En début de soirée samedi, le jeune chancelier Sebastian Kurz a déclaré mettre un terme à 18 mois de coalition avec l'extrême droite.

Les Autrichiens soulagés par la fin d'une coalition avec l'extrême droite

VIENNE — Après des heures passées devant la chancellerie dans un concert de sifflets, quelques milliers d'Autrichiens ont éclaté de joie samedi à l'annonce de la convocation d'élections anticipées considérées par tous comme «une nécessité» face au scandale frappant leur gouvernement.

«Élections, élections», ont scandé tout l'après-midi ces Viennois de tous les âges face aux bureaux du chef du gouvernement Sebastian Kurz, resté invisible jusqu'au début de soirée.

Quand enfin, dans une allocution de 10 minutes, le jeune chancelier de 32 ans déclare mettre un terme à 18 mois de coalition avec l'extrême droite, c'est une vague d'allégresse qui parcourt la foule, soulagée par l'annonce de législatives anticipées.

«C'était une nécessité absolue. Toute autre décision aurait été une catastrophe. Si ce qui s'est passé n'est pas suffisant, que faut-il d'autre?» lance Andreas Hallas, un éducateur social de 28 ans.

Il fait partie de ces milliers de Viennois qui, depuis plus de six mois, qu'il pleuve ou qu'il gèle, défilent chaque semaine dans la capitale pour «les manifestations du jeudi» contre la coalition entre la droite et l'extrême droite installée au pouvoir fin 2017.

«Aujourd'hui c'est un rassemblement spontané et c'est très rare en Autriche», un pays où les revendications se défendent rarement en battant le pavé, souligne Elvira Raffinger, 61 ans.

L'idée de converger vers la chancellerie s'est diffusée comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux après l'onde de choc provoquée par la publication, vendredi soir, d'une vidéo tournée en caméra cachée où le chef du parti d'extrême droite FPÖ, devenu vice-chancelier en 2017, se montrait prêt à offrir à un oligarque russe des marchés publics en échange d'un soutien financier.

«J'espère que ça va ouvrir les yeux aux Autrichiens qui ont voté à droite», confie Isaac Heimbach, 24 ans, qui estime qu'il ne s'agit encore là que de «la pointe de l'iceberg».

Image injuste

Jan, un quadragénaire des alentours de Vienne, n'en revient toujours pas : «la corruption, ça concerne un peu tous les partis mais à ce point là, je ne pensais pas que c'était possible. Ces gens-là sont prêts à vendre le pays!!»

Le patron du FPÖ a été emporté en quelques heures par cet «Ibiza-gate», annonçant sa démission samedi matin.

Mais les manifestants ont aussi la dent dure contre le chancelier : «ceux qui voulaient savoir quel était le vrai visage du FPÖ pouvaient le savoir avant cette video, toutes les informations étaient connues», relève Christian Mokricky, 59 ans.

«Je ne peux pas croire que Kurz ne savait pas avec qui il s'était allié», fait écho Isaac Heimbach.

«Kurz doit partir», a clamé la foule, jusqu'à 5000 personnes selon la police, investissant les pelouses faisant face à la chancellerie avec vélos, pique-nique et drapeaux.

Aux habituelles pancartes dénonçant l'extrémisme et le racisme colporté par le FPÖ à travers son dénigrement systématique des immigrés, des slogans espiègles ont été confectionnés à la gloire d'Ibiza. C'est sur l'île espagnole prisée des fêtards, dans une luxueuse villa, que «HC» Strache a accepté la rencontre qui a provoqué sa chute, avec une femme présentée comme la nièce d'un oligarque russe.

Isabella Sedlak, une Autrichienne de Berlin venue passer le week-end à Vienne, se désole de l'image de son pays à l'étranger. «En Allemagne, l'Autriche est vue comme une cause perdue.»

Le scandale renvoie «une image inquiétante et honteuse» de l'Autriche «que ne méritent ni le pays ni ses citoyens», a martelé le chef de l'Etat Alexander Van der Bellen dans une allocution exceptionnelle samedi soir. Pour cet écologiste libéral qui avait battu un candidat d'extrême droite à la présidentielle de 2016, «ce n'est pas ce que nous sommes; l'Autriche ce n'est pas ça».