Donald Trump à Hialeah, en Floride, lundi

Trump de plus en plus nerveux après la perquisition chez son avocat

WASHINGTON - L’anxiété atteint des sommets dans l’entourage de Donald Trump depuis que les forces de l’ordre ont perquisitionné les bureaux de son avocat personnel, d’autant plus que personne ne sait vraiment ce qui se trouve dans les documents et les appareils qui ont été saisis.

Le président et ses alliés craignent l’apparition de nouvelles menaces pour M. Trump, sa garde rapprochée et ses enfants adultes.

On craint aussi que Michael Cohen, un proche collaborateur de M. Trump qui savait faire disparaître les histoires gênantes et qui jouait un rôle de premier plan au sein de l’organisation Trump, ne décide de changer son fusil d’épaule pour sauver sa peau.

«Je pense que c’est un gigantesque champ de mines pour Trump et pour l’organisation Trump, a dit l’avocat Joseph Cammarata, qui a représenté Paula Jones lors de sa poursuite pour harcèlement sexuel contre Bill Clinton. Je pense que ça roule sur ses propres rails et que ce train arrive avec une force brutale.»

Les querelles judiciaires concernant le matériel saisi dans les bureaux de M. Cohen par la police fédérale américaine (le FBI) se sont poursuivies lundi, devant le juge fédéral qui devra trancher. L’audience s’est presque transformée en cirque: Michael Cohen a été contraint de révéler qu’un de ses clients est le journaliste Sean Hannity, lui aussi un proche du président Trump; l’actrice porno Stormy Daniels, qui prétend avoir eu une aventure avec le président, s’est présentée au tribunal et a failli trébucher en bas de ses talons hauts quand elle a été assaillie par les journalistes.

M. Trump est en Floride pour un sommet de deux jours avec le premier ministre japonais Shinzo Abe, et son entourage espère que cela détournera l’attention des tempêtes judiciaires à Washington et à New York. La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a tenté de distancer son patron de M. Cohen.

«Je pense qu’ils ont encore quelques dossiers qui se poursuivent, mais le président a plusieurs avocats, vous savez», a-t-elle dit.

Les perquisitions menées la semaine dernière à New York cherchaient des dossiers bancaires et des informations concernant les activités de Michael Cohen dans l’industrie du taxi, ses liens avec la campagne Trump et les paiements faits à Mme Daniels et à Karen McDougal, qui prétendent toutes deux avoir eu des aventures avec le président.

L’audience de lundi visait à déterminer qui pourra jeter un oeil à ce qui a été saisi avant que le matériel ne soit confié aux enquêteurs.

Même si M. Cohen a déjà dit qu’il «prendrait une balle» pour M. Trump, il connaît très bien l’issue possible - y compris une peine de prison - et s’est inquiété pour sa famille, a indiqué sous le couvert de l’anonymat quelqu’un qui lui a parlé récemment. Aucune accusation n’a encore été déposée contre M. Cohen.

Plusieurs membres de la Maison-Blanche croient que les retombées de la perquisition dans les bureaux de Michael Cohen pourraient être plus dangereuses que l’enquête du procureur spécial Robert Mueller concernant une possible ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016, craignant les squelettes qui pourraient avoir été cachés dans les placards.

«Je suis d’accord (...) que c’est très dangereux, possiblement la chose la plus dangereuse pour le président à ce jour, a dit l’avocat Sol Wisenberg, qui a participé à l’enquête de Kenneth Starr sur Bill Clinton. Même si on réussit d’une manière quelconque à neutraliser Mueller, comment est-ce qu’on peut neutraliser (un tribunal fédéral)?»

M. Cohen joue depuis longtemps un rôle de premier plan au sein de l’empire Trump. Il aime se percevoir comme étant celui qui fera tout ce qui est nécessaire pour faire disparaître les problèmes qui embêtent le patron.

Il a fréquemment menacé de poursuivre ceux qui défient Trump, il a enguirlandé les journalistes dont les reportages sont peu flatteurs à son endroit et il a collaboré avec les tabloïdes - dont le National Enquirer - pour faire disparaître les histoires gênantes. Il prétend avoir utilisé ses fonds personnels, à l’insu de M. Trump, pour acheter le silence de Mme Daniels vers la fin de la campagne présidentielle de 2016.

M. Trump nie systématiquement avoir eu une relation avec Mme Daniels, qui prétend avoir couché avec le président peu après que Melania Trump eut accouché de leur fils Barron. Il s’est aussi défendu des allégations formulées par d’autres femmes.