Une coiffeuse à l'œuvre à Munich. La Bavière, l’un des États régionaux les plus peuplés et les plus prospères d’Allemagne, a annoncé mardi la réouverture de ses restaurants à partir du 25 mai, en dépit des consignes de prudence de Berlin.
Une coiffeuse à l'œuvre à Munich. La Bavière, l’un des États régionaux les plus peuplés et les plus prospères d’Allemagne, a annoncé mardi la réouverture de ses restaurants à partir du 25 mai, en dépit des consignes de prudence de Berlin.

Le déconfinement s’accélère dans le monde

PARIS — Le déconfinement s’est accéléré mardi dans plusieurs pays pour tenter de relancer des économies paralysées par le coronavirus, qui a déjà fait plus de 250 000 morts et poursuit sa progression notamment en Russie, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Signal fort, la Bavière, l’un des États régionaux les plus peuplés et les plus prospères d’Allemagne, a annoncé mardi la réouverture de ses restaurants à partir du 25 mai, en dépit des consignes de prudence de Berlin.

L’Autriche voisine s’est de son côté dite confortée dans sa volonté d’en faire de même dès le 15 mai après une première étape de déconfinement «très bien gérée», sans rebond des contaminations.

À Vienne, la capitale, un musée a même commencé à collecter masques usagés et dessins d’enfants pour raconter le confinement aux générations à venir.

Mais la pandémie née fin 2019 en Chine et qui contraint plus de la moitié de l’humanité à se confiner est loin d’être jugulée et elle ne le sera qu’avec la découverte d’un vaccin ou d’un remède, insiste l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

30 000 morts au Royaume-Uni 

Aux États-Unis, où le nombre de morts est reparti à la hausse (2333), les autorités tablent sur une nouvelle flambée qui se traduira par 3000 décès par jour, selon un document dévoilé par la presse.

Plus de 71 000 personnes ont déjà succombé dans ce pays, le plus touché au monde, mais où de nombreux États on entrepris de se déconfiner. La Californie, cinquième économie mondiale, va commencer à assouplir certaines mesures à la fin de la semaine.

«C’est excitant de voir notre pays qui commence à rouvrir!», a tweeté le président américain Donald Trump mardi.

Le Royaume-Uni, où le premier ministre Boris Johnson devait présenter dimanche un plan de déconfinement progressif, est devenu mardi le premier pays en Europe à franchir la marque des 30 000 morts, et le deuxième le plus touché dans le monde.

Et la Russie, qui se prépare à une levée progressive du confinement à partir du 12 mai, assiste de son côté à une accélération de la pandémie, avec pour le troisième jour d’affilée dix mille nouveaux malades recensés.

Parmi les personnes atteintes, le premier ministre Mikhaïl Michoustine, dont l’état ne suscite cependant pas d’inquiétude selon un porte-parole.

La BCE dans le collimateur

Partout, la pression est forte pour relancer l’activité face à une récession mondiale et à une flambée du chômage sans précédent depuis 1945.

«Aucun pays n’est immune par rapport à la COVID-19. Qu’il s’agisse de pays en développement ou développés, tous sont frappés durement par le virus», a résumé le président de l’Office indonésien des statistiques, Suhariyanto.

En Europe, les 27 tentent de trouver un terrain d’entente pour créer un fonds de relance exceptionnel. Celui-ci sera «gigantesque», avec une fourchette de «1000 à 2000 milliards d’euros», a estimé le commissaire européen Thierry Breton.

Mais la justice allemande a jeté mardi une ombre sur le programme massif de soutien monétaire mis en œuvre depuis 2015 par la Banque centrale européenne (BCE).

Dans un arrêt retentissant, la Cour constitutionnelle de Karlsruhe l’a sommée de justifier «dans les trois mois» ses rachats de dette publique, menaçant la puissante Bundesbank de ne plus pouvoir y participer.

Cette décision «place la BCE sous une menace constante» au moment où elle déploie des moyens inédits face au coronavirus, relève Henrik Enderlein, de l’institut Hertie School of Government. La banque a répliqué qu’elle voulait continuer à faire «tout ce qui est nécessaire» pour remplir sa mission.

«Prier très fort»

Dans les pays les plus pauvres, les habitants sont le plus souvent livrés à eux-mêmes. Comme Augustine, vivant dans la partie anglophone d’un Cameroun en proie à un conflit séparatiste. En cas de maladie, il ne lui restera qu’à «prier très fort», résume ce travailleur social d’une trentaine d’années.

En République démocratique du Congo, le gouvernement s’est alarmé d’un risque de «propagation à grande échelle» de l’épidémie après qu’une centaine de cas ont été dénombrés dans une prison militaire de Kinshasa.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a levé 7,4 milliards d’euros pour doper la recherche vaccinale, lors d’un téléthon planétaire lundi snobé par les États-Unis.

Sans vaccin, un rebond épidémique est quasiment inévitable une fois le confinement levé, selon l’OMS.

Même un pays comme l’Allemagne, salué pour sa gestion de la pandémie, doit s’attendre «à coup sûr» à une deuxième, voire à une troisième vague de contamination, a prévenu l’Institut Robert Koch, en charge du dossier.

Le président Emmanuel Macron est apparu portant un masque, en tissu noir, lors de la visite mardi d’une école de banlieue parisienne accueillant des enfants de soignants.

Macron masqué 

En France, où une rentrée scolaire très controversée est prévue à partir du 11 mai, le président Emmanuel Macron est apparu pour la première fois portant un masque, en tissu noir, lors de la visite d’une école de banlieue parisienne accueillant des enfants de soignants.

«Vous avez des inquiétudes, des choses qui vous font peur?» a lancé le chef d’État. «Attraper la COVID-19», lui a répondu un enfant.

Le président a par ailleurs prévenu qu’il était «trop tôt» pour planifier des vacances d’été. La pandémie continue de tuer plus de 300 personnes par jour en France, pour un total de plus de 25 500 morts.

De nombreux pays ont déjà commencé à alléger les restrictions, dont l’Italie lundi, ou encore le Portugal, la Serbie, la Belgique, la Turquie, Israël, le Nigeria et le Liban.

Au Maghreb, Tunis et Alger ont également engagé un assouplissement, mais s’inquiètent des écarts de leurs populations en matière d’hygiène et de distanciation physique.

L’Inde s’apprête pour sa part à lancer jeudi une gigantesque opération de rapatriement de ses innombrables ressortissants bloqués à l’étranger, notamment dans le Golfe.

«Je suis sans-abri depuis que j’ai perdu mon emploi en mars, s’il-vous-plaît emmenez-moi en Inde ou ailleurs, sinon je vais avoir de gros problèmes ici à Dubaï», a tweeté un internaute indien.

Sur cette photo prise lundi à Aalborg, au Danemark, on peut voir la ligne jaune qui sépare une rue piétonne pour aider les gens à respecter la distanciation. 

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PAS DE HAUSSE DES INFECTIONS AU DANEMARK

MONTRÉAL — Un allègement des mesures de confinement ne semble pas avoir accéléré la propagation du coronavirus au Danemark, rapporte le quotidien britannique The Guardian.

Les petites et moyennes entreprises du pays ont reçu la permission de reprendre leurs activités le 28 avril, deux semaines après les écoles et les services de garde.

L’agence gouvernementale responsable de la lutte aux maladies infectieuses assure qu’il n’y a «aucune indication que l’épidémie de COVID-19 s’accélère».

Le nombre de nouvelles victimes infectées par une personne porteuse du virus demeure inférieur à 1,0.

Le Danemark a été le premier pays d’Europe à imposer un confinement. Le virus y a fait près de 500 morts et le nombre d’hospitalisations a glissé systématiquement en avril.

La première ministre Mette Frederiksen devrait annoncer de nouvelles mesures de déconfinement d’ici quelques jours.