Les autorités chinoises ont expulsé lors du premier semestre 2020 un nombre record de 17 journalistes étrangers en annulant leur carte de presse, selon le FCCC.
Les autorités chinoises ont expulsé lors du premier semestre 2020 un nombre record de 17 journalistes étrangers en annulant leur carte de presse, selon le FCCC.

La Chine gèle les nouvelles accréditations de médias américains

Agence France-Presse
PÉKIN — La Chine a suspendu le renouvellement des accréditations de plusieurs reporters étrangers employés par des médias américains, sur fond de vives tensions Pékin-Washington, a déploré lundi le Club des correspondants étrangers en Chine (FCCC).

L’administration Trump a déclenché les hostilités en 2020 contre les médias chinois présents aux États-Unis, au nom de la lutte contre les restrictions rencontrées par la presse étrangère en Chine.

Une politique américaine qui a provoqué des mesures de rétorsion de la part de Pékin. Les deux puissances ont notamment expulsé à tour de rôle ces derniers mois un certain nombre de reporters de l’autre pays.

Principal point de friction désormais: Washington n’attribue plus que des visas de 90 jours aux journalistes chinois présents sur le sol américain.

«Ils ont très tôt déposé auprès des autorités américaines leurs demandes de prolongation», a indiqué lundi lors d’une conférence de presse régulière Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

«Mais les États-Unis n’ont pour l’instant prolongé les visas d’aucun d’entre eux», a-t-il déploré, accusant Washington de faire de ces journalistes les «otages» d’une «politique de pression».

En représailles, au moins cinq correspondants étrangers de quatre médias américains (dont le quotidien Wall Street Journal, la télévision CNN et l’agence Bloomberg) n’ont pas pu renouveler leur carte de presse, a indiqué le FCCC.

Ce document est indispensable pour exercer sur le sol chinois.

Les reporters concernés, pas nécessairement de nationalité américaine, ont reçu à la place des lettres officielles faisant office de cartes de presse, a précisé le FCCC.

Ces documents les autorisent à continuer de vivre et travailler en Chine, mais «peuvent être révoqués à tout moment» ce qui expose les journalistes à «une menace constante d’expulsion», déplore l’organisation.

«Toutes les options sont sur la table», a mis en garde le porte-parole Zhao Lijian.

«Si les États-Unis persistent dans leur politique, […] la Chine sera contrainte de prendre des mesures nécessaires et appropriées», a-t-il déclaré, sous-entendant de possibles expulsions de journalistes américains.

Les autorités chinoises ont expulsé lors du premier semestre 2020 un nombre record de 17 journalistes étrangers en annulant leur carte de presse, selon le FCCC.

Washington avait imposé en mars une forte réduction du nombre de Chinois autorisés à travailler pour les médias d’État de leur pays aux États-Unis. Depuis, 60 journalistes chinois ont été contraints de plier bagage, selon Pékin.

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CRAIGNANT L’ARRESTATION, DEUX JOURNALISTES AUSTRALIENS QUITTENT LA CHINE

Dans cette image tirée d'une vidéo, Michael Smith, correspondant à Shanghai de l’<em>Australian Financial Review</em>, s'adresse aux médias à son arrivée à Sydney, en Australie, mardi matin. Lui et le correspondant de l'Australian Broadcasting Corporation, Bill Birtles, se sont réfugiés durant plusieurs jours dans des locaux diplomatiques de leur pays, avant de quitter la Chine dimanche soir accompagnés de diplomates australiens.

Deux journalistes australiens ont quitté la Chine dans la nuit de lundi à mardi, craignant d’être arrêtés, ont annoncé mardi leurs employeurs.

Bill Birtles, correspondant à Pékin de l’Australian Broadcasting Corporation (ABC), et Michael Smith, correspondant à Shanghai de l’Australian Financial Review (AFR), se sont réfugiés durant plusieurs jours dans des locaux diplomatiques de leur pays, avant de quitter la Chine dimanche soir accompagnés de diplomates australiens. Ils sont arrivés à Sydney mardi matin, selon l’ABC.

Ces départs précipités surviennent après l’arrestation, le mois dernier pour un motif indéterminé, d’une journaliste économique australienne travaillant pour la chaîne étatique chinoise en anglais CGTN, Cheng Lei. Cette arrestation a fortement tendu les relations entre Pékin et Canberra.

Selon l’ABC, le correspondant de la chaîne Bill Birtles s’est vu conseiller la semaine dernière de quitter le pays par le ministère australien des Affaires étrangères. Mais peu avant son retour en Australie, prévu jeudi dernier, sept policiers chinois se sont rendus à son domicile au milieu de la nuit et lui ont fait savoir qu’il allait être interrogé pour une «affaire de sécurité nationale» et qu’il n’avait donc pas le droit de quitter le pays. À la suite de quoi, le journaliste s’est réfugié dans son ambassade à Pékin.

Par la suite, M. Birtles a été interrogé par la police chinoise, en présence de deux diplomates australiens, et a été autorisé à quitter le pays.

Michael Smith a également reçu la visite de la police à son domicile la même nuit, a indiqué l’AFR, selon qui les pressions contre les deux journalistes ont un lien avec l’arrestation de leur consœur Cheng Lei le mois dernier.

Relations dégradées

Les relations entre l’Australie et la Chine se sont fortement dégradées depuis deux ans. Canberra avait alors décidé d’agir contre ce qui était considéré comme une ingérence croissante de Pékin dans les affaires de l’Australie.

Canberra a également provoqué la fureur de Pékin, il y a quelques mois, pour ses demandes d’enquête sur les origines de la pandémie de COVID-19, découvert pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan. Depuis, la Chine a pris des mesures pour réduire les importations australiennes et a encouragé ses étudiants et touristes à éviter l’Australie.  AFP