Le gourou Keith Raniere (au centre) avait pour objectifs principaux, selon l'accusation, d'extorquer de l'argent aux adeptes et de satisfaire son appétit sexuel.

Ouverture du procès d'un gourou et de sa secte d'esclaves sexuelles à New York

NEW YORK — Le procès du gourou américain Keith Raniere, accusé d'avoir entretenu durant plusieurs années une secte d'esclaves sexuelles, s'est ouvert mardi à New York avec la perspective de témoignages accablants de ses anciennes femmes de confiance.

Ils devaient être six sur le banc des accusés, mais cet homme de 58 ans s'est finalement présenté seul mardi avec les avocats du cabinet de Benjamin Brafman, ancien défenseur de Dominique Strauss-Kahn dans l'affaire Nafissatou Diallo.

Cinq femmes, qui occupaient toutes des postes d'encadrement dans plusieurs organisations dirigées par Keith Raniere, ont l'une après l'autre plaidé coupable et évité ainsi le procès.

Reste «Vanguard», comme il se faisait surnommer, le cerveau présumé de ce système qui avait pour objectifs principaux, selon l'accusation, d'extorquer de l'argent aux adeptes et de satisfaire son appétit sexuel.

Ils sont plus de 16 000, en vingt ans, à être passés par l'un des ateliers de M. Raniere, qui leur promettait notamment de «mettre à jour (leur) potentiel humain», à 5000 dollars le stage de cinq jours.

Beaucoup se retrouvaient rapidement endettés, au point de devoir travailler pour Nxivm (prononcer Nexium), l'organisation principale, afin de rembourser.

Marquage dans les chairs

Dès les débuts, Keith Raniere est soupçonné d'avoir entretenu un cercle de 15 à 20 femmes sous influence, avec lesquelles il avait des relations sexuelles à son gré. L'une d'entre elles aurait été âgée de seulement 15 ans.

Comme dans beaucoup d'autres sectes, tout reposait sur la puissante influence psychologique du gourou, mélange d'enseignement pseudo-philosophique, d'attentions et de vexations.

Personnage charismatique à l'allure christique, avec longs cheveux impeccables, barbe et lunettes cerclées, M. Raniere exigeait, entre autres, des femmes de son cercle qu'elles suivent un régime «extrêmement pauvre en calories» pour se transformer physiquement selon ses goûts.

Mardi, c'est le cheveu plus court et rasé de frais que ce quinquagénaire bon teint s'est présenté, visiblement détendu, souriant et prenant des notes de façon studieuse.

Basé à Albany, capitale de l'État de New York, son organisation a ouvert des centres dans plusieurs villes des États-Unis, du Canada, du Mexique et d'autres pays d'Amérique centrale.

En 2015, Keith Raniere avait créé une organisation parallèle pyramidale, baptisée DOS, qui comprenait des «esclaves» et des «maîtres». Tous les membres étaient des femmes avec, au sommet de la pyramide, le gourou présumé lui-même.

Parmi les missions des «esclaves» figurait notamment l'obligation d'avoir des rapports sexuels avec lui, à la seule discrétion du «Grandmaster», un autre de ses surnoms.

Avant d'être acceptées comme esclaves, les femmes devaient fournir des «garanties», c'est-à-dire divers éléments compromettants pour elles-mêmes, photos, lettres ou documents, que l'organisation se réservait le droit de rendre publics si elles quittaient DOS.

Certaines devaient aussi subir un «marquage», qui consistait à tracer sur la peau des lettres, souvent les initiales de M. Raniere, à l'aide d'un stylo à cautériser brûlant les chairs.

La victime était maintenue immobile par d'autres femmes et chaque séance était filmée.

Pour l'accusation, Keith Raniere prétendait qu'«il était un mentor, alors qu'il était un prédateur», a fait valoir la procureure Tanya Hajjar dans son propos liminaire. «C'était du crime organisé et Keith Raniere en était le chef.»

Il est poursuivi pour trafic sexuel, extorsion, association de malfaiteurs, menaces, ainsi que de corruption de mineur. S'il est reconnu coupable de ces chefs d'accusation, M. Raniere risque la réclusion à perpétuité.

Après la défection de plusieurs membres et la publication en octobre 2017 d'un long article dans le New York Times, le gourou présumé s'est enfuit au Mexique, où il a été interpellé, en mars 2018, dans une villa luxueuse de la station balnéaire Puerto Vallarta.

À l'audience mardi, la procureure Hajjar a laissé entendre que plusieurs des cinq cadres incriminées seraient citées à témoigner contre leur ancien mentor durant le procès, qui devrait durer six semaines.

Intervenant après le ministère public, le principal avocat de M. Raniere, Marc Agnifilo, a invité le jury à se concentrer sur les motivations de son client, pas sur ses méthodes.

«Le vrai sujet n'est pas le contrôle» qu'il exerçait sur les membres de Nxivm ou de DOS, selon l'avocat, mais «l'intention».

«Je défendrai ses intentions (...), sa bonne foi, jusqu'à mon dernier souffle dans ce tribunal», a-t-il clamé.

Un premier témoin a été appelé mardi, une femme simplement présentée comme Sylvie.

Elle a décrit avec précision comment elle avait été manipulée psychologiquement par Keith Raniere et Clare Bronfman, l'une des cinq cadres qui a plaidé coupable.

Sous couvert de la faire s'épanouir et s'émanciper, ses guides spirituels la rabaissaient systématiquement, la maintenant ainsi dans un état de dépendance permanent.

Après près de dix ans au sein de Nxivm, elle est devenue l'une des «esclaves» de DOS, à la merci de sa «maîtresse», une certaine Monica, mais aussi de Raniere. La suite de son témoignage est attendue mercredi.