Des élèves sont accueillis par des policiers à leur retour à l'école secondaire Marjory Stoneman Douglas, à Parkland, en Floride, mercredi.

Fusillade en Floride: rentrée éprouvante

PARKLAND — Les élèves et enseignants de l’école secondaire de Parkland, en Floride, sont revenus en classe mercredi pour la première fois depuis la fusillade qui a fait 17 morts il y a deux semaines.

Des dizaines de policiers armés étaient sur place pour tenter de donner un sentiment de sécurité à tous. Leur présence a toutefois agacé certains jeunes, qui ont reproché à la puissante National Rifle Association (NRA) de chercher à créer un climat de peur pour mousser les ventes d’armes.

«C’est l’image d’une éducation qui vit dans la peur dans ce pays. La NRA veut encore plus de gens comme ça, avec exactement ce même fusil, pour faire encore plus peur aux gens et vendre encore plus d’armes à feu», a dénoncé David Hogg, qui s’est démarqué depuis deux semaines comme l’un des leaders du mouvement étudiant réclamant un meilleur contrôle des armes.

Les élèves et les membres du personnel de l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas ont pleuré ensemble et se sont réconfortés durant cette première demi-journée de classe.

Plusieurs élèves ont admis que ce retour les rendait nerveux, mais ils ont aussi été nombreux à témoigner de leur fierté envers les jeunes de leur école qui se sont mobilisés pour faire changer les choses.

«Je me sens tendue, mais nous sommes vraiment soutenus par tout notre entourage», confiait Emily Quijano, 16 ans.

«Je n’ai pas peur. Seulement ça fait bizarre de revenir après tout ce qui s’est passé», déclarait de son côté Sean Cummings, du haut de ses 16 ans. «Je me dis qu’on est mieux protégé que n’importe quelle autre école, mais cela fait une drôle d’impression de revoir tout le monde sur place et tous ces policiers».

«Au début, tout le monde affichait un air grave, mais ensuite tout le monde a retrouvé le sourire et on a commencé à retrouver l’ambiance qu’on avait avant la fusillade. Certains se sont mis à rire et à faire des blagues», a décrit Kyle Kashuv, un élève de troisième année qui dit avoir fait une accolade à chacun des enseignants de l’école.

L’adolescent s’est dit émerveillé par le déferlement de soutien de la communauté, incluant la présence des policiers, des animaux de thérapie et des gens venus leur apporter du réconfort. Des lettres sont parvenues du monde entier et «des bannières étaient accrochées sur chacun des murs», a-t-il raconté.

Colère

Le drame à l’école Marjory Stoneman Douglas s’est inscrit dans une longue liste de tueries similaires dans des écoles américaines. Mais, cette fois, les élèves rescapés ont pris la tête d’un mouvement spontané exigeant un durcissement du régime d’acquisition et de détention des armes.

Ils sont parvenus à relancer un débat qui, par le passé, s’est souvent révélé stérile. Ils ont remis sous pression les entreprises et responsables liés à la NRA.

Sur le plan politique, ils ont toutefois vu leurs espoirs initiaux d’une législation ambitieuse douchés par la dure réalité de l’inaction d’un Congrès où les élus redoutent de payer dans les urnes des mesures qui seraient dénoncées comme attentatoires au droit constitutionnel d’être armé pour se défendre.

Après avoir promis d’agir «fermement» sur le sujet de l’âge légal pour acheter certaines armes particulièrement létales, M. Trump a donné l’impression ces derniers jours d’éviter volontairement le sujet. 

Jamais à court d’un paradoxe, le président a répété ses critiques de la police de Floride, en estimant qu’elle aurait dû désarmer le tireur. «Je pense qu’ils auraient dû lui retirer immédiatement [ses armes], qu’ils en aient le droit ou pas», a-t-il confié.

«Prenez les armes d’abord et allez en justice ensuite», a insisté M. Trump, sans préciser ce qu’il entendait par là.

En Floride, État où se trouve Parkland et où la NRA exerce une forte influence, la question de l’âge légal restait d’actualité, mais l’hypothèse d’interdire les fusils d’assaut semblait vouée à l’échec.