Des manifestants ont démontré leur colère dans les rues de Kenosha, au Wisconsin, dans la nuit de lundi à mardi. 
Des manifestants ont démontré leur colère dans les rues de Kenosha, au Wisconsin, dans la nuit de lundi à mardi. 

Fusillade meurtrière à Kenosha: un adolescent arrêté

Agence France-Presse
KENOSHA — Le jeune Afro-Américain Jacob Blake, grièvement blessé dans une nouvelle bavure policière apparente qui a relancé le mouvement de contestation antiraciste aux États-Unis, poussant même les basketteurs de la NBA au boycottage, disposait d’un couteau dans sa voiture, ont fait savoir mercredi les autorités du Wisconsin.  

Selon un communiqué du département de la justice de cet État du nord des États-Unis, la police avait été envoyée sur les lieux, dans la ville de Kenosha, à la suite d’un appel d’une femme disant que « son petit ami » était chez elle et «n’était pas censé» s’y trouver.  

Une fois sur place, ajoute le communiqué, les agents ont, «sans succès», «tenté d’arrêter» M. Blake à l’aide d’un taser.  

Le père de famille de 29 ans les avait prévenus qu’il «était en possession d’un couteau», affirment les autorités locales.  

Les enquêteurs ont retrouvé un couteau sur le plancher du véhicule, dans lequel ne se trouvait aucune autre arme, précisent-elles en dévoilant le nom du policier ayant tiré à sept reprises dans le dos du jeune homme : Rusten Sheskey.  Il a pour l’instant été mis à pied avec l’un de ses collègues.

Les manifestations s’enchaînent pour réclamer justice et l’interpellation des agents qui ont seulement été mis à pied pour l’instant.

Reflet d’une colère grandissante, les cortèges ont dégénéré chaque nuit en violences à Kenosha, avec des heurts entre les protestataires et les forces de l’ordre et de nombreuses dégradations. 

Malgré un couvre-feu, le déploiement de 250 soldats de la Garde nationale et les appels au calme lancés par la famille de Jacob Blake, ce scénario s’est répété dans la nuit de mardi à mercredi.  

Dans ce contexte de tension extrême, deux personnes ont été tuées par balle et une troisième blessée peu avant minuit dans des circonstances qui restent assez confuses. 

Un adolescent de 17 ans, Kyle Rittenhouse, habitant le village voisin d’Antioch, dans l’État de l’Illinois, à une trentaine de kilomètres, est soupçonné d’être l’auteur de ces tirs et a été interpellé en vue de son inculpation pour meurtre, a annoncé la police locale sans donner plus de détails. 

Selon les médias locaux, il a été vu en présence d’hommes armés qui se présentent comme des « milices » ou des « groupes d’autodéfense », désireux de protéger la ville. Le shérif du comté David Beth a confirmé leur présence dans le secteur, sans préciser si le tireur appartenait à ces groupes. 

Selon des vidéos mises en ligne, le jeune homme blanc était armé d’un fusil d’assaut. Sur l’un des enregistrements, il semble s’enfuir alors qu’un autre jeune s’écroule au sol avec une balle dans la tête. Sur une autre, on le voit être poursuivi par un groupe, tomber à terre, se retourner l’arme à la main. Des tirs sont alors audibles.

«L’anarchie» 

Le président Donald Trump, qui a régulièrement défendu le droit au port d’armes et à l’autodéfense, un discours cher à sa base électorale, ne s’est pas exprimé sur cet épisode dramatique, mettant l’accent sur les débordements commis par les manifestants. 

«Nous ne tolérerons pas les pillages, les incendies criminels, la violence et l’anarchie dans les rues américaines», a tweeté le milliardaire républicain en promettant, selon son slogan de campagne pour la présidentielle du 3 novembre, de «rétablir la LOI et l’ORDRE!» à Kenosha.

Pour ce faire, a-t-il fait savoir, le gouverneur du Wisconsin a accepté l’envoi de nouveaux renforts, aussi bien des membres de la police fédérale que des soldats de la Garde nationale, dans cette ville de 100 000 habitants. 

Son rival démocrate Joe Biden a adopté la posture de réconciliateur. «Une fois de plus, un homme noir, Jacob Blake, s’est fait tirer dessus par la police. Sous les yeux de ses enfants. Cela me rend malade», a-t-il tweeté.  

La mère de Jacob Blake, lequel risque de rester paralysé à vie, a elle aussi imploré «tous ceux qui usent de la violence ou de la destruction d’arrêter».  

Le drame de Kenosha s’inscrit dans le sillage d’un grand mouvement de contestation antiraciste né après la mort de George Floyd le 25 mai. 

Des manifestations dans tout le pays ont appelé à des réformes structurelles de la police et à repenser l’histoire des États-Unis pour donner plus de place aux souffrances endurées par les minorités. Parfois accompagnées de pillages et de heurts avec les forces de l’ordre, elles s’étaient largement essoufflées ces dernières semaines.

Malgré l’imposition d’un couvre-feu, le déploiement de 250 soldats de la Garde nationale et les appels au calme lancés par la famille de Jacob Blake, ce scénario s’est répété dans la nuit de mardi à mercredi. 

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Facebook retire les comptes du tireur présumé de Kenosha, aux États-Unis

Facebook a retiré mercredi de ses plateformes les comptes d’une milice et d’un adolescent soupçonné d’avoir tué deux personnes à Kenosha, une ville de l’État américain du Wisconsin agitée par des manifestations et émeutes anti-racisme. 

Depuis une apparente bavure policière contre un jeune homme noir, Jacob Blake, grièvement blessé de plusieurs balles dans le dos, les manifestations s’enchaînent pour réclamer justice et l’interpellation des agents impliqués. 

Elles mêlent des protestataires et des groupes d’autodéfense armés, et ont dégénéré chaque nuit en violences et en heurts avec les forces de l’ordre. 

Un adolescent de 17 ans, Kyle Rittenhouse, habitant le village voisin d’Antioch, dans l’État de l’Illinois, est soupçonné d’être l’auteur des tirs de mardi soir et a été interpellé en vue de son inculpation pour meurtre, a annoncé la police locale. 

Facebook a indiqué avoir «retiré la page du tireur de Facebook et Instagram». 

La plateforme a aussi banni le compte et un évènement de «Kenosha Guard», qui appelait à prendre les armes avant la manifestation, d’après le site spécialisé The Verge. 

«À ce stade, nous n’avons trouvé aucune preuve sur Facebook suggérant que le tireur suivait la page de Kenosha Guard ou qu’il ait été invité à leur évènement. Cependant, cette page et cet évènement enfreignaient notre nouvelle règle sur les organisations d’autodéfense et ont été retirés pour cette raison», a détaillé un porte-parole du réseau social. 

Le groupe californien a récemment banni ou restreint des milliers de comptes d’extrême droite, y compris quand ils n’organisent pas de violences, parce qu’ils «célèbrent des actes violents, montrent qu’ils ont des armes et suggèrent qu’ils vont les utiliser, ou ont des fans susceptibles de comportements violents». 

Facebook avait précisé s’attaquer aussi à des «groupes anarchistes qui encouragent la violence dans les manifestations» et à des milices basées aux États-Unis. 

Facebook empêche pour l’instant toute création de compte avec le même nom que celui du tireur présumé. 

Le réseau diffuse aussi un avertissement sur les vidéos partagées sur la fusillade. AFP