L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley lève la main pour s'opposer à une résolution de l’ONU condamnant la reconnaissance unilatérale de Jérusalem par les États-Unis comme capitale d’Israël.

Jérusalem: Washington totalement isolé à l’ONU

NEW YORK — Les États-Unis ont mis lundi leur veto à une résolution de l’ONU condamnant leur reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël, dont l’approbation par leurs quatorze partenaires au Conseil de sécurité représente un camouflet pour Washington.

Le vote unanime de quatorze des quinze membres du Conseil de sécurité, dont la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni — les deux plus proches alliés européens des États-Unis —, a été vivement dénoncé par l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley.

C’«est une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas», a lancé la diplomate, le regard noir.

Nikki Haley n’a pas précisé si les États-Unis pourraient prendre des mesures de rétorsion contre les pays ayant voté le texte ou accentuer leur volonté de moins participer au financement de l’ONU dont ils sont les premiers contributeurs.


C’est une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas
L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley

Présenté par l’Égypte, qui a dénoncé les «graves répercussions» de la décision américaine, le texte réclamait que la décision annoncée il y a une dizaine de jours par le président républicain Donald Trump soit révoquée. La reconnaissance a déclenché la colère des Palestiniens, des manifestations dans le monde musulman et une réprobation quasi unanime de la communauté internationale.

Le statut de Jérusalem «doit être résolu par la négociation», soulignait le texte, évoquant de «profonds regrets concernant les récentes décisions sur Jérusalem», sans toutefois mentionner les États-Unis.

«Bougie»

Le veto américain a été salué par Israël. «Merci madame l’ambassadrice Haley» et «président Trump», «vous avez allumé une bougie de vérité», «dissipé les ténèbres», a réagi sur Twitter le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

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LES DÉVELOPPEMENTS DEPUIS LA DÉCISION DE TRUMP

Principaux développements depuis la décision de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël, qui a déclenché la colère des Palestiniens, des manifestations dans le monde musulman et une réprobation quasi unanime de la communauté internationale.

La décision du président américain a provoqué des manifestations et violences quotidiennes dans les Territoires palestiniens qui se sont soldées par la mort de huit Palestiniens.

Onde de choc 

Le 6 décembre, le président américain affirme que «les vieux défis nécessitent une nouvelle approche». «Il est temps d’officiellement reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël», déclare-t-il, passant outre aux mises en garde venues de toutes parts et marquant une rupture avec ses prédécesseurs. Il ordonne de préparer le transfert de l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem.

Le président palestinien Mahmoud Abbas juge que les États-Unis sapent «délibérément tous les efforts de paix» et abandonnent leur rôle historique de «sponsor du processus de paix». Le mouvement islamiste palestinien Hamas juge que l’annonce ouvre «les portes de l’enfer» pour les intérêts américains dans la région.

L’initiative américaine suscite une vague de réprobation dans le monde entier, à l’exception d’Israël, dont le premier ministre Benjamin Netanyahu salue un «jour historique».

Le 7 décembre, des Palestiniens affrontent des soldats israéliens et brûlent le portrait de Donald Trump. En Cisjordanie occupée, des confrontations opposent jeunes palestiniens et soldats israéliens. Une grève générale est largement suivie en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Le Hamas, qui gouverne la bande de Gaza, appelle à une nouvelle intifada.

Mahmoud Abbas et le roi Abdallah de Jordanie affirment que toute mesure modifiant le statu quo sur Jérusalem est «invalide».

«Colère»

Le 8 décembre, les Palestiniens sont appelés à un «jour de colère» à Jérusalem, en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza. Ils affrontent par milliers les soldats et policiers israéliens. Des heurts font deux morts et des dizaines de blessés.

Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans plusieurs pays arabes et musulmans.

À l’ONU, les ambassadeurs de France, Royaume-Uni, Italie, Suède et Allemagne affirment que cette décision «n’est pas conforme aux résolutions du Conseil de sécurité» et «ne favorise pas la perspective de paix». L’ambassadrice américaine Nikki Haley répète que M. Trump n’a «pas pris position sur les limites ou les frontières».

Le 9 décembre, deux membres du Hamas périssent dans des raids menés par l’aviation israélienne en riposte à des tirs de roquettes venus de la bande de Gaza.

Le Fatah du président Abbas appelle les Palestiniens à «poursuivre la confrontation et à l’élargir».

Réunis au Caire, les ministres arabes des Affaires étrangères estiment que les États-Unis se sont «retirés comme parrains et intermédiaires du processus de paix».

Le 10 décembre, le président turc Recep Tayyip Erdogan affirme que son pays «n’abandonnera pas Jérusalem à la merci d’un État terroriste qui tue des enfants». M. Netanyahu rétorque qu’il n’a «pas de leçon de moralité à recevoir d’un dirigeant (...) qui bombarde les Kurdes et aide des terroristes».

Jérusalem-Est 

Le 13 décembre, des leaders musulmans appellent le monde à reconnaître Jérusalem-Est comme capitale d’un État palestinien, à l’issue d’un sommet extraordinaire de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) à Istanbul.

Mahmoud Abbas affirme qu’il n’y aura «ni paix, ni stabilité» sans que la partie arabe occupée de la ville sainte ne soit reconnue comme capitale palestinienne.

À Ryad, le roi Salmane déclare que les Palestiniens ont le droit de faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

Le 15 décembre, quatre Palestiniens sont tués dans des heurts avec les forces israéliennes, lors d’une nouvelle journée de mobilisation.

Le 17 décembre, Recep Tayyip Erdogan espère que la Turquie ouvrira bientôt une ambassade à Jérusalem-Est en tant que capitale d’un État palestinien.