«On est les seuls idiots du système en réalité à ouvrir grandes nos frontières et à laisser détruire des pans entiers de notre économie», selon la députée du Pas-de-Calais.

Taxations américaines: du «protectionnisme intelligent», dit Le Pen

PARIS - La taxation des importations américaines d’acier, qui a provoqué un tollé mondial, est un «protectionnisme intelligent» que la France aurait dû mettre en place «depuis bien longtemps», a estimé dimanche Marine Le Pen, la présidente du parti français d’extrême droite Front national (FN).

«Nous réclamons ce protectionnisme intelligent depuis des années», a-t-elle déclaré sur la chaîne France 3.

«La réalité, c’est que, aujourd’hui, l’Union européenne nous interdit de nous protéger, alors même que la Chine et l’Inde et d’autres très grandes nations mettent en place du protectionnisme depuis des années», a ajouté cette ancienne eurodéputée.

«On est les seuls idiots du système en réalité à ouvrir grandes nos frontières et à laisser détruire des pans entiers de notre économie», selon la députée du Pas-de-Calais.

Le président américain Donald Trump «est en train de défendre l’industrie américaine. [...] Notre sujet à nous, c’est comment nous on protège notre industrie».

«On aurait dû faire cela depuis bien longtemps» pour «lutter contre cette concurrence déloyale», a affirmé l’ancienne finaliste à la présidentielle française.

Donald Trump a provoqué un tollé international en annonçant une forte taxation des importations américaines d’acier et d’aluminium, puis en menaçant de «taxes réciproques» les partenaires commerciaux des Etats-Unis qui réagiraient avec des mesures comparables.

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Pékin «ne restera pas les bras croisés»

 La Chine «ne restera pas les bras croisés» face aux menaces des Etats-Unis en matière commerciale, a averti dimanche un haut responsable chinois, après des déclarations de plus en plus vives du président américain Donald Trump.

«La Chine ne veut pas d’une guerre commerciale avec les Etats-Unis, mais si les Etats-Unis prennent des mesures qui nuisent aux intérêts chinois, la Chine ne restera pas les bras croisés et prendra les mesures qui s’imposent», a déclaré devant la presse le porte-parole de l’Assemblée nationale populaire (ANP), Zhang Yesui, à la veille de l’ouverture de la session annuelle plénière du parlement chinois.

Le président américain Donald Trump est monté encore d’un cran dans ses velléités de guerre commerciale vendredi en menaçant les partenaires commerciaux des Etats-Unis de «taxes réciproques» sur leurs importations, après avoir visé la veille celles d’acier et d’aluminium.

Il avait déjà affirmé dans un tweet que les guerres commerciales étaient «bonnes et faciles à gagner».

Interrogé sur ces menaces, le porte-parole chinois, lui-même ancien ambassadeur aux Etats-Unis, a plaidé pour une ouverture accrue des marchés des deux pays.

Samedi, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a jugé «sans fondement» les sanctions américaines contre les exportations d’acier des autres pays prises au nom de la sécurité nationale.

«Ce n’est pas seulement la Chine qui pense que cela est déraisonnable. De nombreux pays européens et le Canada ont tous dit qu’ils ne pouvaient pas accepter cela», a déclaré M. Wang, selon des propos rapportés par la presse chinoise.

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L’Australie dénonce les dangers de la guerre commerciale

Le gouvernement australien a mis en garde dimanche contre l’éventualité d’une guerre commerciale qui pourrait ralentir la croissance mondiale en demandant à être exempté des taxes annoncées par le président américain Donald Trump sur l’acier et l’aluminium.

«Nous avons entendu ces dernières 48 heures des commentaires du Canada, de l’Union européenne. Nous avons vu le gouvernement américain revenir en arrière au sujet de taxes sur les importations de voitures», a déclaré le ministre australien du Commerce Steve Ciobo sur Sky News Australia.

«Ce qui me préoccupe, si nous voyons la poursuite de l’escalade dans la rhétorique, et au bout du compte, l’imposition de taxes sur les importations et exportations à travers de multiples économies, c’est que cela provoque le ralentissement de la croissance».

Le président américain a affirmé jeudi qu’il allait rapidement annoncer l’imposition de droits de douane de 25% sur l’acier et 10% sur l’aluminium importés par les Etats-Unis.

Un haut responsable de l’administration américaine a précisé qu’aucun pays ne serait exempté, évoquant cependant «un processus d’exemption» pour d’éventuels cas particuliers.

M. Ciobo a déclaré qu’il s’était entretenu samedi avec son homologue américain Wilbur Ross sans obtenir d’exemption. Mais «au bout du compte, la décision appartiendra au président», a-t-il ajouté.

L’acier et l’aluminium australiens ne représentent qu’une petite partie des importations américaines, selon Canberra. Mais l’industrie locale craint d’être inondée par l’acier bon marché initialement destiné aux Etats-Unis.

M. Ciobo s’est refusé à dire si l’Australie entendait prendre des mesures de représailles, déclarant simplement que de manière générale, les taxes ne relevaient pas «du bon sens politique».

L’Union européenne a déclaré qu’elle préparait des mesures de rétorsion sur des entreprises dont le constructeur de motos Harley-Davidson, le whiskey bourbon et le fabricant de jeans Levi’s.

Puis, M. Trump est encore monté d’un cran en évoquant une taxe sur les importations de voitures européennes.

Le Premier ministre australien Malcolm Turnbull a déclaré dimanche que les taxes douanières étaient «une impasse». «Le protectionnisme n’est pas l’échelle qui permet de sortir du piège de la faible croissance, c’est la pelle qui l’aggrave».

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Theresa May «profondément préoccupée»

La Première ministre Theresa May est «profondément préoccupée» par les annonces protectionnistes du président américain Donald Trump, qui compte imposer des taxes douanières sur les importations d’acier et d’aluminium, a indiqué dimanche Downing Street.

Mme May s’est entretenue dimanche au téléphone avec Donald Trump et «a exprimé sa profonde préoccupation face à l’annonce prochaine du président de taxes douanières sur l’acier et l’aluminium, notant qu’une action multilatérale était le seul moyen de résoudre le problème de la surcapacité mondiale dans l’intérêt de toutes les parties».

Donald Trump a annoncé jeudi soir son intention d’imposer la semaine prochaine des droits de douane de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium sur les importations aux Etats-Unis afin de protéger l’industrie sidérurgique nationale. L’Union européenne a riposté en annonçant vendredi préparer des mesures de rétorsion sur des produits américains, dont les motos Harley-Davidson, le whisky bourbon et les jeans Levi’s.

Chantre du «Made in America», M. Trump a durement critiqué les accords commerciaux négociés par ses prédécesseurs, les accusant d’être responsables de la perte de millions d’emplois industriels aux Etats-Unis.

Après sa sortie de l’Union européenne prévue le 29 mars 2019, le Royaume-Uni pourra signer des accords commerciaux avec d’autres pays, dont les Etats-Unis.

Theresa May avait été la première dirigeante étrangère à rendre visite au président américain après son entrée en fonction, mais depuis la «relation spéciale» entre les deux pays a été ternie par plusieurs épisodes de tension, et la visite du président américain à Londres a été repoussée.