La manifestation de jeudi, généralement pacifique, s’est terminée, comme beaucoup avant elle, par des affrontements entre manifestants et policiers dans un nuage de gaz lacrymogène.
La manifestation de jeudi, généralement pacifique, s’est terminée, comme beaucoup avant elle, par des affrontements entre manifestants et policiers dans un nuage de gaz lacrymogène.

Portland: le mouvement contre le racisme reste fort

PORTLAND — Des ballons de baudruche lors d’une manifestation, ce n’est pas très courant. Mais les deux que tient Devon Fredericksen dans les rues de Portland, dans l’État américain de l’Oregon, sont le signe d’une exaspération : ensemble, ils forment le nombre 57, comme 57 jours de revendications.

«Je pense qu’il est fou que ça fasse déjà 57 jours et que nous soyons toujours en train de pousser pour davantage de changement», dit-elle à l’AFP. «Combien de jours encore va-t-il falloir ?» lance-t-elle.
La plus grande ville de l’Oregon est le théâtre de manifestations contre le racisme institutionnalisé et les violences policières depuis près de deux mois, soit depuis la mort du quadragénaire noir George Floyd sous le genou d’un policier blanc à Minneapolis.

Aujourd’hui y sont déployés des agents fédéraux chargés par le président Donald Trump de rétablir «l’ordre», une mesure controversée qui a attisé la colère des manifestants et est décriée par les responsables locaux.

La manifestation de jeudi, généralement pacifique, s’est terminée, comme beaucoup avant elle, par des affrontements entre manifestants et policiers dans un nuage de gaz lacrymogène.

Les heurts ont commencé vers minuit, même si les deux parties étaient séparées par une grille renforcée par des barricades.

Les manifestants ont visé la cour fédérale, devenue une cible pendant les rassemblements, lançant des déchets et des feux d’artifice par-dessus la grille, provoquant de petits feux.

Les agents fédéraux en treillis ont eux lancé du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes, après avoir déclaré le rassemblement illégal.

Vers 1 h 30 du matin, ils ont quitté la zone derrière la grille, avançant vers les manifestants dans la rue.
Situation «atroce»

La majorité des manifestants a commencé à battre le pavé fin mai après la mort de George Floyd pour exiger des réformes et que la police rende des comptes. Aujourd’hui, si beaucoup scandent toujours «Black Lives Matter» (La vie des Noirs compte), ils crient aussi «Feds go home» — «Agents fédéraux, rentrez chez vous».

«Je n’aurais jamais pensé que je me verrais obligé d’être dans les rues de ma ville pour faire ça», dit l’un d’eux, Steve. «J’ai l’impression qu’on est à ça de l’occupation militaire à part entière d’une ville libre», ajoute-t-il.

Steve explique être sorti jeudi à la fois pour protester contre les agents fédéraux et parce que la mort de George Floyd, dit-il, devrait faire peur à tout le monde.

«Les Noirs luttent pour l’égalité depuis toujours [...]. Mais le fait que ce soit enregistré et diffusé, ça commence vraiment à parvenir à plus de gens maintenant, [le fait que] la situation est atroce», affirme-t-il.
«Je pense que c’est super que le message soit en train de passer, mais ça a dû arriver de la manière la plus tragique et la plus terrifiante qui soit. Tout le monde devrait être terrifié».

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Les agents fédéraux en treillis ont eux lancé du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes, après avoir déclaré le rassemblement illégal.

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Début juillet, les manifestations à Portland, comme dans le reste des États-Unis, avaient commencé à s’essouffler.

Mais c’est alors qu’ont émergé des informations sur des agents fédéraux en tenue de camouflage, accusés d’avoir sommairement interpellé des manifestants dans la ville avant de les emmener à bord de véhicules banalisés.

Le maire démocrate de Portland, Ted Wheeler, a lui-même été aspergé de gaz lacrymogène mercredi soir alors qu’il était allé à la rencontre de manifestants.

Il a parlé d’une «réaction disproportionnée des agents fédéraux», et même d’une «guerre urbaine».
Le président républicain Donald Trump, en campagne pour sa réélection, a de son côté annoncé que des forces fédérales seraient déployées dans d’autres villes du pays comme Chicago pour répondre à une flambée de la criminalité, suscitant un tollé notamment chez des responsables démocrates.
Jeudi, une enquête officielle a été ouverte par le ministère de la Justice sur l’action très controversée des policiers fédéraux à Portland.

Teal Lindseth, l’une des oratrices pendant les manifestations, se réjouit de voir le mouvement durer.
«La première nuit, je me souviens de m’être dit : “Ça ne va pas continuer, impossible qu’on soit aussi gros que Martin Luther King”», explique-t-elle.

Mais «nous sommes en train de devenir gros. Portland est en train d’être reconnue».