Une éventuelle contestation judiciaire des résultats pourrait encore semer le chaos dans le pays, ont prévenu des observateurs.

La République démocratique du Congo prête au transfert des pouvoirs, malgré les contestations

KINSHASA, République démocratique du Congo — La République démocratique du Congo (RDC) semblait prête à réaliser son premier transfert de pouvoir pacifique avec la victoire surprise du candidat de l'opposition Félix Tshisekedi, même si plusieurs observateurs estiment qu'un autre leader de l'opposition a en fait obtenu plus de voix.

En l'absence de manifestations majeures dans la capitale et étant donné les violences restreintes ailleurs dans ce vaste pays d'Afrique centrale, jeudi, la population semblait privilégier la stabilité avec l'acceptation de la victoire de M. Tshisekedi et la fin du régime long et mouvementé du président Joseph Kabila.

Mais une éventuelle contestation judiciaire des résultats pourrait encore semer le chaos dans le pays, ont prévenu des observateurs.

La puissante Église catholique du Congo a contesté jeudi la victoire surprise de M. Tshisekedi lors de l'élection présidentielle, affirmant que les résultats officiels ne correspondaient pas aux résultats compilés par ses 40 000 observateurs déployés dans tous les bureaux de vote du pays.

L'Église a refusé d'identifier celui qui, selon elle, a clairement remporté le vote, mais des diplomates informés de ses conclusions ont déclaré que le candidat de l'opposition Martin Fayulu l'avait facilement emporté et que d'autres missions d'observation électorale avaient obtenu des résultats similaires.

M. Fayulu allègue que le président sortant, Joseph Kabila, s'est secrètement entendu avec M. Tshisekedi, un néophyte de la politique, pour contrecarrer les efforts de lutte contre la corruption dans ce pays aux immenses richesses minérales.

M. Tshisekedi, fils encore méconnu d'Étienne Tshisekedi, un leader historique de l'opposition aujourd'hui décédé, a réussi ce que son père a tenté d'obtenir pendant des décennies.

M. Tshisekedi, qui a recueilli 38 pour cent des suffrages selon les résultats de la commission électorale, a surpris le Congo l'année dernière en rompant avec le candidat unifié de l'opposition, M. Fayulu, pour se présenter seul.

M. Fayulu, un ancien dirigeant d'Exxon devenu député, a obtenu 34 pour cent des voix selon les résultats officiels.

Militant anticorruption acharné - le Congo s'est classé 161e sur 180 pays dans le dernier indice de Transparency International -, M. Fayulu a dénoncé les résultats du vote officiel comme étant «truqués». Il a appelé les gens à «se soulever comme un seul homme pour protéger la victoire».

Les partisans de M. Tshisekedi, du groupe d'opposition le plus important de la RDC, ont célébré sa victoire. On rapporte toutefois des incidents violents dans la ville de Kikwit, où trois manifestants auraient été tués et 17 policiers blessés.

Des contestations?

On ne sait pas encore si M. Fayulu contestera les résultats des élections devant les tribunaux. Les candidats disposent de deux jours après l'annonce pour s'opposer aux résultats et la Cour constitutionnelle a sept jours pour les examiner avant que les résultats ne soient définitifs.

Les déclarations prudentes de la communauté internationale ne félicitaient pas M. Tshisekedi, se contentant de prendre note des résultats officiels et appelant à la paix et à la stabilité dans un pays où cela reste rare. Les observateurs semblaient surveiller la réaction des partisans de M. Fayulu.

Deux diplomates ont indiqué que toutes les grandes missions d'observation, y compris celles de l'Union africaine et de la Communauté de développement de l'Afrique australe, donnaient la victoire à M. Fayulu. Les diplomates ont parlé sous condition d'anonymat parce qu'ils n'étaient pas autorisés à s'adresser à la presse.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a mis en doute les résultats officiels, affirmant qu'ils ne correspondaient pas aux conclusions des observateurs catholiques. Son homologue belge, Didier Reynders, a prévenu que son pays envisageait de communiquer ses préoccupations au Conseil de sécurité des Nations unies.

Les résultats longuement attendus ont été annoncés près de deux semaines après le vote du 30 décembre.