Les services publics et de nombreux commerces ont gardé porte close à Lesbos.

Lesbos à l’arrêt pour ne pas être une «île-prison» de réfugiés

MYTILÈNE — L’île de Lesbos s’est mise à l’arrêt lundi à l’appel de sa municipalité pour réclamer le transfert en Grèce continentale de milliers des réfugiés qui y sont parqués depuis des mois en application du pacte UE-Turquie.

Les services publics et de nombreux commerces ont gardé porte close, tandis que des centaines d’habitants ont manifesté dans le chef-lieu de l’île, Mytilène.

«Lesbos n’est pas un lieu de relégation, c’est une île», pouvait-on lire sur une des pancartes.

Au départ du camp de Moria, où vivotent quelque 7000 d’entre eux pour 2350 places, des migrants et réfugiés ont également manifesté sous le slogan «Ouvrez les frontières».

Le débrayage initié par le maire, Spyros Galinos, était soutenu par les principales organisations professionnelles et syndicales de l’île, où vivent près de 8500 réfugiés et migrants pour une population de 32 000 habitants.

«Le maintien sur place de tant de gens, dont la plupart veut en outre partir, n’est pas gérable», a souligné à l’AFP le président de la chambre de commerce et d’industrie locale, Vangelis Myrsinias.

La municipalité ne demande pas le renvoi de tous les migrants présents sur l’île, mais que leur nombre ne dépasse pas les 4000 places disponibles.

M. Galinos a tweeté dimanche qu’à côté de structures plus solides, «quelque 3000 hommes, femmes et enfants sont bloqués à Moria sans rien de plus que des tentes légères pour les garder au chaud et au sec», concluant : «Bravo l’Europe. Maintenant, ouvrez les îles».

Les exilés de Lesbos et des autres îles égéennes proches des côtes turques sont, en principe, voués à être renvoyés en Turquie dans le cadre du pacte UE-Ankara conclu en mars 2016 pour couper cette route migratoire.

Pour retarder, ou éviter ce sort, la plupart ont demandé l’asile à la Grèce, une procédure qui peut prendre de longs mois.

Or l’accord UE-Turquie semble dire que, si la demande d’asile est refusée, mais que le requérant n’est plus sur son île d’arrivée, il ne pourra pas être renvoyé.

Ce «n’est qu’une interprétation que le gouvernement fait du texte», a estimé Marios Andriotis, porte-parole du maire Spyros Galinos, qui a récemment craint que Lesbos se transforme en «île-prison».

Il y a sur le continent des places d’hébergement vacantes dans plus de 25 camps et dans des appartements.

Interrogé vendredi après son transfert la veille par ferry de Moria au camp de Kavala (nord), Frédéric, un Congolais, témoignait auprès de l’AFP que «certes on vit dans un container, mais au moins il y a l’eau courante et le chauffage», contrairement à Moria.

Pour l’instant, seules les personnes vulnérables (femmes enceintes, malades, ayant été victimes de sévices comme Frédéric...) peuvent être transférées sur le continent sans avoir terminé leur procédure d’asile.

Alors que des fortes pluies se sont abattues sur la Grèce, «ma tente est inondée tous les soirs, et mon bébé a la fièvre», a témoigné pour l’AFP une des résidentes syriennes, Mahmad Abusal.

Tensions entre réfugiés

La situation à Moria alimente des tensions entre réfugiés. Dans la nuit de dimanche à lundi, des affrontements ont ainsi éclaté entre les quelque 350 mineurs présents, endommageant des installations.

Le gouvernement a plusieurs fois évoqué la possibilité d’ouvrir de nouveaux camps sur l’île, ou d’ancrer des bateaux d’accueil dans le port, mais cette perspective est un chiffon rouge pour les habitants et les autorités locales.

Le représentant en Grèce du HCR, Philippe Leclerc, a demandé la semaine dernière que les personnes identifiées comme vulnérables n’aient pas à attendre leur première entrevue d’asile pour être transférées sur le continent.

Il a aussi appelé au transfert de réfugiés comme les Afghans et les Irakiens, qui pour l’instant, pour des raisons de procédure, ne seront pas renvoyés en Turquie «à avenir prévisible».

Première porte d’entrée en Europe lors du grand exode de 2015 et 2016, Lesbos continue par ailleurs d’enregistrer quotidiennement des dizaines de nouvelles arrivées, notamment de réfugiés syriens et irakiens des zones récemment reprises à l’organisation de l’État islamique (EI).