Citadel ruins, Bears Ears, Utah

Trump déclenche la furie de la planète plein air

BLOGUE // La marmite était sur le feu depuis déjà un moment. Le président américain Donald Trump avait annoncé il y a quelque temps son intention de réduire les aires protégées des monuments nationaux Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante, en Utah. Confirmée lundi, la nouvelle a enclenché un mouvement de protestation sur la planète plein air. Retour sur une crise qui ne fait que commencer...

Sous prétexte de redonner aux Américains l'accès aux terres publiques, Donald Trump a réduit ainsi au total de deux millions d'acres les zones de protection accordées par ses prédécesseurs — notamment Barack Obama — aux deux aires naturelles.

Pour Bears Ears, c'est une réduction 85% de sa superficie d'origine. Quant à Grand Staircase-Escalante, c'est près de la moitié de la zone de protection qui s'envole.

Il suffit de suivre un peu l'actualité du côté de l'industrie du plein air et de l'aventure pour constater que la décision a l'allure d'un affront, tandis que les géants comme Patagonia, The North Face, REI, Arc'teryx, Keen et Cie se mobilisent. Athlètes et autres influenceurs d'importance font de même. La réaction est d'une force qu'on a rarement vue récemment.

So what's the big deal? comme on dit chez nos amis au sud de la frontière.

C'est que Trump étant Trump, il ne dévoile pas toute la vérité quand il assure vouloir rendre aux résidents de l'Utah leurs terres. En fait, selon les observateurs qui dénoncent la décision, en réduisant la taille de Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante, Trump ne redonne pas un meilleur accès à la population aux zones naturelles ainsi «libérées».

En effet, les seuls qui pourront y tirer un avantage sont ceux qui peuvent désormais y effectuer de l'exploitation minière, forestière et gazière. Autant d'activités qui redeviennent permises... Et tant pis pour la protection de cette nature de l'Ouest sauvage et de ses artéfacts autochtones uniques et fragiles qu'elle possède.

C'est un débat qui perdure depuis fort longtemps, comme on peut le constater dans le reportage ci-dessous de CNN.

 

Ce qu'il faut retenir de tout ça? C'est que ce retour en arrière de Donald Trump pour la protection accordée aux monuments nationaux de Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante est un dangereux précédent. Il s'agirait de la plus importante réduction de territoire protégé de l'histoire américaine.

Un choix qui avait été rejeté par 98% des quelques trois millions de personnes interrogées sur la question, selon le Center for Western Priorities.

Ce qui inquiète donc les défenseurs de Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante, c'est évidemment le sort réservé à ces aires naturelles d'exception. Mais aussi la possibilité que l'administration Trump puisse décider unilatéralement de réduire la protection du patrimoine naturel américain. Après l'abandon de l'Accord de Paris, on connaît mieux les priorités du milliardaire devenu président...

Déterminé à ne pas laisser «les méchants gagner», Yvon Chouinard, le fondateur de Patagonia, mène la charge. «Le président vole votre territoire», affirme une publicité qui a notamment servi de page d'accueil sur le site Web du fabricant de vêtements californien en début de semaine. 

Patagonia a même fait une vérification des arguments de Donald Trump sur son blogue The Cleanest Line pour démontrer le côté insensé de la décision présidentielle.

Car pour Chouinard, il ne fait aucun doute que Trump agit de manière illégale et qu'il doit être poursuivi en justice. Ce que le fabricant Patagonia est prêt à faire.  

Patagonia a démontré clairement sa position face à la décision de l'administration Trump de réduire les monuments nationaux de Bears Ears et de Grand Staircase-Escalante, en Utah.

L'argument que veut débattre en cour Patagonia est que l'Antiquities Act, la loi qui donne au président le pouvoir de protéger des symboles nationaux, ne mentionne rien sur la possibilité de retirer le statut de protection une fois accordé. Tout repose donc maintenant sur l'interprétation de l'Antiquities Act. 

Pour soutenir les organismes de défense dans cette bataille qui s'annonce longue, les gros joueurs de l'industrie multiplient les initiatives. C'est ainsi que The North Face a annoncé de son côté le don de 100000$ à la campagne de sociofinancement visant la création d'un centre pour les visiteurs, à Bears Ears.

Et preuve que la cause est importante même pour les Canadiens, la fierté de Vancouver, Arc'teryx, fait aussi sa part avec un don de 30 000$ à l'organisme de protection The Conservation Alliance, en plus de lui offrir les profits de sa journée de ventes en ligne aux États-Unis du 28 novembre, connue comme le Giving Tuesday.  

S'il fallait que Patagonia perde devant les tribunaux, cela voudrait dire qu'un président a tous les droits de retirer unilatéralement le statut de protection. Et à partir de là, la communauté plein air s'inquiète déjà de ce que cela voudrait signifier comme risque pour tous les autres monuments nationaux à travers les États-Unis.

Et pour cette raison, les opposants à la décision de Trump ne sont pas prêts à abandonner la bataille pour conserver leurs terrains de jeu intacts. 

Pour eux et les générations à venir.

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