Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov

Moscou balaie les accusations d’ingérence

«Baratin», «fantasmes»: la Russie a balayé samedi les accusations d’ingérence dans les élections américaines, au lendemain de l’inculpation aux États-Unis de ressortissants russes soupçonnés d’avoir interféré dans la présidentielle remportée par Donald Trump.

«Tant qu’on a pas de faits, tout ça, c’est du baratin», a martelé le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, lors d’une conférence annuelle sur la sécurité à Munich (Allemagne), alors que Washington a formellement accusé 13 Russes, dont un proche de Vladimir Poutine, d’avoir favorisé en 2016 la candidature de l’actuel locataire de la Maison-Blanche.

«Tout et n’importe quoi est publié, nous voyons une multiplication des accusations, affirmations et déclarations», a ajouté M . Lavrov, jugeant les propos des autorités américaines contradictoires.

Le ministre russe des Affaires étrangères a fait valoir que le vice-président américain Mike Pence et une responsable du département américain de la Sécurité intérieure avaient assuré «qu’aucun pays n’avait influencé le résultat de l’élection américaine».

Des responsables américains ont en effet affirmé par le passé que la victoire de M. Trump n’était pas le résultat d’une ingérence russe, mais que Moscou avait bel et bien cherché à s’inviter dans le processus.

Le président américain a lui toujours démenti toute forme de collusion et accusé le FBI de mener une «chasse aux sorcières» contre son administration.

Tous les inculpés, 13 ressortissants russes et trois sociétés, sont accusés de complot en vue de tromper les États-Unis. Trois d’entre eux sont accusés également de fraude bancaire et cinq autres de vol aggravé d’identité, selon un communiqué du procureur spécial chargé de ce dossier, Robert Mueller.

Evguéni Prigojine, un proche du président russe Vladimir Poutine, figure parmi ces accusés.

L’acte d’accusation ne mentionne toutefois aucune connivence entre l’équipe de campagne de Donald Trump et le gouvernement.

Les preuves

«Notre gouvernement ne s’est jamais mêlé de la vie politique américaine», a renchéri samedi à Munich l’ancien ambassadeur russe à Washington de 2008 à 2017, Sergueï Kisliak. «Je n’ai jamais rien fait de la sorte, mon ambassade non plus».

«Toutes ces accusations sont de simples fantasmes, utilisés à des fins politiques aux États-Unis dans le cadre de la bagarre entre les différents camps politiques», a-t-il insisté.

Le nom de M. Kisliak est apparu dans l’enquête du procureur Mueller sur les contacts entre la Russie et l’équipe de campagne de Donald Trump.

L’ancien conseiller à la sécurité nationale du président Trump, Michael Flynn, a ainsi reconnu avoir menti au FBI sur des conversations avec l’ambassadeur Kisliak.

Vendredi, Moscou avait déjà qualifié d’»absurde» l’acte d’accusation contre les ressortissants russes.

Mais le conseiller à la sécurité nationale du président américain H.R. McMaster a de son côté assuré samedi à Munich que les «preuves étaient vraiment irréfutables» contre Moscou en la matière.

«La Russie devrait réévaluer ce qu’elle fabrique parce que ça ne marche pas, tout simplement», a-t-il ajouté, en voulant pour preuve que républicains et démocrates soient unis lorsqu’il s’agit d’imposer des sanctions aux Russes.

«C’est très dur de faire passer des législations bipartisanes aux États-Unis (...) mais la Russie y est parvenue en conduisant cette campagne de subversion politique», a-t-il ironisé.

Les principaux services de renseignement --dont la CIA et la NSA-- et le FBI ont déjà dénoncé l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, via des campagnes sur les réseaux sociaux et le piratage d’informations provenant du camp démocrate américain.

Et selon le chef du renseignement américain Dan Coats, interrogé mi-février par la Commission du renseignement du Sénat, «il ne devrait y avoir aucun doute» sur le fait que la Russie compte reprendre les recettes de 2016 pour tenter d’influencer les élections parlementaires prévues en novembre aux États-Unis.

Pourtant, de nombreux outils de propagande russes 

Faux comptes sur les réseaux sociaux, rassemblements pour et contre Donald Trump, manifestants défrayés: une vaste opération de propagande était dirigée depuis la Russie pour favoriser la victoire du candidat républicain à la présidentielle de 2016, selon la justice américaine.

Le procureur spécial Robert Mueller, chargé de l’enquête sur une possible collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie, a inculpé vendredi 13 ressortissants russes pour complot en vue de tromper les États-Unis.

L’acte d’accusation détaille une entreprise de déstabilisation de grande ampleur sur les réseaux sociaux et financée à coups de millions de dollars.

A) Les instigateurs

La campagne, qui aurait débuté en 2014, était dirigée par une société basée à Saint-Pétersbourg baptisée «Agence de Recherche sur Internet» et financée par Evguéni Prigojine, un proche du président russe Vladimir Poutine. Elle serait liée aux services de renseignement russe.

L’Agence aurait mené «une guerre de l’information contre les États-Unis» en usant de fausses identités sur les réseaux sociaux et les médias en ligne, dans le but de créer «une intensité politique en soutenant des groupes radicaux, des utilisateurs mécontents de la situation économique et sociale et des mouvements sociaux d’opposition».

Elle aurait sévi dès le débuts des primaires républicaine et démocrate, pour favoriser M. Trump et dénigrer Hillary Clinton.

En septembre 2016, l’Agence bénéficiait d’un budget mensuel de plus d’1,2 million de dollars pour ses opérations.

B) Faux comptes

L’Agence aurait créé des pages, parfois rivales, sur Facebook et Instagram consacrées aux relations raciales («Blacktivistes»), à l’immigration («Frontières sécurisées») et à la religion («Musulmans unis d’Amérique» et «L’armée de Jésus») à des fins de désinformation.

Elle aurait aussi contrôlé «de nombreux» faux  comptes sur Twitter et Facebook favorables à M. Trump. L’un d’eux, un compte du parti républicain du Tennessee, a ainsi diffusé une fausse information sur une enquête pour fraude électorale lors des primaires démocrates en Caroline du Nord.

À partir de 2016, elle aurait largement diffusé certains mots-dièse pour influencer les tendances sur Twitter (#Trump2016 ou  #Hillary4Prison).

Quelques jours avant le scrutin, «Blacktivistes» avait enfin appelé à voter pour la candidate écologiste Jill Stein et «Musulmans unis d’Amérique» avait posté un message affirmant que «la plupart des musulmans refusent de voter pour Hillary Clinton».

C) Achats de publicité

L’Agence aurait «produit, acheté et posté» des espaces publicitaires sur la Toile «soutenant expressément le candidat Trump et s’opposant expressément à Clinton», notamment par la promotion de manifestations ou de rassemblements. Pour payer, elle aurait frauduleusement ouvert des comptes bancaires aux États-Unis en utilisant des faux papiers d’identité, ou réglés par le système PayPal ou par des cryptomonnaies.

L’achat de publicité politique par un ressortissant étranger est interdit aux États-Unis.

D) Organisation de manifestations

En utilisant de fausses identités et des faux comptes sur les réseaux sociaux, les opérateurs de l’Agence ont contacté des groupes de soutien locaux à M. Trump pour organiser des rassemblements et recruter des militants, notamment en Floride, un État «charnière» finalement remporté par le républicain. L’Agence aurait payé un sosie de Mme Clinton portant un uniforme de prisonnier lors d’une manifestation à West Palm Beach. Ils lui auraient ensuite payé le voyage pour qu’elle participe, en costume de prisonnière, à une manifestation à New York.

L’Agence aurait fait la publicité et financé d’autres rassemblements après l’élection, notamment deux manifestations rivales organisées le même jour à New York et une marche anti-Trump à Charlotte.

E) Contacts avec la campagne Trump

L’acte d’accusation n’apporte rien qui pourrait soutenir une éventuelle collusion entre l’équipe de M. Trump et la Russie. Il évoque simplement un volontaire de la campagne à New York contacté «à son insu» par les opérateurs russes et qui aurait fourni gratuitement du matériel de campagne.

F) L’élection truquée?

Le numéro deux du ministère américain de la Justice, Rod Rosenstein, a assuré qu’il n’existait pas d’indication que le résultat final de l’élection avait été faussé par cette vaste campagne de propagande.