la petite capitale de la Floride, Tallahassee, pour tenter d’arracher un durcissement de la législation sur les armes aux élus de Floride au son de «Plus jamais ça», mot d’ordre répercuté sur les réseaux sociaux.

«Que ces vies puissent être volées sans changement serait un acte de trahison à l’égard de notre grand pays», a déclaré Lorenzo Prado, un des nombreux orateurs à lancer des appels poignants au micro.

«Cela ne va pas faiblir»

Sweatshirt de son école et cheveux joliment tressés, Rachel Catania assurait sur CNN que le mouvement était solide. «Cela ne va pas faiblir, pas cette fois. Il va y avoir un changement», a-t-elle dit.

Les élèves prévoient un grand rassemblement le 24 mars à Washington.

M. Trump a demandé mardi à son administration de prendre des mesures pour interdire la vente de dispositifs permettant de transformer des fusils semi-automatiques en mitraillettes.


« Combien d’écoles, combien d’enfants doivent-ils tomber sous les balles? »
Andrew Pollack, dont la fille a été tuée à l’école secondaire Marjory Stoneham Douglas

Ces bump stocks sont des systèmes amovibles fixés à la crosse d’un fusil et qui avaient été utilisés par le tueur de Las Vegas. Cinquante-huit personnes ont péri le 1er octobre 2017.

Ces évolutions potentielles de la réglementation sont très modestes à l’échelle d’un pays où environ 300 millions d’armes à feu sont disséminées dans la population. Mais elles témoignent d’une inflexion pour un président qui a juré fidélité à la NRA.

La fusillade de Parkland est la pire dans un établissement scolaire aux États-Unis depuis la tuerie de Sandy Hook, qui a fait 26 morts fin 2012.

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THÉORIE DU COMPLOT: DES ÉTUDIANTS ACCUSÉS D'ÊTRE DES «ACTEURS DE CRISE»

PARKLAND — Deux élèves qui ont survécu à la fusillade dans une école secondaire de la Floride et qui en parlent publiquement ne sont pas des «acteurs de crise», quoi qu’en disent plusieurs sites conspirationnistes et même un employé d’un élu local.

Les deux jeunes de l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, David Hogg et Emma Gonzalez, font partie de ceux qui sont ciblés par des théoriciens du complot dans la foulée de cette tuerie qui a fait 17 morts le 14 février.

Des théories similaires ont vu le jour après d’autres carnages du genre, dont le massacre à l’école primaire Sandy Hook, au Connecticut, en décembre 2012.

En Floride, un employé d’un élu local a envoyé mardi par courriel, à un journaliste du Tampa Bay Times, une saisie d’écran des deux adolescents en entrevue au réseau CNN, en affirmant que «les deux jeunes dans cette image ne sont pas des élèves [...] mais des acteurs qui se rendent à différentes crises quand elles se produisent».

Le surintendant des écoles du comté de Broward, Robert Runcie, a dit au Times que les commentaires de cet employé étaient «scandaleux et irrespectueux». «Ce sont absolument des élèves de Stoneman Douglas, a-t-il lancé. Ils fréquentent cette école. Je peux vous l’assurer.»

L’employé en question, Benjamin Kelly, a envoyé un deuxième courriel au journaliste Alex Leary. Ce message est accompagné d’un lien vers une vidéo conspirationniste et affirme : «Il y a une vidéo sur YouTube [sic] qui montre M. Hogg en Californie. [J’imagine qu’il a changé d’école? ]»

Dans cette vidéo, un journaliste interroge David Hogg pendant un séjour à Redondo Beach, en 2017, relativement à une confrontation entre un de ses amis et un sauveteur. Mercredi, YouTube avait retiré une vidéo qui présentait M. Hogg comme un acteur, en expliquant qu’elle contrevenait à ses règles concernant le harcèlement et l’intimidation, mais d’autres vidéos étaient toujours disponibles.

M. Kelly a indiqué sur Twitter, mardi, que ses commentaires constituaient une erreur. Le président de la Chambre des représentants de la Floride, qui est responsable de tous ses employés, l’a ensuite congédié.  AP