«L’antisémitisme se répand comme un poison, comme un fiel», a déclaré le ministre Christophe Castaner (photo) à Sainte-Geneviève-des-Bois, au sud de Paris, où Ilan Halimi, jeune Juif de 23 ans, avait été retrouvé mourant après avoir été séquestré et torturé pendant plusieurs semaines en 2006 en banlieue parisienne par un groupe surnommé le «Gang des barbares».

Forte hausse des actes antisémites en France

SAINTE-GENEVIÈVE-DES-BOIS, France — Le ministre français de l’Intérieur s’est ému lundi de la hausse de 74 % des actes antisémites dans le pays en 2018, à l’issue d’une fin de semaine où plusieurs inscriptions antijuives ont été découvertes à Paris et où un arbre en mémoire d’un jeune juif torturé et assassiné a été vandalisé près de Paris.

«L’antisémitisme se répand comme un poison, comme un fiel», a déclaré le ministre Christophe Castaner à Sainte-Geneviève-des-Bois, au sud de Paris, où Ilan Halimi, jeune Juif de 23 ans, avait été retrouvé mourant après avoir été séquestré et torturé pendant plusieurs semaines en 2006 en banlieue parisienne par un groupe surnommé le «Gang des barbares».

Un arbre planté à sa mémoire a été découvert scié lundi dans cette commune, deux jours avant une cérémonie qui devait commémorer le 13e anniversaire de sa mort.

L’antisémitisme «attaque, pourrit les esprits» et a «progressé de 74 % dans ses cris d’horreur l’année écoulée», a révélé M. Castaner. Dans le détail, 541 actes antisémites ont été recensés en 2018 contre 311 l’année précédente, a précisé le Ministère.

Le ministre s’exprimait à l’issue d’une fin de semaine où une série d’inscriptions antisémites ont aussi été découvertes dans la capitale, suscitant l’indignation et conduisant le parquet de Paris à ouvrir au total quatre enquêtes.

Inscriptions antisémites

«Tags antisémites jusqu’à la nausée en plein Paris ce WE [“week-end”]. Quand la haine des Juifs se recoupe avec la haine de la démocratie, le vocabulaire de la #fachosphère se retrouve sur les murs!» a déploré dans un tweet Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah).

Sur Twitter, il a accompagné son propos d’une photo montrant une porte de garage sur laquelle est écrit «Macron Jews’ Bitch» («Macron pute des Juifs»).

Le Dilcrah a également signalé la photo d’un mur du 18e arrondissement sur lequel on peut lire «truie juive». La mairie de cet arrondissement indique sur Twitter avoir elle aussi fait un signalement lundi matin au parquet.

Par ailleurs, deux portraits de Simone Veil dessinés par un artiste sur deux boîtes aux lettres, situés sur la façade de la mairie du 13e arrondissement, ont été recouverts d’une croix gammée.

Ces dessins avaient été réalisés lors de l’entrée au Panthéon, à l’été 2018, de Mme Veil, ancienne ministre, ancienne présidente du Parlement européen, et rescapée de la Shoah après avoir été déportée à l’âge de 15 ans, décédée en 2017. La mairie, qui a découvert les inscriptions lundi matin, va déposer plainte, a-t-elle précisé.

«Lâche et abject»

Une inscription antisémite visant le chef de l’État Emmanuel Macron a par ailleurs été découverte lundi matin sur le siège du journal Le Monde, dans le 13arrondissement.

«Micron [sic] Rothschild parce qu’il se vend bien. La putain de la youtrerie universelle», est-il écrit sur le bâtiment du quotidien. Le journal a indiqué qu’il allait porter plainte.

«Jamais nous ne céderons face à l’antisémitisme, face à ceux qui, par leur haine et leur ignorance, salissent la République», a réagi le ministre de la Culture Franck Riester, sur Twitter.

Samedi matin, les gérants du restaurant Bagelstein situé sur l’Île-Saint-Louis, en plein cœur de la capitale, avaient eux découvert un message «juden» («juifs» en allemand), écrit en lettres jaunes, la couleur de l’étoile que les Juifs étaient obligés de porter pendant l’Occupation nazie.

Cofondateur de cette chaîne de ventes de bagels, Gilles Abecassis avait indiqué dimanche que d’autres restaurants de son enseigne avaient été ciblés par des inscriptions antisémites.

«Face aux vents mauvais de l’antisémitisme, la République fera bloc. C’est son honneur, c’est son devoir», a twitté le secrétaire d’État, Laurent Nuñez.

Quant à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, elle a fait part également sur Twitter de sa «tristesse, colère et consternation» évoquant une «lâcheté intolérable».