Le mouvement de contestation des «gilets jaunes» secoue la France depuis un mois.

«Gilets jaunes»: semaine décisive pour sortir la France de la crise

PARIS — Pour convaincre les derniers «gilets jaunes» encore mobilisés sur les routes de France d'arrêter leur mouvement, le gouvernement français a engagé lundi une course contre la montre pour appliquer les mesures sociales promises par le président Emmanuel Macron pour mettre fin à la colère.

Focalisé sur cette crise sans précédent, le président Emmanuel Macron a annulé son déplacement prévu à Biarritz (sud-ouest) pour le lancement de la présidence française du G7 afin de se pencher sur l'organisation de la «grande concertation nationale», proposée par le président pour rapprocher les Français des prises de décisions politiques.

C'est une «priorisation normale de mon agenda», a déclaré M. Macron. Il réunira mardi à l'Élysée ses ministres et des acteurs économiques pour organiser «le débat public national que je souhaite finaliser et clarifier dans ses règles d'ici à mercredi», a-t-il ajouté.

Lancée sur deux mois et demi, cette consultation doit s'appuyer fortement sur les maires et aborder quatre grands thèmes (transition écologique, fiscalité, organisation de l'État, démocratie et citoyenneté, où a été ajoutée l'immigration).

Un débat dans lequel sera discutée l'une des revendications principales des «gilets jaunes» : l'instauration d'un référendum d'initiative citoyenne (RIC) qui vise à faciliter la consultation du peuple, sans associer le Parlement en amont.

Le premier ministre Edouard Philippe s'est déclaré dimanche soir favorable sur le principe, dans un entretien au quotidien économique Les Echos. Le RIC a-t-il dit, peut être un «bon instrument dans une démocratie» mais «pas sur n'importe quel sujet ni dans n'importe quelles conditions».

Dans cet entretien, Edouard Philippe a détaillé les mesures annoncées six jours auparavant par le chef de l'État français.

Celles-ci, dont la hausse de 100 euros (environ 150 $CAN) par mois pour les salariés payés au salaire minimum, la défiscalisation des heures supplémentaires ou l'exemption d'une hausse de taxe pour certains retraités, vont coûter environ «10 milliards d'euros» et creuser le déficit, qui devrait atteindre 3,2 % du PIB en 2019.

Elles doivent désormais être présentées en projet de loi mercredi en Conseil des ministres, avant de passer à l'Assemblée nationale jeudi et au Sénat vendredi.

Le calendrier est serré. Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand en a appelé à «la responsabilité des parlementaires» pour valider les mesures dès vendredi, afin qu'elles soient applicables au 1er janvier.

«Toujours là»

Mais les réponses apportées par le gouvernement ne semblaient pas avoir convaincu l'ensemble des protestataires.

Lundi, des «gilets jaunes» ont annoncé lancer une liste pour les prochaines élections européennes qui se tiendront en mai. «Ces élections seront le moyen de faire valoir les revendications des "gilets jaunes" sur le plan institutionnel», a déclaré devant la presse Francis Lalanne, un chanteur français engagé auprès du mouvement.

Sur les routes de France, ils étaient encore nombreux à investir des ronds-points et axes routiers pour protester contre la politique fiscale et sociale du gouvernement.

«C'est pas vrai que le mouvement s'essouffle», s'insurgeait Philippe, un livreur de 44 ans, qui continuait de distribuer des tracts avec une vingtaine de camarades à un rond-point situé au nord de Bordeaux (sud-ouest).

«Ça suffit!» s'est exclamé le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, à propos des derniers lieux encore bloqués à travers la France. «Nous avons commencé dès la semaine dernière, des ronds-points ont été évacués, nous allons poursuivre cela», a ajouté le ministre.

À Quimperlé (ouest), les «gilets jaunes» ont été délogés «plusieurs fois» par les forces de l'ordre de l'endroit qu'ils occupaient dans une zone commerciale et ne «savent plus où aller».

«Nous sommes pourchassés de nos ronds-points, alors on tourne en rond, on erre, on s'installe, on se fait déloger à nouveau, il faut qu'on trouve une solution», a expliqué l'un d'eux à l'AFP, Christian Heurdier.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des incendies volontaires ont été observées sur des autoroutes du sud de la France.

«On ne peut pas continuer à paralyser l'économie française, paralyser le commerce dans nos villages, dans nos villes en "embolisant" un rond-point», a plaidé le ministre de l'Intérieur.

Depuis le début du conflit, le 17 novembre, les cinq week-ends de méventes ont coûté 2 milliards d'euros au secteur du commerce, selon le Conseil national des centres commerciaux.