La mise en garde américaine intervient tout juste un an après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, auquel l’Iran pourrait «réagir» mercredi en annonçant des «mesures de réciprocité».

Iran: Washington envoie un porte-avions

WASHINGTON — Les États-Unis ont pour la première fois porté leur campagne de pression contre l’Iran sur le terrain militaire en dépêchant au Moyen-Orient un porte-avions en réponse à une «menace crédible» de la part de Téhéran, au risque d’alimenter une dangereuse escalade.

Cette mise en garde américaine intervient tout juste un an après le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, auquel l’Iran pourrait «réagir» mercredi en annonçant des «mesures de réciprocité», selon l’agence semi-officielle iranienne Isna.

L’annonce du déploiement du porte-avions USS Abraham Lincoln et d’une force de bombardiers est tombée dimanche soir par un communiqué de la Maison-Blanche.

Le conseiller à la sécurité nationale John Bolton y évoque de manière très vague une «réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade», avant d’adresser «un message clair et sans équivoque au régime iranien : nous répondrons de manière implacable à toute attaque contre les intérêts des États-Unis ou de nos alliés».

«Les États-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien, mais nous sommes totalement préparés à répondre à toute attaque, qu’elle soit menée par procuration, par les Gardiens de la Révolution», armée idéologique de la République islamique d’Iran, «ou par les forces régulières iraniennes», ajoute le conseiller du président Donald Trump.

Le ministre américain de la Défense par intérim Patrick Shanahan est allé lundi un peu plus loin en parlant d’un «redéploiement prudent» en «réponse à des indications d’une menace crédible de la part des forces du régime iranien».

Selon le site d’informations Axios, Israël — fervent défenseur d’une politique visant à isoler l’Iran — a transmis récemment à Washington des renseignements de ses services au sujet de possibles projets visant «une cible américaine dans le Golfe ou des alliés des États-Unis comme l’Arabie Saoudite ou les Émirats arabes unis».

Mark Dubowitz, du cercle de réflexion Foundation for Defense of Democracies, favorable à une ligne dure à l’égard de l’Iran, évoque lui «un pic d’informations» collectées par le renseignement sur «des projets d’attaques», par exemple contre les troupes américaines en Irak ou en Syrie.

«Guerre psychologique»

Interrogé par des journalistes, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a refusé d’entrer dans le détail, se bornant à assurer que tout était fait à chaque instant pour éviter des «attaques» et pour «avoir la bonne posture de sécurité».

D’autres observateurs émettent des doutes quant à la portée de la menace.

Si la guerre des mots s’est intensifiée ces dernières semaines, notamment depuis que l’administration Trump a inscrit les Gardiens de la Révolution sur sa liste noire des «organisations terroristes» et a renforcé ses sanctions pour couper les exportations de pétrole iranien, «je n’ai vu aucun élément concret sur une quelconque nouvelle menace crédible contre les forces américaines», dit Barbara Slavin, de l’Atlantic Council, un autre groupe de réflexion de Washington.

Certains soulignent en outre que le déploiement de l’USS Lincoln est en fait une manœuvre de routine, un argument repris par le gouvernement iranien qui assure avoir observé l’entrée en Méditerranée du porte-avions «il y a 21 jours». «La déclaration de Bolton fait un usage maladroit d’une ancienne nouvelle à des fins de guerre psychologique», a dénoncé le Conseil suprême de sécurité nationale iranien.

La démarche américaine semble essentiellement vouée à renforcer la campagne de «pression maximale» contre la République islamique, alors que l’administration Trump peine à rassembler la vaste «coalition mondiale» qu’elle appelle de ses vœux contre Téhéran.

Accord international

Donald Trump a en effet claqué la porte il y a tout juste un an, le 8 mai 2018, de l’accord international de 2015 censé empêcher l’Iran de fabriquer la bombe atomique, qu’il juge trop laxiste. Depuis, au grand dam de ses alliés européens qui restent très attachés à ce texte, le président des États-Unis n’a eu de cesse de renforcer ses sanctions contre le régime iranien.

Cette fois, la mise en garde américaine, bien que «purement rhétorique», «comporte en soi un risque dangereux d’escalade», d’autant qu’il n’y a aucun «canal de communication» entre Washington et Téhéran, prévient toutefois Barbara Slavin.

À tel point que certains se demandent s’il s’agit d’un geste inspiré par John Bolton, connu pour être un «faucon» partisan de la manière forte contre l’Iran. Sur le papier, les divergences sont d’ailleurs nombreuses entre ce conseiller va-t-en-guerre et le président républicain, qui répète à l’envi qu’il ne veut plus impliquer l’armée américaine dans de coûteux conflits à l’étranger.