Falcon Heavy, qui est en fait trois fusées Falcon-9 fixées ensemble, a décollé à 15h45 de Cap Canaveral, un peu plus de deux heures après l’heure prévue initialement.

SpaceX remporte son pari avec Falcon Heavy

L’entreprise SpaceX du milliardaire Elon Musk a largement remporté son pari, mardi en fin d’après-midi, alors que tout indique que le premier lancement de la fusée Falcon Heavy s’est dans l’ensemble bien déroulé. Malgré un flou sur le sort de son propulseur central, tout le gratin de l’astronomie et de l’aéronautique a salué la prouesse technique.

«Je ne sais pas si vous pouvez m’entendre à travers les cris de joie», a demandé l’ingénieur en matériaux chez SpaceX Michael Hammersley, lors de la webdiffusion de l’événement en direct.

Ce succès fait de Falcon Heavy la fusée la plus puissante au monde à l’heure actuelle et constitue un pas important vers d’éventuelles missions vers Mars. Capable d’amener près de 64 000 kg en orbite basse, elle a la plus grande charge utile depuis Saturn V (la fusée des missions Apollo, dans les années 60). La NASA travaille en ce moment sur un modèle de son côté qui serait encore plus puissant, mais il est loin d’être aussi avancé que les Falcon.

L’engin, qui est en fait trois fusées Falcon-9 fixées ensemble, a décollé à 15h45, un peu plus de deux heures après l’heure prévue initialement. Après 2 minutes 35 de vol et alors que les vitesses approchaient les 7000 km/h, les deux fusées latérales se sont détachées comme prévu et sont revenues se poser simultanément proche de leur point de départ, en Floride — ce qui est une particularité des fusées Falcon.

«La séparation, c’était sans doute l’aspect le plus critique de ce vol-là. Ils avaient déjà fait de nombreux vols avec la Falcon-9 et l’avaient fait atterrir plusieurs fois, mais ils n’avaient jamais fait ça avec trois fusées attachées ensemble. D’ailleurs, ils avaient dû refaire la Falcon-9 au complet pour être sûrs qu’elle supporte la force des fusées d’appoint», a commenté Alain de Champlain, professeur au département de génie mécanique de l’Université Laval dont les travaux portent notamment sur le génie aérospatial.

Après 8 minutes 30 de vol, tout allait comme sur des roulettes, la trajectoire était bonne, le deuxième étage de la fusée centrale s’était détaché du bas, et ledit bas approchait de la barge où il devait se poser, dans l’Atlantique. Puis juste comme on voyait la fumée de ses moteurs envahir l’image, la barge a cessé de relayer les images.

«Tout ce qu’on pouvait espérer pour un vol d’essai est arrivé, on n’attend plus que des nouvelles de la fusée centrale», a indiqué l’ingénieur de SpaceX John Insprucker, à la fin de la webdiffusion.

Sort de la fusée centrale

À l’heure d’écrire ces lignes, on ignorait toujours si l’atterrissage de la section centrale avait été réussi. SpaceX et Elon Musk avaient twitté des mises à jour sur les autres aspects de la mission — notamment que la mise en orbite initiale autour de la Terre avait été un succès et qu’il faudrait attendre quelques heures avant que les moteurs ne redémarrent pour une dernière poussée vers Mars —, mais n’avaient pas donné de nouvelles de la fusée centrale.

Quoi qu’il en soit, le lancement aura été dans l’ensemble un vif succès. La seule mise au point d’une fusée orbitale aussi puissante est impressionnante, le retour sur Terre en parfait état d’au moins deux fusées sur trois est un exploit pur et simple.

«Ce que l’on regarde en ce moment, c’est SpaceX qui est en train de laisser toutes les autres entreprises de fusées dans la poussière», s’est enthousiasmé l’astronaute canadien Chris Hadfield dans un gazouilli.

«Wow. Juste wow», s’est pour sa part exclamé l’astronome et blogueur américain Phil Plait.

Notons que comme c’était un vol d’essai, la fusée n’avait pas vraiment de cargaison — pas de dispendieux satellite, par exemple. Elle amenait cependant une voiture sport Tesla Roadster, fabriquée par une autre compagnie détenue par M. Musk, à bord de laquelle se trouve un mannequin baptisé Starman (homme des étoiles). Le but de la mission est de place la bagnole sur une orbite autour du soleil qui touchera à l’orbite martienne, ce qui devrait prendre environ six mois.