Cette image tirée d’une vidéo de l’AFP montre le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, alors qu’il est conduit par la police à la Cour des magistrats de Westminster, jeudi.

Julian Assange arrêté par la police britannique dans l’ambassade d’Équateur

LONDRES — La police britannique a arrêté jeudi le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, à l’ambassade de l’Équateur à Londres, après que la nation sud-américaine eut décidé de révoquer l’asile politique qui le protégeait depuis près de sept ans.

La police de Londres a déclaré qu’elle avait été invitée à se rendre à l’ambassade par l’ambassadeur de l’Équateur. M. Assange s’est réfugié à l’ambassade en 2012 après avoir été libéré sous caution alors qu’il risquait d’être extradé vers la Suède pour des allégations d’agression sexuelle, abandonnées depuis.

M. Assange est sous surveillance du département américain de la Justice depuis des années pour le rôle de Wikileaks dans la publication de milliers de secrets du gouvernement. Il a également joué un rôle important dans l’enquête menée par l’avocat spécial Robert Mueller sur la Russie, alors que les enquêteurs ont examiné comment WikiLeaks a pu obtenir des courriels volés à la campagne présidentielle d’Hillary Clinton et à des groupes démocrates.

Le département de la Justice a accusé Julian Assange d’avoir comploté avec l’ancienne analyste du renseignement Chelsea Manning pour pirater un ordinateur du gouvernement contenant des informations classifiées.

Son avocat a déjà déclaré que M. Assange prévoyait se battre contre toute accusation déposée contre lui par les États-Unis.

M. Assange a ensuite comparu devant la Cour des magistrats de Westminster, où le juge Michael Snow l’a rapidement reconnu coupable d’avoir contrevenu aux conditions de sa remise en liberté, balayant du revers de la main les allégations de M. Assange de ne pas avoir eu droit à une audience juste et d’avoir eu une bonne raison pour ne pas comparaître.

«Le comportement de M. Assange est celui d’un individu narcissique qui est incapable d’aller au-delà de ses propres intérêts égoïstes, a dit le juge. Il n’est même pas proche de démontrer une “excuse raisonnable”.»

M. Assange a salué la salle d’audience bondée avant d’être emmené en cellule. Il comparaîtra par visioconférence le 2 mai, relativement à la demande d’extradition.

«Discourtois et agressif»

Le président de l’Équateur, Lenin Moreno, a déclaré que son gouvernement avait pris une «décision souveraine» de révoquer l’asile politique de Julian Assange en raison de «violations répétées des conventions internationales et de la vie quotidienne».

«Aujourd’hui, j’annonce que le comportement discourtois et agressif de M. Julian Assange, les déclarations hostiles et menaçantes de son organisation alliée, contre l’Équateur, et en particulier la violation de traités internationaux, ont fait en sorte que l’asile de M. Assange est insoutenable et n’est plus viable», a déclaré M. Moreno dans une vidéo publiée sur Twitter.

La vidéo mise en ligne par Ruptly, un service de presse de Russia Today, montrait plusieurs hommes en complet menant M. Assange hors du bâtiment de l’ambassade et le faisant monter dans un fourgon de police, tandis que des policiers britanniques en uniforme formaient un passage. M. Assange arborait une barbe généreuse et des cheveux gris lisses.

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GRANDES DATES

LONDRES - Les grandes dates de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, arrêté jeudi par la police britannique dans l’ambassade d’Équateur.

- 3 juillet 1971: naissance à Townsville (Australie).

- Années 90: devient programmeur et développeur de logiciels libres, se découvre un talent de pirate informatique.

- 2006: crée WikiLeaks, site spécialisé dans la révélation de documents secrets, avec, dit-il, «une dizaine de personnes venant du milieu des droits de l’Homme, des médias et de la haute technologie».

- 2010: A partir de juillet, WikiLeaks publie des secrets militaires et des documents diplomatiques américains. Assange devient un paria aux États-Unis. En novembre, la Suède lance un mandat d’arrêt européen à son encontre dans le cadre d’une enquête pour viol et agression sexuelle présumés de deux Suédoises. Il nie les faits.

- 2012: pour échapper à une extradition de Grande-Bretagne, il trouve refuge dans l’ambassade d’Équateur à Londres.

- 2016: WikiLeaks publie 20.000 courriels piratés du parti démocrate, dont certains très préjudiciables à la campagne d’Hillary Clinton.

- 19 mai 2017: la justice suédoise classe l’affaire de viol présumé.

- 12 décembre 2017: il est naturalisé équatorien.

- octobre 2018 : Quito, avec qui les relations se sont tendues, lui impose des règles concernant notamment ses visites et ses communications, leur non-respect impliquant un retrait de l’asile. Le 2 avril 2019, le chef de l’État équatorien affirme qu’Assange a «réitéré ses violations» de l’accord.

- 11 avril 2019: Assange est arrêté dans l’ambassade par la police britannique, après que l’Équateur lui a retiré l’asile diplomatique.

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Julian Assange sur un balcon de l’ambassade d’Équateur à Londres, en mai 2017

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LE FONDATEUR DE WIKILEAKS DANS LA MIRE DE WASHINGTON

WASHINGTON — Les États-Unis veulent juger le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qu’ils considèrent comme une menace pour leur sécurité depuis qu’il s’est engagé, il y a dix ans, à exposer au grand jour leurs secrets militaires, diplomatiques et politiques.

La justice américaine avance toutefois avec prudence pour éviter de se voir reprocher d’enfreindre la liberté de la presse.

L’Australien de 47 ans a été arrêté jeudi à l’ambassade d’Équateur à Londres à la suite d’une demande d’extradition formulée par les États-Unis.

Il s’y était réfugié en 2012, en partie pour fuir la justice américaine après la publication par WikiLeaks de 250 000 câbles diplomatiques et d’environ 500 000 documents confidentiels portant sur les activités de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan.

«J’adore WikiLeaks»

En 2016, en pleine campagne présidentielle aux États-Unis, WikiLeaks avait changé de cible et publié des milliers de courriels volés dans le camp démocrate et qui s’étaient avérés très embarrassants pour la candidate Hillary Clinton.

«WikiLeaks — J’adore WikiLeaks», avait alors lancé son rival républicain Donald Trump. Une fois élu, il avait précisé ne pas avoir été de mèche avec l’activiste. «Je suis juste un grand fan» de Julian Assange, avait-il tweeté en janvier 2017.

Jeudi, le président américain s’est fait plus discret. «Je ne sais rien de WikiLeaks, ce n’est pas mon affaire», a-t-il lancé à la presse, en renvoyant les questions sur le ministère de la Justice. 

Entre-temps, les services de renseignements américains ont établi que les courriels démocrates avaient été piratés par des pirates russes dans le cadre d’une campagne de Moscou pour peser sur l’élection américaine.

De plus, WikiLeaks a publié en 2017 des documents compromettants pour l’agence centrale de renseignement américaine, la CIA. Furieux, son chef Mike Pompeo [devenu depuis secrétaire d’État] avait qualifié l’organisation de «service de renseignement non étatique hostile».