En compagnie de son frère aîné Williams, le prince Harry a pris un bain de foule à la veille de son mariage.

Le mariage royal, en cinq questions

MONTRÉAL — Il faut vivre comme un ermite pour ne pas avoir entendu parler du mariage entre le prince Harry et l’actrice Megan Markle, qui se déroulera samedi, au petit matin, heure de Montréal. La Presse canadienne a discuté vendredi avec le journaliste et analyste de la monarchie, Marc Laurendeau, pour évaluer l’importance d’un tel événement au Québec et au Canada et la signification de ce mariage de premier plan pour la royauté britannique.

1. Quelle est l’importance d’un tel événement au Québec, qui traditionnellement, est moins attaché à la monarchie?

«Il est évident que ce mariage de prime abord n’a pas les mêmes harmoniques au Québec qu’il a en Grande-Bretagne ou dans le reste du Canada; à cause du passé, bien sûr, on n’a pas les mêmes affinités. Mais cela dit, la visite du prince William et de Kate Middleton il y a quelques années nous avait démontré que les temps d’antenne réservés à leur visite avaient été très choyés en termes de cote d’écoute. Alors, il faut se méfier. C’est vrai que, quand on fait des sondages, les Québécois disent qu’ils ne sont pas très attachés à la monarchie. Je veux bien, ils le sont moins que d’autres, mais quand il y a des événements heureux, sympathiques, quand il y a des aspects inédits de la monarchie qui se dévoilent, la preuve est faite à mes yeux que les gens écoutent, vont voir, et s’informent.»

2. Pourrait-on imaginer que le mariage relance le débat sur la monarchie au Québec?

«Je ne crois pas que cet événement puisse relancer le débat au Québec, parce qu’il ne s’agit pas d’un événement scandaleux, choquant, au contraire. C’est quelque chose qui met en lumière une évolution possible de la monarchie. Remarquez le fait qu’une jeune femme, dont la mère est d’origine afro-américaine, entre dans la famille royale. Cela montre déjà qu’il est possible que cette vision aristocratique des choses commence à s’élargir, au fond. La famille royale, c’est bien qu’elle représente le peuple anglais, mais le peuple anglais a changé, comme le peuple canadien d’ailleurs. Il faut le représenter, alors ça, c’est positif.»

3. Il y a d’ailleurs une Montréalaise, Jessica Mulroney (la belle-fille de l’ancien premier ministre Brian Mulroney), et sa famille qui vont jouer un rôle au mariage...

Oui, c’est une amie proche de la mariée. Elles étaient toutes les deux, disons les choses clairement, dans le jet-set de Toronto. Mais en plus, (Mme Mulroney) est une styliste, une stratège de la mode, donc elle l’a sûrement conseillée sur la manière d’organiser ce mariage. C’est la conjointe de Ben Mulroney, donc le fils de Brian Mulroney, et il y aura de leurs enfants qui vont faire partie de l’équipe des bouquetières, des pages. Il va y avoir des imprévus de ce côté-là, ils sont tellement jeunes on ne sait pas comment ils vont se comporter, mais ça va être sympathique. [Meghan Markle] n’a pas pu se décider à choisir une vraie dame d’honneur, on a cru que ce serait Jessica Mulroney, mais elle ne l’a pas fait. Elle n’a pas voulu choisir parmi ses nombreuses amies, parce que c’est vraiment une femme de réseaux, elle a des amis, des gens qui la conseillent partout, elle est bien branchée.»

4. Est-ce qu’on peut dire que la monarchie se modernise? On pense au fait que Meghan Markle est divorcée...

«Oui, la monarchie se met à jour: sur le plan multiracial, multiculturel, certainement. Il faut quand même avoir des réserves, là, il reste que la Grande-Bretagne, la communauté noire a beaucoup moins d’emplois, beaucoup moins d’opportunités et récemment, des gens qui sont venus des Caraïbes il y a plusieurs décennies voient leur statut remis en question, voire leur accès aux mesures de sécurité sociale... L’égalité raciale n’est pas atteinte en Grande-Bretagne, loin de là. C’est une société très hiérarchisée. Mais le fait qu’une personne, encore une fois, qui est d’origine mixte, entre dans la famille royale, envoie un message. L’aspect symbolique est là.

Là où il y a modernisation aussi, en effet, c’est le fait qu’une personne divorcée et dont le mari est encore en vie, puisse se marier à l’intérieur de la famille royale. Ça a été, comme on le sait, l’obstacle principal pour Edouard VIII, le duc de Windsor, qui en 1936, a dû abdiquer, renoncer au trône parce qu’il voulait épouser Wallis Simpson, deux fois divorcée, et américaine. Là, ici, il y a des affinités. Margaret, la soeur de la reine actuelle, avait voulu marier Peter Townsend, un des aides de camp du roi et un navigateur renommé, eh bien, le mariage n’a pas pu avoir lieu parce que Peter Townsend était divorcé.

Les temps ont changé. La reine a bien constaté que sa propre fille (Anne) est divorcée, de même que le prince Andrew et bien sûr que le prince Charles. Trois enfants sur quatre de la reine sont présentement divorcés, alors il a fallu qu’elle se rende à cette nouvelle réalité.»

5. À quoi peut-on s’attendre pour le mariage?

«Ils [les futurs mariés] ont voulu faire un mariage un peu plus discret, non pas à l’abbaye de Westminster, mais à la chapelle Windsor, au château de Windsor, donc ce n’est pas dans la même tonalité qu’un mariage à l’abbaye de Westminster, ou à la [cathédrale] Saint-Paul, au coeur de Londres, comme le prince Charles et Diana l’ont fait. C’est un mariage, en théorie, qui est plus discret, mais là, ça a pris une telle ampleur... L’aspect symbolique de voir cette jeune femme [Meghan Markle], star de la télévision — quelque chose qu’il ne faut pas négliger — et lui-même [le prince Harry], un personnage fort aimé au sein de la famille royale pour sa spontanéité et son naturel, finalement. Il n’est pas fabriqué, comme d’autres membres de la famille royale.»