Les exportations américaines de soja vers la Chine ont représenté plus de 12 milliards en 2017. La Chine achète 61 % des exportations de soja totales américaines et plus de 30 % de la production américaine.

La Chine frappe le coeur de l’économie américaine

WASHINGTON — Les représailles commerciales chinoises sur l’aéronautique, le soja et l’automobile touchent le cœur de l’économie des États-Unis où des voix s’élèvent pour dénoncer l’escalade des tensions qui affecteront consommateurs et entreprises américaines.

En réponse à la publication, mardi, par l’administration Trump d’une liste provisoire de produits importés de Chine susceptibles d’être soumise à de nouveaux droits de douane, Pékin a répliqué avec sa propre liste visant des importations du même montant annuel : 50 milliards de dollars.

Le géant asiatique a décidé de cibler cette fois des secteurs ou produits clés, qui pèsent le plus lourd dans les 130,4 milliards de dollars d’exportations américaines vers la Chine, en particulier le soja, l’automobile et l’aéronautique.

«Les représailles annoncées par la Chine vont affecter le commerce, les entreprises et les consommateurs», a résumé Gary Shapiro, président de l’Association des consommateurs du secteur technologique (CTA), soulignant que dans ce «combat d’éléphants», tout le monde allait être perdant.

L’association américaine des producteurs de soja (ASA) a immédiatement exprimé «son extrême frustration face à l’escalade de la guerre commerciale avec le plus grand client de soja américain» et exhorté «la Maison-Blanche à reconsidérer les tarifs qui ont conduit à ces représailles».

«Interdépendance» 

Les exportations américaines de soja vers la Chine ont représenté plus de 12 milliards en 2017. La Chine achète 61 % des exportations de soja totales américaines et plus de 30 % de la production américaine, a souligné l’ASA.

Le ministre américain au Commerce Wilbur Ross a néanmoins tenté de minimiser l’impact des mesures de rétorsion chinoises sur l’économie américaine. «Remettons-les en perspective», a-t-il déclaré sur CNBC. «Ces 50 milliards (...) représentent 3/10 de pourcentage de notre PIB», a-t-il dit.

Il a aussi renvoyé vers le tweet du président américain Donald Trump soulignant qu’avec plus de 500 milliards d’importations chinoises, la guerre commerciale avec la Chine était de toute façon perdue depuis longtemps. «Avec le vol de la propriété intellectuelle, ce sont 300 milliards de dollars supplémentaires. Cela ne peut plus durer!» a lancé Donald Trump.

Dans le secteur automobile où certains constructeurs, à l’instar de Tesla, ne disposent pas d’usine en Chine, les craintes sont palpables.

«Nous soutenons une relation commerciale positive entre les États-Unis et la Chine et exhortons les deux pays à continuer à engager un dialogue constructif», a déclaré le premier constructeur automobile américain General Motors, soulignant «l’interdépendance entre les deux plus grands marchés automobiles du monde». GM a vendu en février plus de véhicules en Chine qu’il ne l’a fait aux États-Unis.

Le conseil économique sino-américain rappelle dans une note que les exportations vers la Chine sont «vitales pour la croissance économique américaine».

La plupart des États américains ont vu leurs exportations vers le géant asiatique s’accroître fortement depuis 2006, selon les données de cet organisme regroupant des entreprises ayant des activités économiques avec la Chine.

Une trentaine d’entre eux (sur 50) ont vu leurs exportations de biens vers la Chine plus que doubler en dix ans. Quatre États ont même enregistré une hausse de 500 % de leurs exportations : l’Alabama, le Montana, le North Dakota et la Caroline du Sud.

«Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que cela ne pénalise pas l’agriculture aux États-Unis en général, et pour l’Iowa en particulier», a déclaré à des journalistes le républicain Chuck Grassley, sénateur de cet État agricole et personnage incontournable du Congrès. Il avait déjà mis en garde les semaines précédentes contre une guerre commerciale avec la Chine.

«Ne pas surréagir» 

«Imposer des taxes sur des produits utilisés chaque jour par les consommateurs américains et les créateurs d’emplois n’est pas la meilleure manière» de restaurer une relation commerciale équitable avec la Chine, a réagi de son côté Myron Brilliant, un responsable de l’US Chamber of Commerce, principale fédération patronale américaine.

Ces nouveaux développements ont d’abord fait plonger Wall Street à l’ouverture. Mais la Bourse de New York a finalement clôturé en hausse, rassurée par les propos du nouveau conseiller économique de Donald Trump, Larry Kudlow.

«Je comprends l’anxiété des marchés, mais il ne faut pas surréagir», a-t-il déclaré sur Fox News. «Je pense qu’à la fin du processus (...) il y aura un pot d’or. Et si on ouvre ce pot, on trouvera plus de croissance économique, plus d’échanges commerciaux et une hausse des salaires des deux côtés», a-t-il affirmé.

Dans d’autres déclarations à la presse, Larry Kudlow a par ailleurs estimé que la probabilité que les taxes américaines sur la Chine puissent in fine ne pas être appliquées à l’issue du processus de négociation, «n’est pas nulle».

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FREELAND: «L'ORDRE ÉCONOMIQUE MONDIAL MENACÉ»

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, craint que l’ordre économique mondial mis en place après la Deuxième Guerre ne soit sérieusement en péril.

OTTAWA — Alors que plane la menace d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, la ministre canadienne des Affaires étrangères craint que l’ordre économique mondial mis en place après la Deuxième Guerre ne soit sérieusement en péril.

Alors qu’elle participait à un panel à Winnipeg, mercredi, Chrystia Freeland a estimé que cet ordre économique mondial, que le Canada a contribué à établir, subit actuellement sa plus grande menace depuis près de 75 ans.

La ministre Freeland a d’ailleurs indiqué qu’elle sera à Washington jeudi pour rencontrer le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer, dans le cadre de la négociation pour un nouvel Accord de libre-échange nord-américain.

L’administration de Donald Trump souhaite conclure une entente de principe au cours des prochaines semaines, tout en brandissant face à Pékin le spectre de tarifs douaniers punitifs sur une multitude de produits. Les États-Unis menacent d’imposer des tarifs à 106 importations chinoises. Pékin a réagi mercredi en publiant une liste de biens américains, évalués à 50 milliards $ US, qui pourraient être visés par des tarifs douaniers.

Le président Trump a ensuite lancé sur Twitter, mercredi matin, que «la guerre commerciale avec la Chine a été perdue il y a plusieurs années par les gens idiots ou incompétents qui représentaient les États-Unis».

Les places boursières de la planète réagissaient déjà très mal, mercredi, à ces menaces verbales.

Mme Freeland soutient que ces altercations sino-américaines menacent un ordre économique qui a établi les bases de sociétés prospères et en paix après la Deuxième Guerre mondiale.  La Presse canadienne

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LES TARIFS CHINOIS SUR LES FÈVES DE SOYA AMÉRICAINES POURRAIENT NUIRE AU MARCHÉ

Le Canada a vendu à la Chine, l’an dernier, près de cinq millions de tonnes de fèves de soya, un volume évalué à environ 2,7 milliards $.

Les nouveaux tarifs que veut imposer la Chine aux produits américains perturberont le marché mondial et forceront les Canadiens à défendre leurs marchés contre une nouvelle concurrence américaine, ont estimé mercredi des producteurs de fèves de soya et de viande.

La Chine a publié mercredi une liste de biens américains, évalués à 50 milliards $ US, qui pourraient être visés par des tarifs. Ces nouveaux droits sur des produits comme les fèves de soya, le whisky, le boeuf, les produits chimiques industriels et les petits avions seraient une mesure de représailles contre les États-Unis, qui ont précédemment indiqué leur intention d’imposer des tarifs à 106 importations chinoises.

Des tarifs avaient déjà été annoncés lundi pour 128 produits, incluant les fruits, les noix, le porc, le ginseng, le vin, les tuyaux d’acier et les retailles d’aluminium - pour réagir aux tarifs américains évalués à 3 milliards $ US sur les importations d’acier et d’aluminium.

Selon le directeur général de Soy Canada, Ron Davidson, les tarifs de 25 % sur les biens américains pourraient créer des occasions d’affaires pour les exportateurs canadiens, mais ils pourraient aussi forcer le Canada à défendre ses ventes auprès de 69 autres pays.

«Nous avons ici affaire à une instabilité considérable sur le marché mondial, alors que nous tentons de départager où les fèves de tous les participants vont aller», a-t-il affirmé lors d’un entretien.

M. Davidson a souligné que des exportateurs canadiens comme Richardson International, Cargill et Viterra ne voudraient pas miner leurs relations à long terme avec les marchés mondiaux simplement pour réaliser plus de ventes en Chine.

La Chine est un important importateur et utilise les fèves de soya comme nourriture pour sa production de bétail.

Le Canada a vendu à la Chine, l’an dernier, près de cinq millions de tonnes de fèves de soya, un volume évalué à environ 2,7 milliards $.

C’est le plus grand marché d’exportation du pays, mais le Canada reste un petit joueur par rapport aux leaders mondiaux comme le Brésil, les États-Unis et l’Argentine.

Le Brésil a fourni environ la moitié des 100 millions de tonnes de fèves de soya importées par la Chine l’an dernier. Les États-Unis en ont livré environ 33 millions de tonnes.

Marché viable pour la viande

Le groupe représentant les producteurs canadiens de boeuf et de porc dit entrevoir de grandes occasions en Chine et en Asie, mais affirme qu’une baisse des exportations américaines vers la Chine ferait grimper la concurrence en raison de l’apparition de ces exportations sur d’autres marchés.

«Les tarifs modifient certainement un peu le paysage, mais la Chine reste un marché très viable pour les exportations canadiennes», a expliqué Marcus Mattinson, un porte-parole du Conseil des viandes du Canada.

Les exportations de viande rouge canadienne vers la Chine ont grimpé à 835 millions $ en 2016, alors qu’elles n’étaient que de 334 millions $ en 2010.

Ce pays représente environ 13 % des exportations canadiennes totales.

Un projet pilote annoncé en décembre qui permettrait à la Chine d’accepter le boeuf et le porc canadiens réfrigérés représente une autre occasion d’affaires pour les producteurs canadiens, a-t-il ajouté.

De plus, le nouvel accord de Partenariat transpacifique pourrait faciliter une pénétration améliorée du marché dans les pays du pourtour du Pacifique.

M. Mattison a expliqué que les producteurs de viande surveillaient la dispute commerciale entre les deux plus grandes économies du monde.

«Mais nous allons continuer à travailler avec le gouvernement et nos partenaires pour nous assurer que la chaîne d’approvisionnement de viande du Canada continue à profiter du commerce international.»

Entre-temps, M. Davidson estime que remplacer les fèves de soya américaines sera difficile et souligne que le Canada n’a pas de tel volume excédentaire, même si la légumineuse est la culture de plein champ qui connaît la plus forte croissance au pays.

Les producteurs américains qui voudront rediriger leurs exportations chinoises vers d’autres pays pourraient vendre plus de fèves de soya au Canada et à d’autres pays, ce qui perturberait les produits canadiens.

Une situation similaire s’est produite en 2014, lorsque les ventes de porc canadien au Canada et au Japon ont été perturbées par les importations européennes après que la Russie eut interdit certaines importations en provenance d’Europe, des États-Unis et du Canada, a rappelé M. Davidson.

«C’est le genre de chose qui se produit lorsqu’un marché est dérangé.»

L’analyste Greg Colman, de la Financière Banque Nationale, a estimé que les tarifs sur les biens américains pourraient faire croître la demande agricole des autres pays.

«L’issue probable pour les agriculteurs canadiens est modérément positive, puisque les tarifs de 25 % augmenteront la compétitivité des fermes dans le reste du monde», a-t-il écrit dans un rapport.