Le navire italien «Grande America» transportait «365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2000 véhicules.

Naufrage du «Grande America»: une nappe d’hydrocarbures au large des côtes françaises

BREST — Une nappe d’hydrocarbures a été localisée mercredi dans la zone du naufrage du navire italien «Grande America», qui transportait des matières dangereuses ainsi que 2200 tonnes de fioul lourd, faisant craindre une pollution des côtes françaises.

«Au cours du vol réalisé cet après-midi au-dessus de la zone de naufrage du Grande America (...) une nappe d’hydrocarbures a été localisée», a annoncé mercredi soir dans un communiqué la préfecture maritime, précisant qu’elle étendait sur une dizaine de kilomètres de long pour un kilomètre de large.

Ces observations aériennes ont été confirmées par le BSAA (Bâtiment de soutien et d’assistance affrété) VN Sapeur, maintenu sur la zone du naufrage où la mer est très forte avec des vagues de 4 à 6 mètres, selon la même source.

Le préfet maritime de l’Atlantique, le vice-amiral d’escadre Jean-Louis Lozier, a ordonné l’appareillage depuis Brest du navire spécialisé dans la lutte antipollution BSAA Argonaute. Il est attendu sur zone jeudi matin, a précisé la préfecture maritime, indiquant avoir également sollicité le concours des moyens de lutte antipollution de l’Agence européenne pour la  sécurité maritime (EMSA).

Auparavant, dans l’après-midi, le préfet maritime a annoncé lors d’une conférence de presse à Brest que le navire transportait «365 conteneurs, dont 45 répertoriés comme contenant des matières dangereuses et un peu plus de 2000 véhicules». Il a ajouté que les soutes du navire contenaient quelque 2200 tonnes de fioul lourd, principale source de préoccupation selon lui, estimant que la façade atlantique entre la Charente-Maritime et la Gironde risquait d’être touchée par une pollution «dans plusieurs jours».

Le préfet a une nouvelle fois mis en demeure mercredi matin l’armateur, Grimaldi Group, de «mettre fin au danger pour la navigation et l’environnement marin représenté par les conteneurs et autres éléments à la dérive» et de «traiter les éventuelles pollutions maritimes». L’armateur devra ainsi mener des investigations sur l’épave afin de déterminer dans quel état elle se trouve et notamment si ses cuves sont percées.

«Casse automobile» 

Le navire a sombré mardi après-midi à 333 kilomètres à l’ouest du port de La Rochelle par 4600 mètres de fond, ce qui risque de compliquer les éventuelles opérations de pompage.

Il a affirmé avoir reçu de l’armateur «un inventaire complet» du contenu des conteneurs comportant des matières dangereuses, parmi lesquelles une centaine de tonnes d’acide chlorhydrique et quelque 70 tonnes d’acide sulfurique.

L’éventuelle pollution qui pourrait être causée par ces produits «serait très localisée», a-t-il assuré. «La dilution dans l’espace océanique n’entraînerait pas de conséquences graves pour l’environnement», a-t-il ajouté, soulignant qu’une grande partie de ces produits avaient vraisemblablement déjà brûlé.

Le Grande America, un navire hybride entre un roulier et un porte-conteneurs, d’une longueur de 214 mètres, était en provenance de Hambourg (Allemagne) et devait se rendre à Casablanca (Maroc) quand un incendie s’est déclaré à son bord dimanche soir, pour une raison encore inconnue.

«Pour l’instant, je n’ai aucune idée des raisons pour lesquelles l’incendie s’est déclaré», selon le préfet maritime, ajoutant avoir cependant été informé d’un incendie dans le garage puis d’un feu dans un conteneur.

L’association Robin des Bois entend porter plainte pour pollution et abandon de déchets. «2000 véhicules, c’est une casse automobile au fond de la mer représentant des centaines de tonnes de matières toxiques dans une zone très riche en poissons, plancton et mammifères marins», s’est insurgé auprès de l’AFP Jacky Bonnemains, porte-parole de l’ONG, disant craindre aussi une éventuelle pollution du littoral.