Il y a sept ans que Ray Donovan a commencé à enquêter sur Joaquin Guzman. «Peu de gens pensaient que nous serions capables de l’attraper», mentionne le patron de la DEA, l’agence américaine anti-drogue.

Le policier obsédé par la capture d’El Chapo

NEW YORK — Dans son bureau trône désormais, encadrée, la chemisette que portait Joaquin Guzman, lors de son extradition vers les États-Unis; avec la condamnation à perpétuité d’«El Chapo», «la boucle est bouclée», pour le patron de l’agence américaine antidrogue DEA à New York.

Il y a sept ans que Ray Donovan a commencé à enquêter sur le cofondateur du cartel de Sinaloa, considéré comme le plus important narcotrafiquant du monde. Au point qu’il dit aujourd’hui comprendre comment pense El Chapo.

«Capturer El Chapo et le juger ici aux États-Unis, c’est rendre la justice», dit, dans un entretien à l’AFP, ce policier d’origine irlandaise et portoricaine, qui a grandi dans le Bronx. «Mais pas seulement pour nous, pour le Mexique aussi.»

«Peu de gens pensaient que nous serions capables de l’attraper», estime ce quadragénaire solidement bâti, «parce qu’il y avait ce mythe selon lequel il était presque intouchable. Mais nous pensions que c’était possible.»

En février 2014, au sein de l’équipe des opérations spéciales de la DEA, il a coordonné l’opération qui a permis l’interpellation de Joaquin Guzman à Mazatlan, dans la région du Sinaloa.

Mais quelques mois plus tard, le baron de la drogue s’échappait en passant par un tunnel dont l’entrée se situait dans la douche de sa cellule.

«Nous étions défaits», reconnaît le policier antidrogue, mais la somme d’informations recueillies sur El Chapo allait permettre à des Marines mexicains de le reprendre, en janvier 2016.

«Ce sont les joyaux de la couronne», dit-il des militaires qui ont procédé à l’arrestation, en plein Sinaloa, la région où El Chapo est encore aujourd’hui vénéré par beaucoup. «Ce sont des héros mexicains, parce qu’ils ont fait l’ultime sacrifice.»

«Sans eux, notre alliance, leur volonté de collaborer avec nous, El Chapo ne serait pas dans le Colorado aujourd’hui», affirme Ray Donovan, en référence à la prison de haute sécurité de Florence, où a été transféré Joaquin Guzman vendredi. «Leur engagement à mené à l’arrestation, pas une fois, mais deux.»

Déjà une autre cible

Quelque 22 agences américaines et les autorités mexicaines ont collaboré lors de la traque du narcotrafiquant le plus puissant au monde depuis la mort du Colombien Pablo Escobar, en 1993.

Plusieurs centaines de personnes «ont mis leur égo de côté» pour mettre la main sur l’homme qui a acheminé plus de 1250 tonnes de drogue aux États-Unis, martèle Ray Donovan. Outre les drogues traditionnelles, El Chapo est aussi en grande partie responsable de la propagation aux États-Unis du fentanyl, un antalgique surpuissant qui fait actuellement des ravages.

«Cela vaut le coup, c’est certain», de poursuivre un criminel qui a bâti le cartel qui achemine encore l’essentiel de la drogue entrant aux États-Unis, estime celui qui dirige aujourd’hui le bureau de New York de la DEA.

«S’il y a quelque chose que les barons de la drogue craignent par-dessus tout, c’est le système judiciaire américain», dit-il. «Donc si nous pouvons répéter ça (l’arrestation et le jugement de l’un d’eux) plusieurs fois, nous pourrions changer ce qui se passe au Mexique. [...] Tout comme avec la Colombie, l’extradition est la voie à suivre.»

Guerre contre la drogue

La mise hors circuit d’El Chapo a-t-elle vraiment fait avancer la «guerre contre la drogue», la «War on Drugs» lancée par le président Richard Nixon il y a presque cinquante ans, alors que le cartel de Sinaloa n’a pas ralenti le rythme?

«À la DEA, nous ne voyons pas de guerre contre la drogue», répond Ray Donovan. «Nous voyons des crimes, des criminels, le code pénal américain. Mais au Mexique, c’est différent. La guerre est réelle, là-bas. Un cartel contre l’autre, sur la route des États-Unis.»

Satisfait de la condamnation d’El Chapo, Ray Donovan a déjà une autre cible en tête. Il s’agit de Rafael Caro Quintero, ou «RCQ», le cofondateur du cartel de Guadalajara, dont il pense qu’il vit aujourd’hui au Mexique, dans la clandestinité.

Accusé d’avoir fait torturer puis exécuter un agent de la DEA, Enrique «Kiki» Camarena, au Mexique en 1985, «RCQ», aujourd’hui âgé de 66 ans, fait partie des individus les plus recherchés aux États-Unis, qui offrent 20 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation.

«Nous ne nous arrêterons pas avant de l’avoir attrapé», lance Ray Donovan. «Pour nous, c’est une affaire personnelle. [...] Si nous avons arrêté El Chapo», qui avait «beaucoup plus de ressources», «nous pouvons capturer RCQ».