Les militants de gauche ont accueilli avec désolation le vote en défaveur de Lula.

Lula en mauvaise posture face à la Cour suprême du Brésil

BRASILIA - L’ex-président brésilien Lula s’est rapproché de la case prison mercredi, un jugement crucial de la Cour Suprême sur son éventuelle incarcération prochaine ayant clairement tourné en sa défaveur, à six mois d’une élection présidentielle pour laquelle il est en tête des intentions de vote.

Après plus de six heures de délibérations, le résultat partiel était de 5 votes à 1 contre une demande d’habeas corpus qui permettrait à l’icône de la gauche brésilienne de rester en liberté jusqu’à l’épuisement de tous les recours contre sa condamnation à 12 ans et un mois de prison pour corruption.

Cinq des 11 juges doivent encore s’exprimer et un seul vote en sa défaveur suffirait à entériner ce rejet.

Le coup fatal semble avoir été porté par Rosa Weber, juge dont le vote était considéré comme décisif, sa position étant présentée comme la plus indécise. Quatrième à  voter, elle s’est finalement prononcée contre l’habeas corpus, après avoir maintenu le suspense pendant près d’une heure avec un argumentaire très technique.

Cette audience de la Cour suprême se déroulait sous tension, avec un important dispositif de sécurité à l’extérieur.

«Toute décision judiciaire est importante, mais certaines ont une plus grande répercussion que d’autres», a déclaré la présidente de la plus haute juridiction du Brésil, Carmen Lucia.

De lourdes grilles de fer ont été installées pour séparer les militants pro et anti-Lula, quelques milliers de manifestants des deux camps s’étant rendus devant le siège du STF, sous une pluie battante.

«Jour J»

«Mercredi, c’est le jour J de la lutte contre la corruption», a écrit récemment sur Twitter Daltan Dallagnol, procureur chargé de l’opération «Lavage-Express», enquête tentaculaire qui a déjà conduit des dizaines d’hommes politiques de tous bords sous les verrous.

Lula est accusé d’avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d’une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l’obtention de marchés publics.

L’ex-président nie farouchement, invoquant l’absence de preuves et dénonçant un complot visant à l’empêcher de briguer un troisième mandat.

L’emblème de la gauche devait suivre l’audience dans la ville où il réside, Sao Bernardo do Campo, près de Sao Paulo, plus précisément au siège du syndicat des métallurgistes qu’il a dirigé dans les années 70, où plusieurs dizaines de ses partisans se sont rendus dès le matin.

«Je n’ai pas dormi cette nuit, c’est un des pires jours de ma vie», a dit à l’AFP Leonor Mata, enseignante de 60 ans, visiblement inquiète à l’idée que Lula puisse se retrouver prochainement derrière les barreaux.

Devant un écran géant, les militants de gauche ont accueilli avec désolation le vote de Rosa Weber en défaveur de Lula.

«Rosa Weber était indécise, mais quand elle a dit qu’elle refusait l’habeas corpus, je suis devenue folle. Elle s’est vendue aux grands médias qui dominent notre système judiciaire», a affirmé Maria Lucia Minoto Silva.

Forte pression

Une décision de la Cour suprême datant de 2016 stipule que toute peine de prison peut commencer à être purgée dès la condamnation en seconde instance, ce qui est le cas pour Lula, dont le premier recours a été rejeté par une cour d’appel fin janvier.

Mais un jugement favorable en ce qui concerne la demande d’habeas corpus» pourrait changer la donne et faire jurisprudence, permettant en théorie à tous les condamnés de rester en liberté jusqu’à l’épuisement de tous les recours.

C’est pourquoi les 11 juges du STF étaient soumis à une forte pression.

Le général Eduardo Villas-Boas, chef de l’armée brésilienne, a publié sur Twitter un message dans lequel il indique que les militaires «partagent le sentiment des Brésiliens qui répudient toute impunité».

Même si elle ne fait pas référence explicite à Lula, cette publication laisse entendre une rare prise de position de l’armée, dans un pays qui vivait encore sous le joug de la dictature militaire (1964-1985) il y a une trentaine d’années.

Le ministre de la Défense, Joaquim Silva e Luna, a toutefois assuré au journal O Globo que le message du général ne signifiait aucunement l’intention d’un «usage de la force».

Amnesty International a pour sa part considéré que la déclaration du général était un «grave affront à l’indépendance des pouvoirs et une menace envers l’Etat démocratique».