Si le procureur spécial Robert Mueller a été épargné par Donald Trump, celui-ci a estimé que l’enquête aurait dû se terminer beaucoup plus rapidement et il a dénoncé avec agressivité ses détracteurs.

Enquête russe: Trump respire mieux

WASHINGTON — Satisfait des conclusions de l’enquête russe qui éloignent le spectre d’une procédure de destitution, Donald Trump a laissé poindre lundi une colère sourde contre ceux qui l’ont mis en cause.

Même si plusieurs fronts judiciaires restent ouverts et que les puissantes commissions du Congrès vont poursuivre leurs auditions, la publication des principales conclusions du document est une véritable bouffée d’oxygène pour le président américain, qui entend se projeter vers l’élection de 2020.

«Je suis content que cela soit terminé», a déclaré le milliardaire républicain depuis le bureau ovale où il recevait le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Estime-t-il que Robert Mueller a mené ses investigations de façon honorable? «Oui», a-t-il répondu. Serait-il favorable à ce que son rapport, qui a conclu à l’absence de preuves d’une collusion entre son équipe et Moscou, soit rendu public? «Cela dépend du ministre de la Justice. Cela ne me poserait aucun problème».

Si M. Mueller, ancien patron de la police fédérale (FBI), a été épargné, M. Trump a estimé que l’enquête aurait dû se terminer beaucoup plus rapidement et il a dénoncé avec agressivité ses détracteurs.

«Il y a beaucoup de gens qui ont fait des choses vraiment terribles, je dirais même des choses qui relèvent de la trahison contre notre pays», a-t-il lancé.

En écho à de nombreuses voix républicaines qui ont dénoncé l’attitude des médias au cours des deux années d’enquête, l’un de ses fils, Eric, a suggéré à plusieurs journaux et chaînes de télévision, dont le New York Times et CNN, de présenter leurs «excuses».

De retour en campagne

Donald Trump, qui retrouvera les estrades de campagne dès jeudi à Grand Rapids, dans le Michigan — l’un des États-clés lui ayant permis de l’emporter face à Hillary Clinton en novembre 2016 — pourrait se servir du rapport Mueller pour galvaniser sa base électorale.

Ses adversaires démocrates sont désormais confrontés à un dilemme : doivent-ils tourner la page de l’affaire Mueller et décliner un programme permettant de «mettre fin au trumpisme», selon les termes du candidat à la primaire Pete Buttigieg, ou doivent-ils continuer à insister, quotidiennement, sur les nombreuses zones d’ombre entourant de fait cette présidence?

Le ministre de la Justice Bill Barr a publié dimanche soir un résumé de quatre pages du document, mais les leaders démocrates du Congrès ont exigé de le voir dans son intégralité, soulignant que M. Barr, nommé par M. Trump, n’était «pas un observateur neutre».

Les démocrates insistent notamment sur le fait que, sur la question d’une potentielle entrave à la justice de la part de Donald Trump, le procureur spécial Robert Mueller n’avait pas livré de conclusion définitive. «Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l’exonère pas non plus», a écrit l’ancien patron du FBI.

Mais Bill Barr a conclu de son côté que le document, qu’il a passé en revue entre vendredi et dimanche, ne mentionnait aucun délit susceptible d’entraîner des poursuites judiciaires sur le fondement de l’entrave à la justice.

Grâce présidentielle?

«Loin de la “disculpation complète” revendiquée par le président, le rapport Mueller n’innocente clairement pas le président», ont de leur côté réagi les démocrates Jerrold Nadler, Adam Schiff et Elijah Cummings, qui dirigent trois puissantes commissions parlementaires du Congrès.

Robert Mueller a mis un terme à ses investigations à l’issue d’une enquête de 675 jours qui a tenu le pays en haleine. Le chef d’inculpation de «collusion» n’a jamais été retenu pour les 34 personnes mises en cause dans ce dossier, parmi lesquelles six proches collaborateurs de M. Trump.

L’enquête a notamment entraîné la spectaculaire déchéance judiciaire de son ex-chef de campagne Paul Manafort, ou encore de son ex-avocat personnel Michael Cohen, tous deux condamnés à de la prison pour des malversations diverses et des déclarations mensongères.

Le président envisage-t-il d’user de son droit de grâce pour certains de ses anciens collaborateurs aujourd’hui écroués? «Je n’y ai pas réfléchi», a-t-il répondu, n’excluant pas clairement cette possibilité.

Hasard du calendrier, l’un de ses plus farouches et médiatiques détracteurs, l’avocat Michael Avenatti, a été arrêté lundi pour une tentative d’extorsion visant l’équipementier sportif Nike ainsi que d’autres malversations financières.

La chute est brutale pour celui qui avait représenté l’actrice porno Stormy Daniels dans son procès contre Donald Trump. Farouchement anti-Trump, il avait envisagé un moment de se porter candidat à la présidentielle de 2020 avant de renoncer.