Dans la matinée, une foule considérable, des proches venus chercher des nouvelles, des personnes venues manifester leur sympathie ou des curieux, s’est pressée près du bâtiment où s’est déroulé le drame.

Horreur au Liberia

MONROVIA — Un incendie peut-être provoqué par un défaut électrique a causé la mort d’au moins 26 jeunes élèves, dont «plusieurs Guinéens», d’une école coranique dans les faubourgs de la capitale libérienne, Monrovia, la pire catastrophe du genre survenue depuis des années dans ce petit pays pauvre d’Afrique de l’Ouest.

Les jeunes garçons ont été surpris par les flammes dans la nuit de mardi à mercredi dans le dortoir attenant à la mosquée et à l’école de Paynesville où, le jour, ils étudiaient le Coran, a indiqué le porte-parole de la police libérienne, Moses Carter.

Le sinistre s’est déclaré près de la seule porte d’accès à leur dortoir et «ils se sont retrouvés piégés», a-t-il dit au téléphone à l’AFP.

Le porte-parole du président George Weah, qui s’est rendu dans la matinée sur les lieux livrés à une grande confusion, a fait état de 28 morts : 26 jeunes âgés de 10 à 20 ans et deux enseignants. Le porte-parole de la police a, lui, parlé de 27 élèves tués et de deux enfants rescapés.

Dans la soirée, le président de la Guinée voisine, Alpha Condé, a fait part dans un communiqué de sa «vive émotion» après cet incendie «qui a coûté la vie à au moins 28 personnes, dont plusieurs Guinéens».

Sans préciser le nombre de victimes guinéennes, M. Condé a présenté ses «condoléances les plus attristées au peuple libérien, à la communauté guinéenne du Liberia et à la nation tout entière», disant suivre «de près l’évolution des enquêtes diligentées par le gouvernement libérien pour déterminer les origines du sinistre».

Le ministère guinéen des Affaires étrangères devrait tenir une conférence de presse «dans les prochaines heures», a-t-on appris à Conakry dans la soirée.

«Notre équipe enquête sur les causes de l’incendie», a dit le porte-parole de la police libérienne. «Il pourrait s’agir d’un problème électrique», a-t-il ajouté, tout en refusant d’exclure une origine criminelle tant que les enquêteurs n’auront pas rendu leurs conclusions.

«On dormait quand on a entendu du bruit dehors», a raconté un voisin, Zayzay Ballah. «J’ai pensé à des voleurs parce qu’on a déjà eu des voleurs armés ici. Quand ma femme a ouvert la porte de derrière, on a vu beaucoup de fumée». Ils sont allés chercher de l’eau pour tenter d’éteindre les flammes jusque tard dans la nuit.

Les enfants ont été surpris pendant leur sommeil, a dit à l’AFP Amadou Sherrif, un responsable de la communauté peule dans laquelle s’est produit le drame selon lui.

Pays éprouvé

Un autre témoin, Wilfried Kaine, raconte avoir demandé : «Est-ce que les enfants sont là-dedans? J’ai dit : “Oh, mon Dieu, allons sauver ces enfants. Ces gens sont en train de mourir là-dedans”. Quand nous sommes passés devant la porte de derrière, nous avons entendu [les enfants] crier, s’accrocher aux barreaux des fenêtres et dire : “Nous sommes en train de mourir, nous sommes en train de mourir”».

Dans la matinée, une foule considérable, des proches venus chercher des nouvelles, des personnes venues manifester leur sympathie ou des curieux, s’est pressée autour du bâtiment jaune et vert aux ouvertures noircies et à la toiture en tôle esquintée, a rapporté un correspondant de l’AFP.

Au même moment, les secours, la bouche couverte par un masque chirurgical, menaient la macabre opération d’extraction des corps des décombres dans de grands sacs, se frayant non sans peine un chemin à travers la foule pour hisser les dépouilles sur un camion.

Le président libérien s’est rendu sur place. «Nous sommes ici pour encourager les parents des victimes à avoir de la force parce que c’est douloureux de perdre des enfants de cette manière. Notre compassion va aux familles endeuillées», a déclaré George Weah à la presse. «Nous ne savons pas encore les causes de l’incendie, mais nous allons pousser nos enquêteurs à chercher comment il est survenu».

La police libérienne est familière des incendies meurtriers, causés par des générateurs défectueux par exemple, a dit son porte-parole, «mais pas de cette dimension». Les enfants ont été inhumés sans attendre, selon la tradition musulmane, lors d’une cérémonie collective.

La très grande majorité des Libériens sont chrétiens, mais la population d’environ 4,5 millions compte une part notable de musulmans.

Le Liberia, l’un des pays les moins développés au monde, a été durement éprouvé dans son histoire récente par les guerres civiles, mais aussi le virus Ebola.