Le président Donald Trump, la représentante démocrate Nancy Pelosi et son homologue minoritaire du Sénat, Chuck Schumer, ont argumenté au sujet des 5 milliards $ d’argent public demandés par M. Trump pour construire son mur à la frontière sud, la semaine dernière.

L’année 2019 s’annonce rocambolesque pour Trump et ses ennemis

WASHINGTON — Le Canada doit se préparer à voir son voisin du sud vivre une année qui s’annonce des plus chaotiques en 2019.

Pour preuve, ne cherchez pas plus loin que la confrontation de la semaine dernière dans le bureau ovale entre Donald Trump et deux personnes qui donneront sans doute du fil à retordre au président en 2019 : la représentante démocrate Nancy Pelosi — leader de la future majorité démocrate — et son homologue minoritaire du Sénat, Chuck Schumer.

Sous les yeux de journalistes et de caméras de télévision, ils ont argumenté au sujet des 5 milliards $ d’argent public demandés par M. Trump pour construire son fameux mur à la frontière sud, et pour lesquels le président est prêt à paralyser le gouvernement américain.

« Je suis fier de fermer le gouvernement pour la sécurité des frontières, Chuck, parce que la population de ce pays ne veut pas voir de criminels, de gens qui ont beaucoup de problèmes et des drogues affluer dans notre pays, a déclaré M. Trump. Je vais me charger de paralyser (le gouvernement), et je vais le faire pour la sécurité frontalière. »

La nouvelle année apportera une nouvelle réalité à Washington, réalité que, selon certains, M. Trump commence tout juste à saisir : celle d’une majorité démocrate combative et provocatrice à la Chambre des représentants, qui sera réticente à donner à la Maison-Blanche des victoires politiques.

« Ce nouveau Congrès sera différent du Congrès que nous avons maintenant », a promis Mme Pelosi lors d’une conférence de presse à l’issue de leur réunion du 11 décembre.

Si la rencontre au bureau ovale est une indication, il sera difficile de trouver des terrains d’entente.

L’année 2019 tournera aussi sans doute autour de la Russie, des liens entre Vladimir Poutine et Donald Trump et sa campagne, de Michael Cohen, de Paul Manafort et du procureur spécial Robert Mueller, ainsi que des efforts que ce dernier déploie actuellement pour explorer leurs innombrables liens et savoir si, finalement, les Américains ont été dupés en élisant leur président.

Selon le résultat de cette enquête, on entendra peut-être aussi parler de destitution.

« M. Mueller est tout simplement le facteur X », a déclaré Steve Kornacki, journaliste politique national pour NBC News et auteur du livre The Red and the Blue: the 1990s and the Birth of Political Tribalism, qui explore le gouffre séparant les Américains des deux côtés de la division républicain-démocrate, qui se creuse depuis 25 ans.

« Il y a cette énergie du côté démocrate pour destituer (Donald) Trump (...). Presque inévitablement, peu importe ce que M. Mueller signalera, cela ne fera que pousser cette base démocrate à faire pression pour que la Chambre agisse. »

La destitution, un « mot interdit »

Depuis 1998, la destitution est considérée comme un « mot interdit » à Washington. À l’époque, les républicains, énergisés par leur propre pouvoir au Congrès et poussés par les ambitions politiques de Newt Gingrich, alors président de la Chambre, avaient poussé Bill Clinton dans le processus de destitution à la suite d’accusations de parjure et d’entrave à la justice liées à des allégations d’inconduite sexuelle.

M. Gingrich était convaincu que cette manœuvre allait donner aux républicains 30 ou 40 sièges supplémentaires aux élections de mi-mandat de la même année. Mais le vent a tourné de manière spectaculaire, et le Parti républicain a perdu cinq sièges, forçant finalement M. Gingrich à renoncer à ses fonctions de président de la Chambre avant la fin de l’année.

Et qui retrouvait-on parmi les observateurs de cette implosion ? Les nouveaux ennemis politiques de Donald Trump, Nancy Pelosi et Chuck Schumer.

M. Schumer est devenu sénateur en 1998 en ayant le dessus sur un républicain présent depuis trois mandats dans l’État de New York, après que la débâcle du plan de destitution de Bill Clinton eut enflammé la base démocrate. Mme Pelosi était alors au milieu d’une longue carrière de représentante à la Chambre pour son district californien et elle a pu observer l’effondrement de M. Gingrich.

« Ce fut une expérience formatrice pour eux, et c’est évidemment la raison pour laquelle ils souhaitaient tous les deux empêcher leur parti de parler de destitution au cours de la campagne électorale (de mi-mandat) cette année, parce qu’ils craignaient que cela n’enflamme les républicains et que cela nuise aux chances des démocrates », explique M. Kornacki. « Je suis très curieux de voir jusqu’où ira cet instinct lorsque nous commencerons à obtenir quelque chose de plus définitif de la part de M. Mueller. »

La perspective des élections à venir en 2020 fera également augmenter les enjeux. Certains affirment qu’il y aurait plus d’une vingtaine de démocrates aspirant à la présidence. Une course à l’investiture grande ouverte pourrait toutefois pousser les démocrates à faire fi des leçons du passé et à donner l’assaut contre Donald Trump.

« S’ils décident d’aller de l’avant, ce sera l’histoire marquante des années 2019 et 2020 », estime M. Kornacki.

Les démocrates ont remporté 39 sièges aux élections de mi-mandat cette année, et cette « vague bleue » a considérablement réduit le nombre de républicains qui n’étaient pas nécessairement de grands partisans de Donald Trump. D’une certaine façon, cette purge a donné au président un rempart contre le risque d’une révolte bipartite : les républicains qui restent lui sont plus farouchement fidèles.

Le président Trump, quant à lui, semble croire qu’il a tout le soutien dont il a besoin.

« Il est difficile de destituer quelqu’un qui n’a rien fait de mal et qui a créé la plus grande économie de l’histoire de notre pays », a-t-il déclaré à l’agence Reuters lors d’une récente entrevue.

« Je ne suis pas inquiet, non. Je pense que le peuple se révolterait si cela se produisait. »