Les forces turques et leurs supplétifs syriens ont lancé le 9 octobre une offensive contre les YPG, qualifiée de «terroriste» par Ankara.

Syrie: Trump réclame un cessez-le-feu

WASHINGTON — Le président américain Donald Trump a soudain durci le ton lundi face à la Turquie, l’appelant à mettre fin à son opération militaire en Syrie et annonçant une série de sanctions au moment où les troupes syriennes se déployaient dans le nord du pays.

Cibles d’une offensive turque meurtrière et abandonnées par leurs alliés américains, les forces kurdes se sont tournées vers les troupes de Damas qui se sont rapprochées lundi de la frontière.

«Les États-Unis veulent que la Turquie mette fin à l’invasion, mette en œuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie», a indiqué le vice-président américain Mike Pence qui a précisé qu’il se rendrait prochainement en Turquie.

Lancée le 9 octobre, l’opération turque a ouvert un nouveau front dans le conflit en Syrie, où interviennent acteurs régionaux et internationaux, et qui a fait depuis 2011 plus de 370 000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.

Le chef du Pentagone Mark Esper a de son côté souligné que l’offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus «dangereux» du groupe jihadiste État islamique (EI). «Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie», a-t-il déploré.

Après une semaine d’annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains, environ 1000, déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre le groupe jihadiste État islamique (EI), avaient reçu l’ordre de quitter le pays.

Les sanctions américaines signées lundi par M. Trump visent les ministres turcs de l’Énergie, de la Défense et de l’Intérieur. Leurs éventuels avoirs aux États-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées.

Offensive turque

L’opération militaire turque vise à instaurer une «zone de sécurité» de 32 km de profondeur pour séparer la frontière turque des territoires contrôlés par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde qualifiée de «terroriste» par Ankara, mais soutenue par l’Occident.

Lundi, les forces du régime se sont déployées au sud de Ras al-Ain, à la périphérie de la ville Tal Tamr. Des unités de l’armée sont désormais à 6 km de la frontière, a dit l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). 

Aux abords ouest de la ville, des combattants proturcs et des véhicules militaires turcs se sont massés par centaines, selon un correspondant de l’AFP sur place.

160 000 personnes déplacées

L’intervention du régime de Bachar al-Assad, qui a longtemps opprimé les Kurdes, est un véritable retournement de situation illustrant la complexité de la guerre syrienne.

Depuis le début de l’offensive turque, 133 combattants kurdes et 69 civils ont été tués, ainsi que 108 rebelles proturcs, selon l’OSDH. Et 160 000 personnes ont été déplacées, d’après l’ONU.

L’intervention turque a suscité de nombreuses condamnations surtout de la part de pays européens qui semblent impuissants à porter secours à leurs alliés kurdes dans la guerre contre l’EI vaincu en mars dernier en Syrie.