L’avocate russe qui a rencontré Donald Trump Jr est liée au Kremlin

LONDRES - L’avocate de Moscou qui aurait promis aux organisateurs de la campagne présidentielle de Donald Trump des informations compromettantes au sujet de son adversaire démocrate a travaillé plus étroitement avec les hauts responsables du gouvernement russe qu’elle ne le laissait entendre auparavant, selon des documents consultés par l’Associated Press.

Des dizaines de courriels, de transcriptions et de documents juridiques dressent le portrait de Natalia Veselnitskaïa comme celui d’une avocate bien connectée qui a servi de collaboratrice anonyme aux meilleurs avocats du gouvernement russe et qui a reçu l’aide de hauts responsables du ministère de l’Intérieur dans une affaire impliquant un important client.

Ces informations ont été obtenues par l’intermédiaire de l’unité d’enquête basée à Londres de la figure majeure de l’opposition russe Mikhail Khodorkovsky, le Dossier Center, qui rassemble les profils des Russes accusés de profiter de la corruption.

L’Associated Press n’a pas pu joindre Natalia Veselnitskaïa. Les messages d’un journaliste envoyé à son téléphone ont été marqués comme «lus» mais sont demeurés sans réponse.

Mme Veselnitskaïa est sous le feu des projecteurs depuis qu’il a été révélé l’an dernier que le fils aîné du président Trump, Donald Jr, l’a rencontrée en juin 2016 après avoir été informé par un intermédiaire qu’elle représentait le gouvernement russe et qu’elle offrait l’aide de Moscou afin d’aider à vaincre la candidate rivale Hillary Clinton.

Natalia Veselnitskaïa a nié avoir agi au nom de l’administration russe quand elle a rencontré l’équipe Trump, affirmant au Congrès qu’elle opère «indépendamment de toute institution gouvernementale».

Les documents du Dossier Center suggèrent que ses liens avec les autorités russes sont étroits - et ils lèvent le voile sur sa campagne pour faire annuler les sanctions imposées par les États-Unis à des responsables russes.

Par exemple, les courriels indiquent que Mme Veselnitskaïa était mêlée à la tentative du gouvernement russe d’obtenir des informations financières de l’ancien cabinet d’avocats de Bill Browder, l’homme d’affaires britannique né aux États-Unis qui est un détracteur de longue date du Kremlin.

Un courriel daté du 31 octobre 2017 révèle que le bureau de Natalia Veselnitskaïa préparait une ébauche de l’affidavit du procureur général adjoint russe Mikhail Alexandrov aux autorités chypriotes. «Ceci est nécessaire d’ici demain», a-t-elle écrit à un subordonné.

Deux semaines plus tard, une version finale du même document a été envoyée par un membre du personnel diplomatique russe à un homologue chypriote, selon des documents du Dossier Center.

Bill Browder, qui a souvent affronté Natalia Veselnitskaïa, tant à l’intérieur et qu’à l’extérieur de tribunaux, a déclaré que cela renforçait l’idée qu’elle était mêlée à l’administration russe.

«Si son bureau rédige des réponses pour la coopération policière russo-chypriote, à mon avis cela démontre effectivement qu’elle est un agent du gouvernement russe et non une avocate indépendante comme elle le prétend», a-t-il déclaré lors d’un entretien téléphonique.

Dans une déclaration écrite, l’ambassade russe à Chypre a qualifié une question de l’Associated Press de «provocation» et déclaré qu’elle n’avait «aucune idée de qui est Natalia Veselnitskaïa et de ce qu’elle envoie ou n’envoie pas aux responsables chypriotes».

Mikhail Alexandrov, joint au bureau du procureur général, a refusé de répondre aux questions de l’Associated Press.

Le ministère russe de l’Intérieur n’a pas répondu à des demandes de commenter ce reportage.