Au plus bas dans les sondages, Emmanuel Macron compte sur le grand débat pour retisser le lien abîmé avec les Français.

Macron poursuit le grand débat, sans éviter une nouvelle manifestation de gilets jaunes

SOUILLAC - Le président français Emmanuel Macron poursuit vendredi dans le Sud-Ouest le grand débat destiné à apaiser la colère des gilets jaunes, mais sans réellement convaincre ces derniers, de nouvelles manifestations restant prévues samedi.

Après un débat marathon de sept heures avec des centaines de maires, qui avaient officiellement lancé le grand débat national (GDN), mardi dans le nord-ouest du pays, le président poursuit une tournée d'une dizaine de déplacements en France d'ici au 15 mars, à la rencontre des maires, mais aussi des citoyens.

Vendredi, il fera face à 600 maires à Souillac, bourg rural du sud-ouest de 3750 habitants. «Tant qu'il y aura des questions, il répondra», indique son entourage sans s'avancer sur la durée de ce débat.

Pour l'occasion, Souillac, typique village médiéval sur les rives de la Dordogne, a été placé sous haute sécurité. Toute manifestation est interdite, notamment dans le cadre des gilets jaunes, ces Français modestes qui s'opposent à la politique sociale et fiscale du président Macron.

Cette fronde populaire perdure depuis plus de deux mois et une nouvelle manifestation nationale est annoncée pour samedi, et pour la dixième fois consécutive. De nouvelles violences sont à nouveau craintes, comme lors de la plupart des épisodes précédents.

Le gouvernement avait espéré un essoufflement du mouvement, mais, après une baisse de la mobilisation lors des fêtes de fin d'année, le nombre des manifestants est reparti à la hausse. Ils étaient ainsi 50 000 dans toute la France le 5 janvier puis 84.000 une semaine plus tard, mais cette fois-là sans heurts majeurs.

Le nombre de manifestants pourrait rester important ce samedi, de nombreux "gilets jaunes" doutant qu'ils soient réellement entendus dans le cadre du GDN, une consultation inédite dans l'histoire de la France décidée pour répondre à la crise sociale, la pire qu'essuie M. Macron.

Un premier débat «très intéressant»

Si 94 % des Français ont désormais entendu parler du grand débat, ils sont 64 % à rester sceptiques sur son utilité et moins d'un tiers (29 %) comptent y participer, selon un sondage Odoxa Dentsu consulting diffusé jeudi.

Au plus bas dans les sondages, Emmanuel Macron compte sur le grand débat pour retisser le lien abîmé avec les Français.

«Je tirerai des solutions véritables de ce débat, car je veux en faire un acte II de mon mandat», a-t-il promis en conclusion de son intervention de mardi.

Souillac a déjà accueilli Emmanuel Macron, mais comme candidat, le 17 février 2017, alors qu'il était en pleine ascension dans les sondages pour la présidentielle.

En introduisant les échanges dans le palais des Congrès, le maire de Souillac Jean-Michel Sanfourche (sans étiquette politique) abordera notamment le thème central de la ruralité et ceux de la justice sociale, économique, fiscale et démocratique, a-t-il confié à l'AFP.

Les autres intervenants devraient également interpeller le chef de l'État sur l'affaiblissement des services publics dans les campagnes, qui se sentent défavorisées par rapport aux villes. Or le Lot, département qui inclut Souillac, ne compte que trois communes de plus de 4000 habitants.

«En venant dans le Lot, vous ne pourrez pas ignorer la colère et les souffrances de nos concitoyens : la vie réelle», a lancé le député Aurélien Pradié (Les Républicains) dans une lettre ouverte adressée au chef de l'État.

Parallèlement à la tournée de M. Macron auprès des maires, le grand débat s'organise peu à peu auprès des citoyens eux-mêmes. Un collège de cinq personnalités chargées d'en garantir l'indépendance a été désigné vendredi et le premier débat a été tenu jeudi soir en Bretagne (ouest).

«C'était très intéressant, le débat était de bonne tenue et les gens sont restés corrects. Je reviendrai jeudi prochain !», a déclaré Joël, un retraité, à la fin des échanges dans une salle communale, qui ont surtout porté sur la fiscalité, souvent jugée trop lourde en France.